‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 15 sur 155 · LE BAGNE. — ANECDOTE · texte numérisé non relu

LE BAGNE. — ANECDOTE

trent récaldtrants, on les met à la double chaîne, dans des prisons obscures, où ils n*ont pour lit que la dalle humide. Là était, quand nous passâmes, le fameux Tragine, ce redoutable bandit qui, nous diton, ne soupirait après sa liberté que pour assassiner le courageux magistrat qui s'était emparé de sa personne. Enfin, lorsque la &ute est vraiment sérieuse, un conseil de guerre maritime juge le coupable et prononce sansappd l'arrêt de mort, qui s'exécute dans les trois heures. Tous les forçats sont amenés autour de l'échafaud, rangés sur deux files, le genou en terre et le bonnet à la main. En tête de chaque file est une pièce de canon chargée à mitraille, prête à &ire feu au moindre si^e de révolte.

Ainsi la force brute est la seule loi du bagne. Ne voBs étonnez pas si les galériens usent leur activité intellectuelle à trouver les moyens de s'évader. Ils y parviennent quelquefois, malgré toute la surveillance dont ils sont l'objet le jour et la nuit.

On nous apprit qu'ils y parviendraient bien plus souvent s'ils ne se vendaient pas les uns les autres. Gonnne s'il n'existait pas assez de corruption panni ces êtres dégradés, on encourage, si on n'établit pas entre eux^ une espèce de police secrète, ou plutôt d'espiotmage, dont ils sont les agents.

Très-peu de temps avant notre visite, deux vieillards septuagénaires étaient parvenus à se tenir cachés pendant quinze jours dans un coin de l'arsenal, attendant» au milieu de toutes sortes de privations, qu'une nuit assez obscure leur permit de tenter une évasion. Elle arriva : pendant les plus épaisses ténèbres, ils s'avancent, marchant à quatre pattes, jusqu'à la porte de sortie. La sentmelle les prend pour des chiens et les laisse passer. Ils se glissent dans une espèce de çarloit,

5j^ UBS TROIS ROME.

oi beimA les carreaux d'une fenêtre. Le verre en tomï^9û^ donne réveil. Un des deux est arrêté, l'autre avait 4^ gagné le large.

Dès le matin, le drapeau bleu fut hissé : c'est le signal de révasion d'un forçat. Les habitants des campagnes le connaissent et se tiennent sur leurs gardes. La gendarmerie se met à la recherdie dans toutes les directions : raremm% le malheureux parvient à jouir longtemps de sa Dberté. Une prime est donnée à celui qui ramène le fugi« tif ; elle est de 2S francs quand on retrouve le forçat dans rintérieur de l'arsenal; de 50 francs dans l'enceinte de Toulon ; de 100 francs hors de la ville. Le jour même de notre arrivée, les paysans des environs ramenaient le vieillard échappé depuis quarante-huit heures. Chaque tentative d'évasion est suivie d'une aggravation de peine. « Il y a six mois, nous dit la personne qui nous servait « de guide, qu'un condamné nous arriva pour cinq ans. « Il a si bien manœuvré qu'il en a aujourd'hui pour cent « treize ans. »

Nous étions à examiner en détail l'enfer de la justice humaine, lorsqu'un grand bruit de chaînes se fit entendre. C'étaient les forçats qui revenaient du travail. Hideux spectacle ! je ne l'oublierai de ma vie. Devant nous défilèrent, accouplés deux à deux, plusieurs milliers de malheureux chargés de fers. Jeunes hommes au pas assuré, à la tête haute; vieillards à cheveux blancs, à la démarche traînante : la plupart ont dans la figure deux traits qui se ressemblent : le cynisme et la ruse. Leur habillement a quelque chose de sinistre et d'ignoble. Un haut bonnet de laine,' rouge pour les condamnés à temps, vert pour les condamnés à perpétuité; une large veste ou casaque rouge, descendant plus bas que la ceinure, avec des manches vertes pour les récidifs, rouges

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