THEATRE DE MARCELLUS
en reconnaissance de ce qu'étant né esclave, la fortune l'avait élevé à la dignité royale *.
S'il en est ainsi, que Servius Tullius se console. En dédiant son temple à sainte Marie d'Egypte, Rome chrétienne n'en a point changé la destination ; elle n'a fait que l'ennoblir. Dans l'illustre pénitente de l'Orient, elle consacre le passage miraculeux d'une servitude plus profonde à une dignité plus haute. Les reliques de la sainte reposent sous le maître-autel, et sont l'objet d'une grande vénération. Depuis longtemps cette église est desservie par les Arméniens, qui, dans les jours de fête, déploient aux yeux de leurs frères d'Occident la majesté des anciens rites et la magnificence des costumes de l'Église orientale.
Une inscription, placée à gauche, rappelle en termes touchants qu'un bon marchand arménien, étant venu se fixer à Rome, avait fait une fortune considérable qu'il distribua tout entière aux pauvres. Heureux le voyageur catholique dans la Ville étemelle ! Il ne peut entrer dans une église, visiter une ruine profane, mettre le pied dans la rue, sans rencontrer un objet, un souvenir qui réveille en lui les plus grandes et les plus douces pensées de la foi.
SO Décembre.
Théâtre de Marcellus. — Forum olitorium. — Portique d'Oclavic. — Saint-Ange in Pescheria. — Inscriptions remarquables.
— Cirque Flaminien. — Couvent de Saint-Ambroise délia Maisima, — Grand Cirque. — Dimension. — Description des jeux.
— Sainte-Marie in Cosmedin,
Nous étions loin d'en avoir fini avec la ville basse, et malgré notre désir de monter sur l'Aventin, il nous fallut
« Nabdini, p. 379.
encore rester dans la plaine. Le quartier Saint^Ange, qui s'emmêle avec celui de la Ripa , ne nous permit pas de franchir ses limites. Il occupe en partie les anciennes régions de la via Lata et du cirque Flaminien. Le roi de ce quartier est le théâtre de Marcellus, dont les restes grandioses attestent les meilleurs temps de l'architecture romaine. Bâti par Auguste, pour éterniser la mémoire de son jeune neveu, il pouvait contenir environ trente mille spectateurs. Étrange vicissitude des choses humaines I ses portiques, jadis étincelanls de marbres polis, sous lesquels venait se reposer la mollesse romaine, sont aujourd'hui noircis par la fumée et divisés en compartiments obscurs, dans lesquels de laborieux forgerons gagnent leur pain du jour à la sueur de leur visage.
Entre le théâtre de Marcellus, le Tibre et l'antique porté Flumentane, c'est-à-dire dans l'espace qui sépare aujourd'hui le pont de' Quattro Capi, le palais^ovelli et Sainte-Marie in Portico, se trouvait le Forum olitorium, marché aux légumes *. Il est fameux par sa colonne lactaire, au pied de laquelle on déposait nuitamment, comme sur les bords du Vélabre, des milliers de petites créatures humaines 2. Franchissant d'un pas rapide ce lieu de triste mémoire, nous arrivâmes au portique d'Octavie. Élevé à la sœur d'Auguste avec les dépouilles des Dalmates ^ ce monument a été conservé, du moins en partie, par la religion, dans l'église de Sainte-Marie in Portico,
Aux mêmes lieux se trouve l'antique église de Saint- Ange in Pescheria, bâtie en mémoire de la célèbre ap-
* Varr., lib. IV. — Tertull., ApoL, xiii.
* Festus, V. Lactaria.
5 Dio, lib. XLIX.