‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 144 sur 155 · SAINTE-MARIE IN COSMEDIN · texte numérisé non relu

SAINTE-MARIE IN COSMEDIN

folies, un grand ennui saisit le cœur; Tàme fatiguée cherche un asile solitaire où elle puisse épancher sans contrainte les sentiments qui l'oppressent. Quel bonheur pour nous d'apercevoir, dans le voisinage, un sanctuaire de la Sainte Vierge! Nous y entrâmes : c'était Sainte- Marie in Cosmedin.

Dédiée à la douce Reine du monde^ cette égUse vénérable s'élève non loin du grand Cirque, comme pour rassurer le voyageur effrayé de ses souvenirs, en lui rappelant que l'humanité vit sous une autre loi : elle passe pour la seconde église de Rome consacrée à la Mère de Dieu. On la croit bâtie par les premiers chrétiens, sur les ruines du temple de la Pudicitia patricia, dans lequel les seules femmes nobles et non remariées avaient le droit de pénétrer. Suivant la tradition, saint Augustin y enseigna la rhétorique avant d'aller à Milan, et les catholiques d'Orient, poursuivis par les iconoclastes, étant venus s'y réfugier, lui donnèrent le nom i'École des Grecs. Bien qu'elle ait été restaurée en 772 par le pape Adrien P*" et en 858 par le pape Nicolas I", cette Basilique compte parmi celles qui conservent le mieux les formes primitives.

Toutefois son plus précieux ornement est l'image de la Sainte Vierge, qui fut apportée de l'Orient, afin de la soustraire aux outrages de l'empereur iconoclaste Léon FIsaurien. Au jugement des connaisseurs, cette image, chefd'œuvre de la peinture byzantine, est si belle, que Rome elle-même n'en a point qui l'égale. Elle est placée derrière lemaitre-autel,et porte la fameuse inscription grecque : 06OTOXOÇ (ktirapôevoç « Mère de Dieu, toujours Vierge. »

Sous le chœur est une crypte primitive dans laquelle on descend par deux escaliers. L'antique inscription averlit qu'on y conserve le corps de sainte Cyrille, fille

de rempcrenr Dèce. Beatœ Cyritlœ virg, et M. fitiœ Decii. Les hagiographes pensent néanmoins que Fillaslre martyre était seulement une affranchie de l'impératrice, femme du persécuteur. Quoi qu'il en soit, tous les pèlerins s'empressent de baiser la pierre sur laquelle l'innocente victime fut immolée : elle peut avoir trois pieds de longueur sur deux de largeur, et quatre pouces d'épaisseur. Deux cents martyrs de tout âge, de tout sexe et de tout pays forment l'auguste cortège de la Sainte Vierge à Sainte-Marie in Cosmedin^. Nous les remerciâmes avec effusion d'avoir, par leur sang, délivré le monde des atrocités païennes, et nous rentrâmes pour analyser les impressions et les souvenirs de cette importante journée.

SO Déeembre»

Monl Aventîn. — Souvenirs païens. — Souvenirs chrétiens. — Église de Sainte-Prisque. — De Sainte-Sabine. — Histoire. — Mosaïque. — Sainl-Dominique ; son oranger. — Église de Saint- Alexis. — Histoire. — Prieuré de Halte. — Vae de Rome. — Le Monte Testaccio. — Ordre bizarre d'Héliogabale.

Traversant de nouveau, sans regarder ni à droite ni à gauche, dans la crainte de nous arrêter encore , une partie des régions visitées les jours précédents, nous arrivâmes de bonne heure au pied de TAventin. Par une rue étroite, ardue, sans pavé, nous gravîmes, du côté du Tibre, les flancs escarpés de la colline : les souvenirs surgissaient de toutes parts. A gauche nous laissions l'antre de Cacus, le fameux ou le fabuleux brigand qui fut tué par Hercule, dont il avait volé les bœufs *; devant nous

• CoNSTANZi, t. II, p. 44.— Mazzol., t. VI, p. 436. •FiRGiL.Jib.WU.

SAINTE-PRISOUE. 491

se présentait remplacement des Thermes de Dèce et d'Héliogâbale, tristement célèbres par les noms et les faits qu'ils rappellent * ; de la maison de Vitellius , qui excita la fureur des Romains *; du temple infâme de la Bonne Déesse^; de Minerve, oii s'assemblaient les comédiens et les poètes*; de la Liberté, avec son Tabularium contenant le code pénal des vestales infidèles ^.

A cette page défigurée de Thistoire profane succédèrent bientôt les titres mieux conservés de nos gloires chrétiennes. Ici habitèrent sainte Marcelle et sainte Sylvie, ces deux illustres matrones, dont la première tient une place si glorieuse dans les écrits de saint Jérôme, ^, et la seconde dans la vie de saint Grégoire le Grand, digne fils d'une telle mère.

Jusqu'ici nous avions vécu de souvenirs ; enfin la réa- Uté commença. L'église de Sainte-Prisque nous ouvrit ses portes et ses trésors d'antiquités. Voisine du temple de Diane et de la fontaine des Faunes, elle s'élève à la place môme occupée par la maison de l'illustre martyre. Saint Pierre y reçut fréquemment l'hospitalité, grâce à deux néophytes, Juifs de nation, Aquilael Priscille, attachés peut-être à la famille consulaire de sainte Prisque. Cette jeune vierge était âgée de treize ans, lorsqu'elle fut baptisée par l'apôtre lui-môme dans la demeure paternelle. Dénoncée à l'empereur Claude, on la conduisit au temple d'Apollon pour sacrifier aux idoles. Sur son refus,

* Cassiod., in Croni, — Lamprid., in Heliogab,

* TACiT.,^is<., lib. m.

'OviD., Fast., lib.V.

* Festus, in Scribas.

^ TiT-iLiv., Decad. V, lib. V. — Festus, lib. V. ^ Epist, Liv, ad Desidcr.

le juge la fit cruellement flageller, puis jeter dans une étroite prison.

Amenée une seconde fois devant le tribunal, elle montra la même fermeté ; en sorte que le tyran, transporté de fureur, ordonna de lui verser sur la tête de l'huile bouillante et de la précipiter dans un noir cachot, d'où elle ne fut tirée que pour être exposée aux bêtes; mais le lion qui devait la dévorer se jeta respectueusement à ses pieds. Ce spectacle ne put toucher les bourreaux, qui soumirent la jeune vierge aux tortures du chevalet, du feu et de la faim ; jusqu'à ce qu'enfin, honteux d'être vaincus par une enfant, ils l'entraînèrent sur la voie d'OsUe, où ils lui tranchèrent la tête, à trois miUes de Rome K Sainte Prisque est regardée comme la protomartyre de l'Occident 2. Ainsi le premier sang régénérateur qui coula sur la vieille Rome fut un sang romain, un sang illustre, un sang virginal !

Dans la crypte on garde précieusement le vase avec lequel saint Pierre administrait le baptême. Restaurée parles papes Adrien P^ en 772, etCallixte III, en 1455, l'église conserve une antique inscription qui rappelle sommairement les faits que je viens de rapporter ^,

* Baron., Annot, ad Martyr, — M artinelli, Pnrno Trofeo délia Croce^ c. xviii.

*Mazz., t. VI, p. 269.

' Mentis Aventini nune facta est gloria major Unius veri relligione Dei :

Praecipue ob Priscae, quod cernis, nobile Templuni,

Quod priscum merito par sibi nomen habet. Nam Petrus id coluil, populos dum saepe docercl,

Dum faceret maguo sacraque saepe Deo, Dum quos Faunorum fonlis deceperat error Ilic melius sacra purificaret aqua.

Voyez FoGGiNio, p. 285.

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