EGLISE DE SAINTE-SABINE
Un sang non moins illustre purifia le lieu longt^nps souillé par le temple de Junon Regina. Ce sang fut celui de sainte Sabine, martyrisée dans la maison de ses pa^rents. Confiée aux soins d'une gouvernante chrétienne, Sabine reçut le baptême, fit un riche mariage, et fut enfin arrêtée comme chrétienne. Par ordre d'Adrien, Elpidius alla l'interroger : « N'est-ce pas vous, lui dit-il, qui êtes Sabine, illustre par votre naissance et par votre mariage*? — Oui, c'est moi; mais je rends grâces à Jésus-Christ, qui, par le moyen de sa servante Séraphie, m'a délivrée de la servitude du démon. » Le juge n'en demanda pas davantage, et après divers tourments il fit trancher la tête à la noble accusée.
Ses frères dans la foi, qui s'étaient empressés d'élever un oratoire sur sa tombe dans le pagus Vindidanus^ n'avaient garde d'oublier le théâtre même de son triomphe. En 425, un vertueux prêtre, nommé Pierre, illyrien d'origine, y bâtit une église. L'inscription suivante rappelle la mémoire du charitable fondateur : t Riche pour les pauvres, pauvre pour lui, qui, méprisant les biens de la vie présente, mérita d'espérer la vie future; » Pavperibvs locvples, sibi pavper, qvi, bona vitœ prœsentis fvgiens, mervit sperare fvtvram. Y a-t-il une inscription païenne qui vaille celle-là? Mais que dire de cette autre, placée dans la même église pour le pieux cardinal . Valentini? Vt moriensviveretyVixU vt moritvi'vs. « Afin de vivre en mourant, il vécut comme devant mourir. » Toute la philosophie de la vie humaine est renfermée dans ces courtes paroles.
L'église de Sainte-Sabine, si pleine de souvenirs, fut consacrée par saint Sixte III, et déclarée stationnale pour
* Tune es iUa Sabina et génère et TnaVr\moi\\o u^\Xv3»otcî^^ T. t. ^
494 LES THors «ume,
le mercredi dos Gtiiidrcs par saiiiL G:^égoire le Grand. Llllusti'e pontife y prêcha plusieurs fois ce jouMà, et les papes conservèrent loiigicmps l'usage de venir à Sainte-Sabine recevoir les cendres delà pénilence.
Les murs lati-raux, la disposition des points d'intersection, annoncent que Téglise fut ornée de nombreuses mosaïques. Il en reste î^eutemcnt deux bmnx vestiges, dont le premier couronne Fabside. Quinze médaillons font le tour de l'arc; le plas élevé représente Notre-Sei- ^^neur; les autres conlienncnt des figures incertiiiiies, auxquelles on irouve une légère ressemblance avec les itîiages des empereurs dans les médailles. De chaque côté est une ville, que rarchéologie chrétienne rcconnait pour Jérusalem et Bethléem, les deux termes opposés de la vie morlclle de Notre-Seigneur; trois lampes sont suspendues il leurs voiltes, emblème de la lumière qui a jailli de la crèche, berceau de TEnfent-Dieu, et de la croix, son lit de moit. Dans le ciel, au-dessus de la tète de Kotre-Seigneor , voltigent neuf colombes , gracieux, symbole de rinnocence et de la douceur du Dieu fait homme.
Au bas deNglise est Tautre vestige, non moins intéj^esaant que le premier. Les quatre Évangélistcs, avec leurs attributs, forment la partie supérieure du tableau. Sur les côtés, on voit à droite saint Pierre, à gauche saint Paul, tous deux préchant TÉvangile. Au-dessus de la tête de saint Pierre s*échapi)e, du sein de la nue l.i main h moitié fermée, symbole de la tmissance divine, dont l'Apôtre est le dé(»ositaire. InféiMeurement à saint Pierre parait une femme tenant un livre à la main ; sous ses pieds on lit les paroles suivantes qui expliquent la figure: Ecclesia ex Circvmcisifme ; « l'Église de la Girconcision, »