‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 146 sur 155 · ÉGLISE DE SAINTE-SABINE · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE SAINTE-SABINE

Au-dessous de saint Paul est une figure semblable avec ces mots, également clairs : Ecclesia ex GerUibuê ; « rÉglise des Gentils. »

Ouction, simplicité, grandeur, tels sont les caractères de ces anciennes peintures. Vraiment, nos pères étaient mieux inspirés que les artistes modernes, qui, trop souvent, inscrivent sur les murailles de nos temples, avec un pinceau païen et un cœur mondain, ces vérités dont ils n'ont ni rintelligence ni le sentiment *.

Dans la crypte, placée sous l'autel, reposent les corps de sainte Sabine et de sainte Séraphie, vierge et martyre, sa gouvernante. A gauche, en entrant, on voit, fixée dans le mur, la pierre qui couvrait le tombeau des saintes martyres et sur laquelle saint Dominique avait coutume de faire oraison. Comment le glorieux fondateur des Dominicains avait-il choisi ce lieu de prières? La raison exk est bien simple : le pape Honorius UI possédait un palais contigu à Sainte-Sabine, dont il fit présent à saint Dominique, et le palais pontifical devint la demeure du religieux et une des plus illustres maisons de son ordre.

Sur la façade brille le nom des hôtes immortels qui l'ont habité : saint Dominique, saint Raymond de Pennafort, saint Thomas d'Aquin, saint Hyacinthe, la lumière de la Pologne, saint Pie V. Jugez de quelle frayeur religieuse on est saisi en franchissant le seuil de cette demeure tant de fois vénérable, en parcourant ces mêmes lieux que tant de saints et d'hommes de génie ont parcourus! Il nous fut permis d'entrer dans la chambre de saint Dominique, dont la forme n'a pas changé; elle peut avoir dix pieds de longueur sur six de largeur. Aujourd'hui c'est une chapelle richement décorée par les rois d'Espagne.

* Voyez CjAMPimy t. I, p. 186 el a\ù\.

Une légère distance la sépare de la modeste cellule habitée par saint Pie V, le pontife de glorieuse mémoire, le vainqueur de Lépante. Sous la conduite d'un religieux plein de cette douce affabilité qui caractérise tous les Dominicains que j'ai rencontrés, nous traversâmes les vastes cloîtres pour nous rendre au jardin. Là, se trouve un oranger planté de la main de saint Dominique; il est entouré d'une immense caisse en pierre qui rappelle les p/ufei des anciens; cet arbre, six fois séculaire, porte encore des oranges. On voulut bien en cueillir sous nos yeux, et nous en donner comme souvenirs de piété. Nous les reçûmes avec reconnaissance et, je le dirai tout haut, nous les avons rapportées comme des reliques bien autrement précieuses que les feuilles des arbustes virgiliens ou les morceaux de marbre et de mosaïque enlevés aux monuments profanes, dont la plupart des voyageurs éclairés ne manquent pas de faire une ample collection.

Lorsqu'en sortant de Sainte-Sabine on tourne à droite, quelques instants suffisent pour arriver au couvent des Hiéronymites, où se trouve la belle église de Saint-Alexis. Le premier objet d'une juste admiration est le tabernacle du maître-autel, en pierres précieuses, don vraiment royal de Charles IV, roi d'Espagne. Mais ici les merveilles de l'art et la magnificence des princes sont éclipsées par l'éclat de l'humilité chrétienne.

Antique palais d'Euphémien, sénateur romain et père de saint Alexis, l'église que nous visitions renferme l'héroïsme d'une vertu plus diflScile peut-être que le martyre. Voyez à droite, dans l'enceinte sacrée, ce puits étroit et profond : c'est le même où le fils du sénateur puisait l'eau dont il s'abreuvait. Au bas de l'église, derrière une superbe grille, voyez cet escalier; c'est le même sous lequel Alexis, revenu d'un long et mystérieux pèlerinage, vécut

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