HISTOIRE
dix-sept ans, pauvre et inconnu dans la maison paternelle. Cet escalier est en bois, composé de dix marches et recouvert d'une gaze qui le protège contre la poussière, sans empêcher de le voir distinctement *. Une magnifique statue de marbre blanc représente le saint couché, tenant d'une main un crucifix et de Tautre un papier. Le sculpteur a voulu immortaliser la circonstance miraculeuse qui accompagna la mort du grand serviteur de Dieu. Voici le fait :
Depuis dix-sept ans, le fils d'Euphémien et d'Aglaé vivait obscur et caché comme un pauvre ordinaire, sous Fescalier de la maison paternelle : la fin de son héroïque carrière arriva. Le Dieu des âmes humbles voulut faire éclater la vertu de son serviteur et glorifier solennellement devant' les hommes celui qui, pour plaire à Dieu, avait si longtemps et si fidèlement évité leurs regards. Alexis meurt; aussitôt une voix mystérieuse retentit dans plusieurs égUses de Rome, qui dit : Quœrite hominem Dd, utoretpro Roma; « Cherchez l'homme de Dieu, afin qu'il prie pour Rome. » La ville s'émeut: on s'agite, on s'interroge, on se jnet en prières pour demander à Dieu oii est le saint qu'il faut chercher. La môme voix se fait entendre : « Cherchez l'homme de Dieu, afin qu'il prie pour Rome ; » puis elle ajoute : In domo Euphemiani quœrite ; « Cherchez dans la maison d'Euphémien. »
Le peuple s'y porte en foule; on trouve le saint pauvre,
* Sous Tescalier même on lit Tinscription suivante : a Sub « gradu isto in paterna domo B. Alexius, Romanorum nobi- « lissimus, non ut filius, scd lanquam pauper advena rcceplus, « asperam egenamque vitam diixit annis xvii ; ibique puris- « simam animam Creatori suo féliciter reddidila-twic^ «xk^-wn ^ « Innaœnth PP, J, et Honorio et TheodosvoWvtav^t^^w^N^»* ^
mort sous nn escalier, un crucifix dans une main, un papier fermé dans l'autre. Vainement on veut lui ôter ce papier, dans lequel on présume qu'il a écrit son histoire. Le souverain pontife, Tempereur, le sénat sont bientôt informés du prodige; ils accourent sur le mont Aventin : le père d'Alexis fait partie du cortégç. Arrivé près du «ort, le Vicaire de Jésus-Christ lui ordonne, au nom de Dieu, de remettre le papier qu'il tient à la main : la main s'ouvre et laisse tomber l'écrit dans celle du pape. Lecture en est faite en présence de l'empereur, du sénat, de tout le peuple, du père, de la mère, de l'épouse de saint Alexis. Qu'on juge de l'impression qu'elle dut produire SOT ces derniers témoins, en leur apprenant que ce pauvre, cadié depuis dix-sept ans sous l'escalier de leur palais, était Alexis, leur fils, leur époux!
Rome entière fondit en larmes de douleur, de joie et, s'il était permis de le dire, d'admiration. Par respect pour le serviteur de Dieu, l'empereur Honorius et le pape Innocent P' voulurent porter eux-mêmes le saint dans l'église de saint Boniface, qui, jointe au palais d'Euphémien, est devenue l'église de Saint- Alexis K Son corps repose sous le maître-autel, dans une châsse magnifique, avec celui de saint Boniface, martyr. Non loin de là se voit l'image miraculeuse de la Sainte Vierge qui manifesta aux habitants d'Édesse le mérite du bienheureux pèlerin, et qui lui conseilla de retourner à Rome et d'y vivre inconnu dans la maison paternelle ^.
L'héroïsme chrétien que nous venions d'admirer, et dans le courage d'une jeune vierge, et dans l'humilité d'un noble jeune homme, brille encore, sur le mont Aventin,
* Voyez les Bollandistes^ 47 juillet.
' AfAZZOL., c. VI, p. 270.