‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 17 sur 155 · RÉFLEXIONS · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS

toyens utiles à la terre et même des candidats du Giel I Sortis de l'arsenal à cinq heures, nous repartîmes pour Marseille la nuit suivante; et le lendemain, avant midi, nous étions de retour à Thôtel d'Orient.

' 11 Noirembre.

Le reste de la journée fiit donné à notre correspondance et à nos préparatifs de départ. Sous peine de nous brouiller avec nos amis, il fallait bien leur écrire avant de quitter la France. Le lendemain, nous allions faire voile pour lltalie. Nos places étaient retenues sur le pyroscaphe toscan le Lombarde.

%ft IWoireiiibre.

Navigation. — Anglais. — Cabine. — Conversation.

Par un temps magnifique nous quittâmes, en nombreuse compagnie, le port de Marseille vers le milieu du jour. Un dernier salut fut envoyé à Notre-Dame de la Ganle, dont le sanctuaire domine au loin la vaste mer que nous allions parcourir. L'équipage la pria de nous préserver du coup de vent des morts, dangereuse tourmente qui se fait régulièrement sentir au commencement de novembre dans le golfe de Gtoes et de Lyon. Placé sur l'arrière du bâtiment, les r^ards tournés vers la colline sainte, le passager catholique sent une grande confiance descendre dans son âme. Que pouvonsnous craindre? se demande-t-il à lui-même : là-haut règne une douce Vierge qui tient en ses mains le sceptre des mers. Et, par un privilège qui n'appartient qu'à elle, cette Vierge, ma mère et ma sœur, a le droit de

dire, en pressant snr son. cœur Dieu et l'homme : Mes fils 1 Honneur aux Marseillais, dont la piété envers Notre-Dame de la Garde vient de se manifester par les solennités incomparables du mois de juin 1864 !

A peine détachés de la côte, nos regards se portèrent sur réquipage, et tout nous annonça que nous avions quitté la France. Quatre ou cinq langues frappaient nos oreilles de leurs sons incompris. Des physionomies étrangères passaient et repassaient sous nos yeux. A côté des figures larges et rebondies de nos marins génois «t toscans, hâlées par le soleil, ombragées par une épaisse barbe noire, apparaissaient en grand nombre des visages pâles et allongés, couronnés la plupart d'une chevelure au blond suspect. Impossible de s'y méprendre : c'étaient des visages anglais. Oii ne rencontre-t-on pas les fils et les filles d'Albion ? Ce peuple nomade, véritable juif errant de la civilisation, se trouve partout. Promenades, hôtels, monuments, bateaux à vapeur, sites pittoresques en Suisse, en France, en Italie, il envahit tout, promenant partout son ennui, et semant ses guinées sur tous les chemins du monde, tandis que ses ouvriers meurent de faim à la porte de ses manufactures fermées, ou sur le seuil de ses châteaux solitaires.

Jusqu'à cinq heures la traversée se fit à merveille. En ce moment, bon nombre de passagers commencèrent à ressentir les premières atteintes du mal de mer. Plus heureux, j'en fiis quitte pour un malaise général qui n'entraina aucun des accidents connus. Pendant que la plupart de mes compagnons de voyage représaitaient gratuitement sur le tiUac la scène tragi-comique, je récitais tranquillement mon bréviaire dans la cabine qui nous était destinée, et dont la description peut n'être pas sans intérêt.

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