‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 21 sur 155 · RENCONTRE D'UN PÈRE CAPUCIN · texte numérisé non relu

RENCONTRE D'UN PÈRE CAPUCIN

lique et bientôt elle aura reconquis en Italie, comme en Orient, comme partout, Tempire le plus honorable, l'empire moral. Tel est, ne l'oublions pas, le glorieux privilège que le Prince des nations semble avoir réservé à la fille atnée de son Église.

Les souvenirs militaires continuaient d'occuper nos esprits, lorsqu'une rencontre imprévue vint nous appeler à un autre ordre d'idées. Sur le flanc d'une petite colline ombragée par des ormes et des mûriers, nous aperçîones, descendant un étroit sentier, un religieux de Saint-François. A sa robe de bure couleur marron, à sa Icmgue barbe grise, à sa tète rasée, à ses jambes nues, nous le reconnûmes de suite pour un capucin. L'humble père marchait silencieux et recueilli. D'une main il retenait la besace qui pesait sur son épaule déjà voûtée, et de l'autre s'appuyait sur une branche d'arbre en guise de bâton.

Pauvre volontaire, il venait de demander l'aumône à ses frères, les pauvres habitants des campagnes. Il n'avait point prié en vain ; son fardeau l'annonçait. Et en échange du pain qu'il avait reçu, il avait donné, par sa seule présence, un salutaire exemple, quelques bonnes paroles à la famille, quelques consolations aux malade et quelques caresses aux petits enfants. Touchant commerce, oii celui qui semble se dépouiller, reçoit plus qu'il ne donne; délicieuse harmonie, où l'homme de travail et l'homme de prière se prêtent un mutuel secours pour arriver au même terme. Vivants souvenirs des siècles de foi, saintes visions d'un autre âge, que vous êtes douces au cœur chrétien !

Cependant, malgré la rapidité de notre marche, la nuit approchait : elle était close lorsque nous arrivâmes à Stradella.

8i LBS TftOIS ROME.

ATeDtme de Straddla. — la doaane.— Pasa^ de U Tnbie. — Inseiqilioiis. — Plaisance. ^ Aspect de la Tille. — SoaTenirs. ^ HdpttaL

n âait ooDTOin que nous coudierkHis le 16 à Phi* sauce. Kais le condacteor Tint nous annonotf que la douane» dont nous devioiis subir la yisite ayant de pas* ser la Trâiie, fermait à cinq heures dn star; qu'ainsi le passage devenait impossible ce jour-là, fi que, si nous nous obstinions, le moindre inconvénient était de bivaquer toute la nuit sur la grande route. Force nousfnt de trouver cesrais(His bcmnes. SeulementnousnousproniLmesde prier humblement Sa Majesté Impériale Marie-Louise, aujourd'hui duchesse de Parme et de Plaisance, de voulœr bioi ordonner à ses douaniers de se coudier unpen {dus tard.

Descendus au Real Albergo de Stradella, nous priâmes le maître d'hfttel de nous éveiller à quatre heures du matin, afin de partir à cinq. Exact comme le s(ridat du guet, le camérier entrait dans la diambre de mes james amis, à Theure indiquée. On lui dit de m'apporter de la lumière dans la pièce voisine; mais Tordre ne fut pas compris, le vieux serviteur n'entendait pas un mot de français. De là grand embarras de part et d'autre. Henri se met à crier : Porta, mot qui veut dire égalemmi parte et apporte. L'Italien s'empresse de satisfoire le désir présumé de mon jeune ami et lui présente la première diose qui lui tomba sous la main : c'était la cuvette.

Francis, de sm côté, riant aux éclats, crie plus fort : Porta^ porta. L'Italien redouble de zèle, et apporte les pantatons et les bottes. Nouveaux rires et nouveaux cris : Porta, porta. Le pauvre homme s'évertue, et, croyant avoir deviné, il apporte le meuble indispensable

AVENTURE DE STRAOELU. 85

d'une chambre à coucher : ce fut à n'y plus tenir. — Quoique déconcerté, le camérier participe à l'hilarité de mes amis, et s'en va, tournant par la chambre, cherchant partout ce qu'on peut lui demander, et répétant à chaque pas : Ma che diavolo ? Tout le mobilier allait passer par ses mains, lorsqu'il entendit rire dans la pièce voisine. CapUotcapito! s'écrie-t-il, compris, compris ; puis il ouvre ma ;>or^, et allume ma chandelle en répétant d'un air moitié fâché, moitié souriant : Ma che diavolo!

Cette petite répétition de la tour de Babel nous égayait encore, lorsque nous touchâmes aux frontières du duché de Parme. Pendant cinq quarts d'heure, nous attencUmes sur la route, grelottant de froid, qu'il plût à messieurs les douaniers d'accomplir leur devoir. A peine si la visite dura le temps que je mets à l'écrire ; car ce fut la chose du monde la plus simple. Un vieux douanier s'approcha de nous, et tirant de dessous sa capote grise, lisérée de vert, une main amaigrie, armée de cinq doigts normands, il nous dit à mi-voix : Signori. Nous comprîmes. La btuma manda tomba dans le récipient, merveilleusement prompt à se refermer, et tout fut dit. Un instant après, nous étions en voiture, blancs comme neige et faisant maintes réflexions au sujet de ce qui venait d'avoir lieu.

Vers neuf heures, on découvrit les rives fameuses de la Trébie. Torrent plutôt que riyière, la Trébie, comme la Bormida, coule dans un lit de cailloux, dont l'extrême largeur nous fit comprendre quel redoutable obstacle elle peut présenter à une armée, au moment des crues. Annibal, que nous avions trouvé sur les bords du Rhône, nous apparut ici avec ses éléphants et ses troupes africames, espagnoles et gauloises. Le consul Sempronius, avec ses Romains, se montrait sur la rive opposée. Encore un peu nous aurions entendu le cliquetis des ar-

mes, tant notre classique imagination était montée.

Mais récho répète mi autre bruit à peine eiqpirant, c'est celui de l'artillerie allemande et française, qui naguère ébranla ces lieux et ces ondes tant de fois rougies de sang humain. Sur ce même terrain, oii, deux mille ans auparavant, les Romains avaient été vaincus par les Carthaginois, Macdonald livra, le 19 juin 1799, au redoutable Sowarow, le sanglant combat qui dura trois jours. De part et d'autre on brûla cinq millions de cartouches et l'on tira soixante-dix mille coups de canon : quinze mille hommes y périrent, et les armées couchèrent sur le champ de bataille.

Bientôt nous arrivâmes au pont magnifique bâti par Marie-Louise. En face même de la colonne qui est au milieu, nous transcrivîmes l'inscription passablement autrichienrie qui consacre tous les souvenirs militaires, dont je viens de parler :

MARIA LUDOVICA

IMP. FRANGISCI I CMS. FOilA

AHGHIDUX AUSTRLE

DUX PARM. PLAG. VAST.

TREBIiË

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