LE BAPTISTÈRE
sance d'an autre peuple; auprès du vaste bassin, le pontife, avec ses riches ornements, suivi d'une tribu de lévites; puis ces nombreux catéchumènes, avec leurs vêtements blancs et leurs ciei^es à la main : on entend le chant des cantiques saints, les prières et les paroles sacramentelles, et Ton s'associe à tous ces mystères d'amour et de bonheur avec une ivresse délicieuse, que le cœur peut bien sentir, mais que la plume moins encore que la bouche ne rendra jamais.
Quoique la discipline de l'Église ait changé, on n'a pas abandonné le vénérable Baptistère. Près de la cuve antique sont placés les fonts sacrés; en sorte que tous les enfants de la ville de Parme viennent puiser la vie divine au même lieu où leurs pères la recevaient. Sur les fonts actuels vous lisez la simple et sublime inscription que voici :
Bic renascimur^ Ad immortalitatem^.
Encore tout embaumés des religieux parfums du Baptistère, nous entrâmes dans un palais oii l'on respire une atmosphère bien différente. La Pilotta, ou palais Farnèseï renferme le musée, l'académie et la bibliothèque. Au musée, d'ailleurs très-riche, notre attention se porta presque exclusivement sur la fameuse Table Trajane, dont voici l'histoire. Non loin de Parme était Velleja, petite ville qui est devenue, par les nombreuses antiquités trouvées dans ses ruines, la Pompéi de l'Italie centrale. Au dernier siècle, quatre paysans creusaient dans ce champ fertile. Us trouvèrent la table dont nous parlons, la brisèrent en quatre morceaux et la vendirent
' « C'est ici que nous renaissons à rimmortalité. »
à un fondeur de cloches. La destruction totale de ce monument curieux allait se consommer, lorsqu'un antiquaire Tacheta, en rapprocha les morceaux et le fit pla« cer au musée.
On sait que les Romains gravai^t leurs lois sur des tables de bronze, afin, sans doute, d'assurer Fintégrité du texte, d'en montrer la durée et peut-être l'inflexible rigueur. Or, la Table Trajane réunit toutes ces conditiens. C'est une longue et large plaque de bronze, couvertes de caractères gravés ou burinés. La loi dont elle présente la teneur est un contrat hypothécaire sur les fonds de Velleja, sous la garantie impériale de Trsgad. Les donateurs affectent une somme de 10,040 sesterces pour la nourriture des enfants pauvres, légitimes, on illégitimes. C'est un document précieux pour l'histoire de l'administration romaine ^. Près de cette table en est une autre également en bronze, et d'une plus haute antiquité. C'est la quatrième feuille d'un senatus-consulte réglant les intérêts de la Gaule Cisalpine, cent ans avant Jésus-Christ.
Après avoir donné nos bonnes grâces au cicenme du musée, nous entrâmes à l'académie, conduits par un nouveau démonstrateur. Les deux statues colossales d'Hercule et de Bacchus, en basalte ou granit égyptiai, frappèrent d'abord nos regards, mais ne les fixerait point; elles comptent parmi tant d'objets d'art qu'il feut voir sans les regarder. D'un travail et d'une conservation remarquables, ces statues furent trouvées dans les ruines du Palais de Néron, et envoyées par Paul IH, de la famille Farnèse, à Parme, sa patrie. Ce qui absorba
* Voir ce que nous en avons dit dans notre Histoire de la Famille,
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notre attenticm fut le Saint-Jérôme du désert, chefd'œuvre du Corrége. Le saint docteur est debout, et tient à la main un rouleau à moitié développé, contenant une partie de ses œuvres ; devant lui un petit ange présente l'autre partie à l'enfant Jésus. Le Sauveur, assis sur les genoux de la Sainte Vierge, étend la main pour recevoir les ouvrages du saint anachorète. Au-dessous de la Sainte Vierge est agenouillée sainte Madeleine, regardant ce qui se passe ; derrière, sur le bord du tableau, un petit ange approche de son nez le vase des parfums de l'illustre pénitente.
Je ne sais s'il est possible d'imaginer quelque chose de plus doux, de plus gracieux, de plus naturel et de |dus fini que toutes ces figures prises chacune en particulier. Considérées dans leurs rapports, elles forment un ensemble plem de charme et d'harmonie : vous êtes ravi, ému, la parole vous manque, vous ne pouvez qu'admirer. L'impression si vive et si calme que produisit sur nous la vue de ce chef-d'œuvre chrétien, révèle une vérité qu'il est bon d'exprimer tout haut : La foi qui inspire l'artiste donne à celui qui ne Vest pas le sentiment du beau.
A la bibliothèque, très-nombreuse et très-bien tenue, nous examinâmes, avec une avide curiosité, les Heures de Henri II, roi de France, avec son croissant et la devise, qui serait mieux placée ailleurs, de Diane de Poitiers : donec totum impleat orbem ; le Coran de Kara-Mustapha, trouvé dans sa tente après la levée du siège de Vienne; un Psautier en hébreu, contenant des notes interlinéaires de la main de Luther : le père de la réforme écrivait fort peu lisiblement.
Après avoir visité, dans tous ses détails, l'antique demeure de la maison Farnèse, veuve aujourd'hui de ses