‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 26 sur 155 · DJ^ART DE PARME. — DOUANIER · texte numérisé non relu

DJ^ART DE PARME. — DOUANIER

SO Kovembre*

Départ de Parme. — Doaanier. — Reggio. — Modène. — Muratori. — Tiraboschi. — Triumvirat. — Bologne. — Sainte Vierge, — Procession du Saint-Sacrement.

 quatre heures du matin, un homme chantait dans la rue, en frappant à coups redoublés à la porte de la LoeandaTedesca, oii nous étions descendus. Cet homme était notre voiturin, honnête vampire auquel nous nous étions livrés de Parme à Modène. Il venait nous réveiller et charger nos bagages. Une heure après, pous étions m route par un temps froid et brumeux. A la porte de la ville veillait l'agent de la police, qui voulut bien nous permettre de sortir, moyennant la remise de nos cartes de sûreté. Dix minutes après, le Legno touchait aux frontières du duché de Modène. Là nous attendait Tinévitable douane. L'employé de garde était un homme d'environ cinquante ans. Au bruit de la voiture, il s'élance de sa cabine, et appliquant à la portière sa maigre face, précédée d'un nez gigantesque, il nous demande, suivant la formule, à voir nos passe-ports et à visiter nos

Les passe-ports sont exhibés, et nous ajoutons que nos malles ne contiennent pas de contrebande. — Lo credo, ma... Je le crois, mais... — Mais de grâce, laissez-nous en paix, lui dit un Italien, notre compagnon de route, et je vous toucherai la main : e ti toccherd la mano. Le douanier nous parut fort sensible à cette charmante expression. Néanmoins, il secoua la tête en disant : — Je ne puis ; mes ordres sont formels. — Allons, mon brave, reprend notre Italien, que crains-tu? — Je crams le

lieutenant. — Je répcxids de loi. — Vous m'assurez que vous n'avez ri«i de prohibé? — Rien. Alors, il détourne la tête, regarde aux faiètres du corps de garde; puis, faisant avec la lèvre inférieure une petite moue fort gracieuse, il glisse furtivement à travers la portière sa main enveloppée d'un manchon. Nous nous empressons de là toucher, vous comprenez de quelle manière. Aussitôt, d'une vmx tonnante, il s écrie : Vetiurino! avanti : voiturin, ai avant; ces messieurs sont en r^le. Pour notre agrément, la même scène se renouvela neuf fois, avec quelques légères variantes, pendant cette mé* morable journée.

Malgré tontes ces tracasseries fiscales, nous arrivâmes à Reggio vers les neuf heures du matin. Reggio est une petite ville charmante, à laqueOe un nombreux marché donnait alors une physionomie très-animée. Le tanps nous permit de voir ce qu'eUe offire de plus remarquable : c'est le groupe d'Adam et A'Ève^ au portail de la cathédrale : Notre-Dame délia Ghiara, très-belle église, miniature de Saint-Pierre de Rome, avec des fresques et un Christ du Guerchin ; enfin la maison oh une tradition, que je crois douteuse, &it naître FArioste : die est située sur la place de la Cathédrale.

A midi, nous étions à Modène. L'ancienne Mutina, célèbre colonie des Romains, est une ville importante, située dans une plaine agréable, entre la Secchia et le Tanaro, De larges portiques régnent le long des rues et mettent les gens de pied à l'abri de la pluie et du soleil. Modène, dont la population n'excède pas 30,000 âmes, compté cinquante ^lises. La cathédrale, de style lombard, avec son clocher carré, isolé et tout en maii)re, présente un ensemble qui manque d'harmonie. Au bas 'de cette tour on conserve le vieux seau de sapin que

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les Modenais enlevèrent aux Bolonais, et qui a donné lieu au poëme héroï-comique de Tassoni, intitulé : La Secehia rapita.

Dans la cathédrale est l'humble tombeau de Muratori. Curé de Sainte-Marie de Pomposa, cet honune, un des plus savants de TEurope, mourut en 1780. Tout le monde connaît ou doit connaître son ouvrage, intitulé : Il Cristianesimo felice nelle missioni del Paraguay. C'est un tableau fidèle de ces jeunes chrétientés de l'Amérique méridionale, qui réalisèrent les merveilles fabuleuses de l'âge d'or, et dont les philosophes eux-mêmes ont parlé comme d'une des gloires exclusives de la religion. La bibliothèque de Modène compte plus de quatrevingt-dix mille volumes et trois mille manuscrits. Elle nous rappela le célèbre Tiraboschi, qu'elle s'honore d'avoir eu pour conservateur. Ce savant jésuite, mort en 1794, est l'auteur de l'intéressante Histoire de la littérature italienne. L'espèce d'idolâtrie que manifesta le xvi« siècle pour les classiques païens d'Athènes et de Rome, a été l'objet de sa juste critique. Avec autant d'esprit que de raison, il plaisante surtout le P. MafTeï, qui demanda au pape la permission de dire son bréviaire en grec, afin de ne pas se gâter le style en Ksant le latin de la Vulgate !

n était déjà tard lorsque nous nous jnîmes en marche pour Bologne, à travers les vastes campagnes qui avaient vu les derniers efforts de la liberté romaine. Vaincu à Modène par le consul Pansa, Antoine se sauva dans les Gaules et reparut bientôt en Italie à la tête de vingt-trois légions et de dix mille chevaux. Nous ne quittâmes le camp occupé jadis par cette armée liberticide, comme on disait en 94, que pour traverser le Reno, l'ancien Labinins, marqué par un monstrueux souvewlt-

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C'est dans une petite ile, tonnée par ce fleuve, que s'établit le trinmyirat entre OctaTe, Antoine et Léfâde. Les triumvirs se donnèrent Tnn à Tantre la vie de leurs amis et de leurs ennemis ; leur dâirantecmantéordcwna même, sous peine de mort, que chacun eût à se r^ouir de leurs proscriptions; enfin, la t^e de Gicéron, mardiandée pendant deux jiMirs, devint le gage de leur allianoe. Ce pacte sanglant, qui ronplissait notre e^rit de tristes pensées, rendait nécessaires des impressions d*un autre ordre : dles nous attaidaient à Bologne.

A sept heures du soir nous stationnions à la porte; les formalités d*usage accomplies et nos passe-ports déposés, nous entr&mes en ville. G*était le samedi, veille de la fête de la Présentation de la Samte Vierge. Bologne était illuminée par la piété de ses habitants. Sous les grands portiques dont les mes sont bordées, apparaissaient de nombreuses madones de toutes grandoirs et de toutes formes, éclairées de flambeaux et ornées de fleurs. Ge n'était point là une vaine démonstration à laquelle les cœurs demeuraient éti^mgers; de distance en distance des fidèles agenouillés priaient aux pieds des saintes images. Pour la première fois de ma vie, j'étais témoin d'un pareil spectacle. Je ne saurais rendre quelle délicieuse impression produit sur le cœur le témoignage public et spontané de la piété de tout un peuple, envers la plus aimable des créatures, la Mère de Dieu et la Sœur du genre humain.

Je crus aussi remarquer un grand nombre de maisons fraldiement restaurées, aux hçades jaune clah' ou rouge de tuile. Noos étions loin de soupçonner que nous étions encore redevables de ce joli coup d'œil à la foi vive des Bokmais. Notre ignorance fut bientôt dissipée. l^MMgduschez un Français, fixé à Bologne depuis trente-

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