‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 27 sur 155 · PROCESSION DU SAINT-SACREMENT · texte numérisé non relu

PROCESSION DU SAINT-SACREMENT

deux ans, homme instruit et bon chrétien, nous nous empressâmes de lui demander l'explication de ce que nous avions vu. t Bologne, nous dit-il, compte 78,000 habitants et vingt-deux paroisses. Chaque année la procession solennelle de la Fête-Dieu se fait dans deux paroisses seulement, et à tour de rôle. Il est d'usage immémorial que les habitants des rues qui doivent être honorées par le passage du Saint-Sacrement remettent à neuf l'intérieur et l'extérieur de leurs maisons.

Les propriétaires de toute classe montrent un zèle ^al. Si, malgré sa bonne volonté, le pauvre ne peut faire ce que son cœur désire, il ne cramt pas d'emprunter pour subvenir à une dépense qu'il regarde comme sacrée. Vous voyez, continua-t-il, que l'intérieur de mes appartements n'est pas fini. Gela tient à ce que tous les ouvriers ont été occupés dans les paroisses qui ont eu la procession cette année; et je ne serais pas étonné que les travaux fussent déjà commencés dans les quartiers où elle doit passer l'année prochaine. Voilà ce qui vous explique et l'air jeune de nos vieux édifices et la propreté coquette de nos vieilles rues. »

Pendant ce récit, j'étais en France, appelant toutes les oreilles françaises pour l'entendre. 0 mon Dieu ! que ces témoignages de foi sont loin de nos mœurs actuelles I Ds sont bien coupables ceux dont les doctrines et les exemples ont glacé nos cœurs naturellement si ardents et si généreux 1 Voilà ce qui se passe à Bologne; et, dans la capitale du royaume très-chrétien, le Fils de Dieu en est réduit à ne plus sortir ostensiblement de ses temples !

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Sérénade. — Image d'ane yiUe chrétienne. — Édacation. — Tours des AtinelH et de la Garizenda. — Université.

Hier nous avions été réveillés d'une manière fort peu harmonieuse par la voix rauque du voiturin; il en fut tout autrement le jour de la Présentation. En France, nous donnons aux autorités , aux personnes vénérées et chéries, des sérénades la nuit qui précède leur fête ; le même usage a lieu en Italie. Seulement, parmi les autorités ou les parents auxquels on y rend cet honneur, la piété filiale, éclairée par la foi , en compte une de plus : c'est Marie.

A quatre heures du matin, nous famés tirés de notre sommeil par le brillant carillon de je ne sais combien de cloches, qui, frappées en mesure, formaient au-dessus de la ville comme une mer d'harmonie. On aurait dit un concert des anges, auxquels répondirent bientôt mille voix de la terre. Entrés de bonne heure dans l'église voisine, nous la trouvâmes remplie d'hommes, de femmes et d'enfants de toutes les conditions. Il nous fut doux d'associer notre prière à la prière de la foule recueillie qui, pressée autour des autels de la Reine du ciel, ofBrait à cette mère bien-aimée ses compliments et ses touquets. Le chant simple des Litanies, répété en chœur par tout le peuple, nous causa le plus vif plaisir.

Midi venait de sonner lorsque nous nous lançâmes dans rintérieur de la grave et studieuse Bologne. Ce fut avec bonheur que nous contemplâmes une seconde fois le spectacle d'une ville chrétienne, aux jours de dimanche et de fête. Pas de magasins ouverts, pas de tra-

IMAGE D^UNE VILLE GHaETIENNE. 105

vaux, pas de bruit ; le départ même des courriers est suspendu : silence et repos universels. Les portiques étaient animés par les promeneurs de tout rang qui prenaient Tair, et les églises remplies de fidèles qui priaient.

Vers le centre de la ville nous rencontrâmes un petit garçon, d'une douzaine d'années, tenant de la main droite un crucifix, et de la gauche une clochette qu'il'agitait continuellement. C'était un enfant du catéchisme. Il parcourait ainsi toutes les rues de la paroisse, appelant ses camarades à la réunion. Et vous auriez vu tous les ragazzi quitter leurs jeux et se rendre docilement à leur chapelle. Voilà un de ces traits de mœurs qui nous séparent de l'Italie par une barrière plus haute que les Alpes. A Bologne le peuple est généralement instruit. n en est de même dans le reste des États pontificaux, oîi les illettrés sont dans une proportion beaucoup moindre qu'en France. M. de Tournon avait déjà fait la même remarque.

€ L'mstruction primaire, dit-il, est offerte au peuple, c dans le domaine pontifical, avec une libéralité dont € peu de gouvernements donnent l'exemple. Dans les € villes et moindres villages, des maîtres, payés par le € public, enseignent à lire, à écrire et à calculer ; de € sorte qu'il n'y a pas un seul enfant qui ne puisse re- « cevoir le bienfait de l'instruction élémentaire * ; et de c fait, les enfants qui fréquentent les écoles sont dans € la proportion de 1 sur 11 habitants. En Angleterrre, la € moyenne, par rapport à la population, est aussi de € 1 sur 11 ; en France, de 1 sur 20. Elle est, aux États* c Unis, de 1 sur 4 ; dans le duché de Bade et le Wur-

* Voyez Préface aux Inst. de Bienf, de Rome^ p. 99.

€ temberg, de 1 sur 6; en Prusse, de 1 sur 7 ; en € Bavière, de 1 sur 10 ; en Autriche, de 1 sur 13 ; en < Irlande, de 1 sur 19 ; en Pologne, de 1 sur 78 ; en c Portugal, de 1 sur 88; et en Russie, de 1 sur 378. c On voit que les États pontificaux se dassent parmi les c nations chez qui Finstruction primaire est le plus c répandue ^. i

 Bologne, Féducation des filles est confiée à des maltresses d^une vertu éprouvée, ou à des religieuses. Tous les moyens d*avancer dans la carrière des sciences sont offerts aux jeunes gens, et tous ces moyens sont gratuits. Que dirai-je du bien-être matériel !  Bologne, comme à Parme, il y a un ouvroir pour les pauvres. Notre longue série d mpôts sur les portes, les fenêtres, les patentes, y est inconnue. En résumé, ce peuple, soumis à la puissance temporelle du Saint-Père, est, en beaucoup de choses, plus avancé que certaine nation qui se flatte d'être à la tête du progrès universel : il est surtout plus heureux que nous, et cela à moins de frais.

Au milieu de notre course il Mut bien nous arrêter devant les deux fameuses tours, inévitable objet des récits et de Tadmiration des voyageurs. Elles sont en briques et de forme carrée. La tour des AsineUi, la plus haute de ritalie, dépasse de quelques pieds la flèche du dôme des Invalides. De temps en temps, elle sert à des (d>scrvations astronomiques. La Gari%enda n'a que quarante-huit mèlres dâévation.

Ce qui les rend lune et Tautre fort curieuses, je dirais presque effirayantes, c*est leur inclinaison. La première surpkunbe de trois pieds et demi; la seconde, de huit pieds deux pouces. On se rassure toutefois en pensant

MfttMistîçiifs, u II, p. 87.

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