L*ANNUNZIATA. IM
1er, à dévd(Ç)per le ^ns religieux, que j'app^rai sans cramte la secwide vue de l'artiste.
. A Florence, le clocher est isolé de la cathédrale. Cette particularité se rencoutre sauvât en Italie, surtout d^ms la Romagne, où donûi» kmgtemps le go&t byzantin. JDe forme quaârangulaire et nYètn, de la hase au somintô, de nmriNre précien, le docharâe Santa MapiaddFiors est bien le phis âégMl ^ le plus ^acîeux campanile que nous ayons yvl et, je crois, qu'on puisse voir. Les amat^rs voudront hm «e pas oublier qu'il ^ Tou^rage de Giotto ; ce <pà prouve que le père de la pemtore nuh deme, le roi de l'art chrétien, n'avait pas «u beaom des classiques mod^s d'Athènes et de Renae pour créer des chefs-d'œuvre.
En sortant du Duomo, nous trouvtoies les rues ea^ combrées de Toscans et de Toscanes venus au marchés Toute cette foule, en costume pittoresque, présentait un spectacle très-animé et un coup d'oeil fort curieux; il nous fut permis d'en jouir à notre aise en nous rendant à l'église SainMflt/rm^
Ici se trouve la chapelle des Médieis, qui rappelle la magnificence de celle de Versailles. On y voit de plus les tombeaux de cette illustre famille, 4'abord marchande, puis princiëre, puis alliée avec la plus noble maison de l'univers, la maison de Boui4)(»i, puis éteinte I ! ! l Et là, tout près, est une autre cluç)elle, destinée à la sépulture des princes autrichiais qui régnent aujourd'hui à Flo^ rence. Ainsi passent les couronnes d'une tête à l'autre ; ainsi passent les hommes ; ainsi passent les dynasties. Une chose seule ne passe pas, la mort! qui réduit au même néant les princes de la terre; à quelque nation qu'ils appartiennent.
Notre pèlerinage se termina par la visite des deux
églises de ïAnnunziata et de Sainte -Madeleine de Pazzi. Dans la première on conserve une image miraculeuse de la Sainte Vierge^ en grande vénération parmi les Florentins. Après avoir salué la Reine du temple, on admire plusieurs tableaux d'Andréa del Sarto S représentant les principaux traits de la vie de saint Philippe Benizzi. Pour en comprendre un des plus remarquables, il faut se rappeler que le saint, étant à l'agonie, mit tous ses frères en émoi en leur demandant son livre. Les bons religieux ne pouvaient réussir à le trouver, bien ^'ils lui en eussent présenté un grand nombre. Enfin, on lui apporta son crucifix : « Oui, voilà mon livre, » dit le saint moribond ; et l'étudiant une dernière fois avec amour; il mourut au milieu de sa ravissante lecture. La chapelle qui renferme l'image miraculeuse est d'une richesse incroyable. Le pavé est de porphyre et de granit égyptien; les murs du petit oratoire sont incrustés d'agate, de jaspe et d'autres pierres précieuses. C'est le rendez- vous de toutes les magnificences de la nature et du génie. L'église Sainte-Madeleine nous offre un ornement qui surpasse tous les chefs-d'œuvre de Fart : ce sont les reliques de la sainte. Qu'on aime à vénérer, sous ces voûtes étincelantes de dorures, le corps virginal de l'illustre amante du Sauveur I Qu'on aime à se rappeler, en présence de son glorieux tombeau, et ses chants inspirés pour le bien-aimé de son âme, et cet amour brûlant qui lui faisait dire : < Pour communier, je n'hésiterais pas, s'il le fallait, à entrer dans la caverne d'un lion!»
En repassant auprès de la cathédrale, nous nous arrêtâmes devant le monument élevé à la gloire d'Arnolfo
^ Né à Florence en 1488.
INSCRIPTION D*ARNOLFO. 133
di Lapo, qui fut Farchitecte du célèbre édifice; au bas du buste on lit Finscription suivante ;
nie hie est Amulphns
Qui facerejussus
jEdis metropolitanœ -
Tanta ex decreto communis Florentinorum
Magnificentia extruendœ
Quantam nulla hominum
Superare posset indaistria
Ingenti civium auso
ob aciem animi ingentem.
Parem se prœbuit *.
L'exagération italienne est devenue proverbiale chez nous autres enfants du Nord. De ce reproche que nous adressons à tous les peuples méridionaux, il nous semblait en avoir la preuve dans Femphatique éloge d'Arnolfo. Toutefois, la grandeur et la beauté du monument peuvent excuser la poétique licence de Finscription; notre sentence fut donc suspendue jusqu'à plus ample informé. Mais voilà qu'une nouvelle pièce de conviction nous attendait deux pas plus loin. Comme la première, celle-ci n'était pas, il est vrai, gravée sur le marbre par ordre des magistrats de la cité ; elle était simplement écrite sur une boite de carton, par je ne sais quel prolétaire inconnu.
Cette circonstance ne lui ôtait rien de sa force ; au
* • Celui-ci est Arnolfo, qui, ayant i*eçu de la commune de Florence Tordre de bâtir une cathédrale d*une telle magnificence que jamais l'industrie humaine ne pût la surpasser, se montra, par la hauteur de son génie, au niveau du gigantesque projet de Ses concitoyens. »
134 LES TROIS iU>3IE.
contraire^ elle fortilBait, eu rélargissant^ la base da raisonnement suivant : Puisque rexagéralicm se trouve à tous les degrés de Féchelle sociale, le reproche adressé à ce peuple n'est p^ sans quelque fondement. On peut lire le caractère a m peuple sur des plaques de marbre ou sur des boites decarh^ :
La nature, féconde en bixarres portraits. Dans chaque âmé est marqaée 4 dç dilBrents traits : Un geste la d^am, ifii ^i^ bi lûf ^arattfe ; Mais tout esprit nV pas' îes yeux pour la connaître.
Un de mes jeunes amis avait adieté une boite d'allu* mettes chimiques, delà cooqposition de Philippe Barrier, d'Empoli en Toscane. Après avmr allumé ma bougie, |e fus curieux de lire les vers italiens écrits sur l^te «catola de papier ^ris. Prêtez Toreille aux accents de cette muse ignorée :
Quai è causa del giubbilo Ghe m' empie tntto il seno Ghe .quasi vengo meno Peir qnestp gran placer?
Ahl soi la causa ô questa, Àyer su tutti l'imperu^ Poter ^^hernire altero H mio nemico ognor; E dirgli sorridendo :
Ascolta risuonare DaU' uno aU' altro mare Il nome di Barrier >.
M. Philippe Barrier, d'Empoli en Toscane, qui vous chantez sur qe |on pour avoir découvert des allfiipettes,
f « Quelle est la cause de la joie ^ui iiMmde mon âine, et me donne on plaisir si grand que j'en topobe presque éà défaillaiice?Àh ! k seule causé, c'est 4e rayoirent^jrféàa^^
)mÈ SURPRISÉ. i35
permettez-moi de voua demandél' quels vers vous vous seriez adressés Si, nouveau Goloîmb, vous aviez trouve rAmérîqirô?
Une safprise. -^ Galerie da palais Pitti. — iiigéinènt siir là Renaissance.
Cette journée, ob le del se moiitlràit alis^ pùî ^6 tÉ veille, commença par une surprise. Je voiis Id dbiitierftîè en mille que vous ne la devineriez jias. QamhU^iàt heures auparavant, nous avions r«Dieoûtrë des FrttiçattS à table d'hôte; aujourd'hui nous appréncins \jptë iiôus sommes logés chez un... Nivernais! n e^t âihsi. Dèis lé matin, le maître d'hôtel, qui avait vu et enregistré thU passe-ports, vint me trouver, et me dit : k Je âuià heureux, monsieur Tabbé, de voir un ecclésiastique de inoû pays. — Vous êtes Français î — Mieux que cela : je sûià Nivernais. Mon père et ma mère étaient de NéveTs; j'ai encore un oncle dans cette ville : il est prttre. Vit-il encore? — Son nom, je vous prie? — M. !B.;. — Je le connais beaucoup. Quoique fort âgé, il se pairiaSi bieft^ il y a un mois, à l'époque de mon départ. » Et les imim vinrent aux yeux de l'excellent homme ; et notts tUtâffà en plein pays de connaissance; et nous voilà paMant'et reparlant de Nevers et du Nivernais. — Le digne M. B.».. me raconta son intéressante histoire; et, depuis ce ïiwment, nous fûmes les enfants gâtés de l'hôtel de Pcità Rossa.
de pouvoir toujours me moquer de mes rivaux et de leur dire en souriant : Entendez retenlir d'une mer à Tautre le nom de Barrier. »
Presque aussi heureux de noire raicxHitreqneH. Hiilippe Barrier de sa découverte, dous nous mimes ea course. La vieille Florence religieuse avait reçu notre visite ; c*âait aujourd'hui le tour de Florence artistique. La mère avant la fille : voilà ce qui s'appelle obs^er les convenances.
Les galeries du palais Pitti^ les UfBzj, le Palazzo Vecchio, rAcadânie, nous virent successivement. Ces brillants sanctuaires de Fart durent être bien étonnés, eux accoutumés à tant de sourires approbateurs, à tant d'exclamations admiratives, de la mine habitudlaoïent sévère que nous leur fîmes. Pour nous justifier, il suffira, je crois, de nous ex(^quer.
Nous ^ons dans les liaix de triste mâosoire ou, trois siècles et imà auparavant, l'art, devenu saisuel^libtftin, avait r^dié sa diaste ^use, la rdigion catholique, pour ^user l'impure mythologie de la Grèce ^ de Rome. De toutes parts, nos yeux apercevaient les fruits dégradés de ce commerce adultère : d^loraUe divorce dcmt il fsiut rappeler la cause et les effets. Le Christianisme, qui avait purifié le monde des in&mies païennes, qui l'avait sauvé de la barbarie des peu[des du Nord, qui avait élevé les sociétés modernes à une si grande supériorité de naoeurs et de lumières, avait aussi inspiré le génie des arts. Au feu tovgours pur de ses autels, aux clartés toujours divines de ses mystères, le peintre, le sculpteur, Fardiitecte, le poëte, l'orateur avaient allumé lear flambeau, puisé leurs insinrations; et le monde étonné avait vu leurs prisées se traduire en monuments de tout genre, d'une élévation, d'une grloe, d'une chasteté, d'une rn^esté, d'un spiritualisme inconnu de l'antiquité. C'âait un admiraUe reflet du principe surnaturel qui était devaiu l'âme des nations régénérées.