‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 32 sur 155 · GALERIE OU PALAIS PITTI · texte numérisé non relu

GALERIE OU PALAIS PITTI

Le qninzième siècle arrivait à son miUen. Fille de la foi, l'Europe artistique marchait d'un pas rapide dans la voie d'un progrès qui lui était propre, car il était le développement naturel de sa religion, de ses mœurs, de ses idées, fondues, comme elle, au moule du G&ristianisme. Déjà Gimabuê, Giotto et bien d'autres avaient écrit avec leur immortel pinceau les pages sublimes de l'art chrétien aux églises de Florence, de Bologne, d'Assise et de Padoue; de tous les points de l'Europe, mille cathédrales, avec leurs myriades d'aiguilles élancées, portaient jusqu'aux nues la gloire de l'architecture ca*tholique et la puissance du génie inspiré par la foi. Qud jour brillant annonçait une si brillante aurore I

Mais voilà que des Grecs, tristes débris d'une nation dispersée aux quatre vents pour avoir trahi la foi de ses pères, arrivent à Florence. Dans leur bagage de proscrits, ils portent les œuvres des philosophes, des poètes, des orateurs, des artistes païens, dont ils sont les admirateurs Êmatiques. Accueillis par les Médicis, ils payent leur bienvenue en expliquant les ouvrages de leurs anciens compatriotes. A les entendre, l'Europe jusque-là n'a rien connu à la philosophie, à l'éloquence, à la poésie, aux beaux-arts. « Barbare, instruis-toi, ne cherche plus tes modèles ni tes inspirations dans tes grands honmies, dans tes annales, dans ta religion. Rome païenne, la Grèce païenne surtout, peuvent seules t'offrir, en tous les genres, des chefs-d'œuvre dignes de tes méditations. Là fut le monopole du génie, du savoir et de l'éloquence ; là furen des hommes que tu dois imiter, mais que tu n'égaleras jamais : ta gloire sera d'en approcher; ne te flatte pas d'aller plus loin : ils ont posé les colonnes d'Hercule de l'intelligence humaine. »

Voilà ce qui fut dit et redit sur tous les tons, par les

nouveaux venus et par leurs disciples. Et on se laissa prendre à leurs discours, et on brisa violemmait avec le passé, et on ne vit plus que les païens d'Athènes et de Rome, et autant qu'il fut en eDe, l'Europe savante s'efforça de se faire à leur image. Des fouilles activement suivies amenèrent la découverte de quelques statues des habitants de l'Olympe ; tous les arts accoururent pour s'inspirer à la contemplation des nouveaux nàodèles : la révolution fut consommée. Telle est en quelques mots l'histoire de la Renaissance. Quant à son influence sur la société en général, et spécialement sur les beaux-arts, elle a été le sujet des jugements les plus contradictoires. Puisque nous sommes à Florence et que nous allons visiter la galerie Pitti, les principales pièces du procès vont passer sous nos yeux; il importe de les bien étudier. C'est le meilleur moyen d'apprécier avec justice le grand mouvement du qumzième siècle, et de distribuer consciencieusement le blâme ou l'éloge.

Pour ne parler que de la peinture, la Renaissance, tout le monde en convient, ftit l'imitation de l'antiquité païenne et le culte de la forme. En soi, cet amour de la forme n'est pas mauvais; mais il doit rester dans de justes limites. D'abord, il ne doit pas l'emporter ^r l'inspiration, en ce sens que l'artiste, absorbé par te désir de rendre la beauté matérielle, néglige la pensée qui doit animer la toile ou le marbre et, dans les sujets religieux, ftdre de l'art un véritable sacerdoce. Ensuite, cet amour de la fonne ne doit pas aller jusqu'à a rechercher et à la rendre dans certains détails que ta décence ne permet point d'étaler aux yeux.

Enfin, ramourde la forme ne doit point faire oublier à l'artiste que la beauté matérielle ne peut et ne doit ètàe que le reflet de la beâttté idéale, dont le type se trouve

GALERIE bu i^ALAIS PITTI. ÎSé

dans rhumanité ennoblie par le Christianîàme. Les glorieux habitants du del, raomme-Dîéti, son «MkjgTfttlè Bfère, les anges, les saints et les saintes, étùcHés dàfis le silence de la méditation, et ôontèmpïés avec (Sèttè seconde vue que donnent la puretSé Au c(iéur et làiiieWi telle est la source de l'inspiration cbréti^é et le véritable type du beau. Entre cette inspiration et rin^>ation mythologique, il y a, on le conçoit, la /#ème distance qu'entre le ciel et la terre. Reaidfe leà qifâfités divines, les vertus, les sentiments célestes de ces ihes augustes, en y joignant la beauté de la fôrnîè, y ta "élever Fart à sa plus haute puissance.

Ces principes une fois rappelés, nctts d&ônsqiiieïà Renaissance mérite, si on veut, quelques '^o^ès, pour avoir cultivé la forme; mais, si eïle à sfcrîBéïlrf^îràtion à la forme; si elle Ta peinte dans des ^ëiàSs abBt la vue feit rougir; si, au lieu de cHércfeSr leï^è'àà l)eau dans le ciel, elle Fa trop hâbitiiènèttènt cherche sur la terre ou dans FOlyflipe, alcfrs-efie'mërîte''nn bMmfe Révère : car elfe à toàt^ialîsfe le 'gôiiè 'et ïâMù Vkk inffidèle à sa noble et kMe tnifesîôn. Vépfe ^ï ^ éA ainsi et entrons daà's là 'cSèlîrè çalërfe.

Nous voici au bas dù^ralhà ëài^èr, ' dôîSifilbôisMintorfs Ifes stfp'CTbèfeifiiâriSiës ehf rè îfètik haïèis^cléVffliis, îd'ferctilës, de Fàtunes, 'de Baticliti^, de !Memii'te,'ïfe^SEttyrès,

Àpolîôn-Jilu^géte, Marc-Jtufôfe, Mc(Qlh,^ècfrtiiii6aè.

■Eiïfln ilbus sbitimés sifr le 'ïttnl ïè là gaïeHe. 'Ce tdMe'àela'iféihtuiié/dirbltêhaiïiatfé^^^^^^ ratfôn^irfti^h de ses MrfclïttWc (îaVi«^

en quinze chapelles ou salons. Aucun n*a reçu une dénomination chrétienne. Trots ont des noms insignifiants : salons délia Stuffa,àes Enfants^ de Poccetti. Les dau%e autres portent le nom d'une divinité païenne ou d'un dani-dieu : salon de Vénus; salon i* Apollon; salon de Jlfars; salon ie Jupiter; salon de Saturne; salon de Y Iliade ; salon de Y Éducation de Jupiter ; salon d'Ulysse retournant à Ithaque; salon de Prométhée; salon de la Justice; salon de Flore; salon de la Musique.

Afin de ne pas se méprendre sur la pensée qui a présidé à cet arrangement et à ces dénominations, il faut noter : que ces derniers salons sont les plus riches et les plus magnifiques ; que le salon de Vénus est le premier; que chaque divinité tutélaire est peinte à la voûte de son salon, avec ses chastes attributs ou dans Taccomplissement de quelques faits mythologiques, tous plus propres les uns que les autres à inspirer de célestes pensées. Au-dessous, sur les quatre parois du sanctuaire, vous voyez les tableaux des grands maîtres de la Renaissance. On dirait des e^^voto^ qui témoignent de la reconnaissance des artistes pour le dieu ou la déesse à rinspiration desquels ils semblent se déclarer redevables des œuvres de leur pinceau.

Qu'en pensez-vous ? Tout ce spectacle si parfaitement païen ne semble-t-il pasla traduction littérale de la pensée artistique nH)deme, et le témoignage irrécusable de l'alliance adultère accomplie à la fin du quinzième siècle ? La galerie de Florence ne semble4-elle pas dire au jeune artiste : « Lève les yeux à la voûte de mes salons ; voilà les dieux de la Peinture et des Arts ; voilà ceux qui ont inspiré les chefe-d'œuvre qui brillent à leurs pieds; tu n'as que faire de chercher dans le ciel des chrétiens des inspûratioDS et des modèles ; l'Olympe te suffit; la route

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