‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 33 sur 155 · JUGEMENT SUR LÀ REMISSANCE · texte numérisé non relu

JUGEMENT SUR LÀ REMISSANCE

t'est frayée par les traces lumineuses des grands maîtres; travaille, imite, espère. »

Étudions maintenant les résultats du principe païen, inspirateur de la Renaissance.

Les tableaux de la galerie se divisent en deux grandes classes : les sujets profanes et les sujets religieux.

Les premiers sont traités par les maîtres avec une grande perfection. On voit qu'ils ont été écrits de verve et de l'abondance du cœur. Il est telle figure devant laquelle le chirurgien peut faire un cours d'anatomie. La douceur, la force, l'éclat, les plus délicates nuances delà carnation ; la souplesse des chairs, les fibres, les nerfs, les muscles, les moindres tendons; le jeu complexe des organes, leur dilatation ou leur contraction, suivant les plaisirs ou les douleurs, .ou les impressions naturelles de l'âme ; rien n'y manque. A toutes ces qualités se joignent la régularité des proportions, l'irréprochable naturel des poses, la beauté du coloris, en sorte que la forme matérielle et la sensation physique se trouvent rendues avec une perfection désespérante : cela devait être.

Avec le même plaisir et le même succès, le botaniste peut étudier certain vase de fleurs. Les pistils et les pétales avec leurs nuances si variées et si délicates ; les feuilles, avec leur moelleux ou leur poli, que sais-je î la pose de la tige, son diamètre, son élévation : on est sûr de trouver là tout ce qui se voit dans la nature, imité avec une exactitude admirable : cela devait être encore. Ainsi, détails anatomiques, précision de dessin, beauté matérielle, pureté, vivacité, grâce de coloris; en un mot, tout ce qui est du domaine des sens est reproduit avec un rare bonheur : voilà pour les sujets profanes. Quant aux siyets religieux, on devine ce qu'ils peu-

vent être : le peintre les a faîts à son image, comme luimême s'était fait à Fimage des modèles païens et profanes. La forme matérielle ne laisse rien ou presque rien à désirer. Vous avez de beaux hommes et de belles femmes, des Grâces même et des Déesses; mais des saints et des saintes, peu ou point. On cherche le Ciel, on ne trouve que FOlympe; Tceiî admire, mais le cœur ne prie pas. Tout un ordre de sentiments, d'idées, d'images, déposé en nous par le catholicisme, et qui compose comme le fond de notre être surnaturel^ reste sans traduction. Le peintre ne nous comprend pas ; son idiome n'est pas le nôtre : il parle chair, et nous parlons espHL

De là les incorrections et contre-sens qu'il commet, lorsqu'il veut bégayer notre langue. Exemples : nous nous rappelions les madones de Giotto, de Lippo Dalmasio , du bienheureux Angelico da Fiesole, et nous cherchions, dans celles qui sont suspendues aux salons de Mars ou de Jupiter, les naïfs attraits, la grâce pudique, la douce sérénité, la sainteté, en un mot ce reflet divin qui brille dans les premières et auquel seul notre foi consent à reconnaître la Vierge Mère de Dieu ; hélas ! nous ne le retrouvions plus, excepté peut-être dans la Madone du duc d'Albe, par Raphaël.

Nous regardions encore, et nous découvrions, malgré nous, dans les Saints, les Saintes, les Martyrs, les Anges, un air de famille avec Apollon, Jupiter, les Grâces, les Muses, les Héros et les Héroïnes de l'antiquité, qui nous rendait palpable l'mspiration sensuelle qui les a dictés. C'est ni plus ni moins ce qui doit être. Les grands maltrès de la Renaissance sont peintres vraiment religieux, comme ils furent vraiment chrétiens, momentanément et par exception. De bonne foi, à qui espère-t-on faire accroire qu'en menant une vie toute sensuelle, en rem-

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