‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 34 sur 155 · JUGEMENT SUR LÀ RENAISSANCE · texte numérisé non relu

JUGEMENT SUR LÀ RENAISSANCE

plissant son esprit, sa mémoire, son cœur, de pensées, d'images et d'affections grossières, il suffit de savoir dessiner, d'avoir à la main un pinceau et devant les yeux la première Fornarina douée de quelques attraits, pour faire une sainte, une Vierge, la plus pure des vierges ?

Oh ! cela, voyez-vous, je ne le croirai jamais ; car jamais je ne croirai que le flambeau divin du génie s'allume dans la boue des passions ! Cependant l'histoire est là pour nous dire que tels furent les modèles et la recette trop ordinaire des peintres du seizième siècle et de leurs successeurs. Et on voudrait que nous eussions foi à l'inspiration religieuse dé tous ces ouvriers-là ? CredatJudœus ApoUo...

Avoir trop sacrifié à la forme matérielle, et négligé l'inspiration chrétienne, voilà, je crois, les deux premiers reproches* qu'on peut justement foire à la Renaissance. La galerie dû palais Pitti nous apprend qu'elle en mérite un autre beaucoup plus grave. Avant la Renaissance, on ne peignait pas le nu pour le nu, et cela pour deux raisons : la première, parce que la religion chrétienne, essentiellement spiritualiste et morale, le défend. L'art était pris au sérieux et regardé comme un sacerdoce, comme une langue surnaturelle destinée à traduire un ordre d'idées, de sentiments et dé beautés supérieurs aux sens.

Témoin, à diverses époques, la vie et les travaux de Cîmabuë, de Giotto, de Lippo DaUnasio, de B. Angelico da Fiesde, de son disciple chéri Benozzo Gozzoli; de Gentio Fabriano, de Taddeo Bartolo; enfin des deux religieûx Vital et Lorenzo, qui, peignant les cloîtres de Bologne, travaillaient ensemble comme deux fi^ères, excepté quand il s'agissait de la mise en croix. Alors Vital se trouvait tellement anéanti par le sujet, qu'il

rabandonnait tout à fait à son ami. Je pourrais citer d'autres exemples non moins remarquables de ce profond sentiment religieux, apporté dans l'art par les peintres vraiment chrétiens.

La seconde raison pour laquelle on ne peignait pas le nu, c'est que cela n'était pas nécessaire à la perfection de Tart catholique. On cherchait à rendre exclusivement la beauté spirituelle^ la seule dont la vue élève au-dessus des sens. Or, cette beauté se réfléchit uniquement dans les yeux et dans les traits du visage. De là. Tincomparable pureté des figures et le type vraiment divin qui distinguent les ouvrages des grands maîtres antérieurs au mouvement du quinzième siècle. On voit que cette partie absorbait leurs soins et leur talent, n &ut excepter les draperies, traitées avec une perfection qui fait encore le désespoir de nos vrais artistes. Tout le reste, regardé comme accessoire, est traité avec une certaine négligence, devenue le sujet éternel de reproches poussés'jusqu'à Tinjustice.

Cette dignité, cette sainte mission de Tart fut méconnue par les artistes nouveaux. Formés à l'école du paganisme, ils n'ont vu habituellement que la beauté matérielle et, pour la faire ressortir, ils ont peint le nu; et ils l'ont peint, les malheureux, avec une abondance et une effronterie qui font baisser les yeux à la vertu, et qui doivent couvrir de rougeur le front le moins pudique. Est-ce donc là, nous le demandons, le légitime usage, ou l'abus de l'art? Peut-on croire que Dieu a donné à rhouune le génie pour corrompre plus habilement ?

Si, dans les sujets profanes, le nu dont je parle est un scandale, n'est-il pas dans les sujets reUgieux un contresens sacrilège? Le sens chrétien n'est-il pas révolté

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