JUGEMENT SUR. LA RENAISSANCE
lorsqu'on nous donne pour des saintes des figures déshabillées et agaçantes comme des nymphes ou des sirènes ? et pour l'auguste Mère de Dieu, une fenune montrant à tous les regards un enfant complètement nu ? Non, non, vous avez beau dire et beau faire, jamais on ne persuadera à aucun catholique que nos saintes avaient la désinvolture des déesses, et que la plus réservée de toutes les mères, la plus saintement pudique de toutes les vierges, Marie enfin, ait jamais donné au public un spectacle coname celui dont je viens de parler.
Toutefois, il nous fut doux de le reconnaître, et il nous est consolant de le proclamer, à ces contre-sens étranges, pour ne pas dire sacrilèges, la galerie de Florence offre d'honorables exceptions. Raphaël, le Titien, Murillo, le Guide, le Tintoret, Jules Romain, et d'autres encore, ont écrit des pages vraiment chrétiennes, c'està-dire vraiment sublimes. Mais, ces exceptions admises, il est difficile de ne pas sanctionner les graves reproches adressés à la Renaissance. Elle amis en honneur le culte de la forme jusqu'à le rendre idolâtrique ; l'art a cessé d'être la langue du spiritualisme, pour devenir la langue du sensualisme; au lieu de rester un sacerdoce catholique, il a été trop souvent un sacerdoce dégradant et corrupteur.
Pour le fond, il a donc perdu plus qu'il n'a gagné à la révolution du quinzième siècle. Quant à la forme, pourrait-on prouver qu'en demeurant catholique il n'eût pas atteint à cette correction de dessin, à cette régularité de traits, à toute cette perfection de poses, de draperies et autres accessoires dont la Renaissance se glorifie justement? Celui qui peut plus peut moins. L'art catholique s'était élevé jusqu'à la beauté idéale et spiritualiste : un peu de pratique lui eût donné le secret de la beauté sensible, dont les modèles sont palpables; mais il les avait
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négligés pour les raisons énoncées plus haut. On pourrait citer en preuve les chefs-d'œuvre du Giotto et du B. Angelico, de Gaddi, etc. La chapelle des Espagnols, à Rome, possède plusieurs figures aussi belles de style et d'expression que celles de Raphaël, et les pensées sont plus profondes, les conceptions plus vastes. La madone de Sainte- Marie in Cosmedin, et Notre-Seigneur, à l'église des SS. Corne et Damien, sont admirables ; les figures sont d'une grandeur que Michel-Ange, Raphaël et tous les peintres qui les ont suivis n'ont jamais atteinte.
Nous sortîmes de la galerie de Florence les yeux éblouis, mais le cœur très-peu satisfait. A la vue de tant de génie si tristement dépensé, on gémit amèrement, et on ne trouve de consolation que dans Tespérance d'un retour à l'ordre, retour ardemment dés;r3 aujourd'hui et dont chacun doit promettre de hâter le saluiaii^e progrès de toute la puissance de sa faiblesse. Tel est le motif des réflexions qui précèdent ; puisse-t-ii en être la justification I
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Anecdote. — Le palazzo Vecclao. -^ Les Ufûzj. — Visite à M. le chanoine B... — Etat moral de Florence. — Confrérie de la Miséricorde. — Catéchisme de persévérance.
Hier, nous avions quitté la galerie pour nous rendre aux Vffizj; mais l'heure avancée nous obligea de remettre cette visite au lendemain. Pendant la nuit, l'âpre climat du nord avait remplacé la douce température de l'Italie. Le frileux Toscan, pris à l'improviste, ne savait comment s'emmailloter dans son manteau. Son embarras nous apprêtait à rire, car le froid nous paraissait très-