‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 44 sur 155 · BELLARMIN · texte numérisé non relu

BELLARMIN

S Décembre.

Bellarmin. — Pontecentino. — Acquapendente. — Bolsena. -— Mirade. — Montefiascone. — Anecdote. — Souvenir du cardinal Maury. — Voie Cassienne. — Lac Naviso. — Vilerbe. — Le B. Crispino. — Sainte-Rose. — Monterosi. — Apparition de la croix de Saint-Pierre. — Campagne romaine. — Ponte-Molle. — Entrée à Rome,

Des tristes contrées parcourues la veille était cependant sorti un homme dont la glorieuse et sainte mémoire réjouit le monde catholique. A deux heues de la route, sur la gauche, apparaît Montepulciano, patrie de rimmortel Bellarmin, la gloire du sacré collège, l'honneur de la Compagnie de Jésus, le fléau des hérétiques et le champion de TÉgUse du seizième siècle.

Au delà de Radicofani la route continue d'être fort difficile. Tracée sur la cime ou dans le flanc des montagnes, elle traverse un ravin profond, désert, animé par le bruit des torrents, environné de bois et de rochers qui forment l'imposante limite de la Toscane et des États pontificaux. Sur la rive opposée se trouve Pontecentino, la Sentina des Romains. La douane examina sévèrement nos livres et nos papiers. Une Somme de saint Thomas contra gentes, que j'avais dans ma malle, occupa longtemps le chef du poste. Je fus loin de m'en plaindre. Rien ne me paraît plus social que ces précautions, en apparence minutieuses, pour ne laisser passer aucun mauvais ouvrage. Ce n'est pas que Rome craigne les lumières, non ; mais elle craint la peste, et quelle peste plus dangereuse qu'un mauvais livre? Or, vint-il jamais à la pensée d'un homme raisonnable de blâmer un gouvernement, menacé d'une maladie conta-

gieuse, d'établir sur ses frontières des cordons sanitaires?

Après avoir passé le beau pont délia PagliUy on atteint la petite ville d'Acquapendente, remarquable seulement par sa position sur une hauteur escarpée. Quatre lieues plus loin nous longeâmes, par un beau clair de lune, le délicieux lac de Bolsena, dont les anguilles ont eu rhonneur d'être chantées par le Dante, et les premières lueurs de l'aube éclairèrent notre entrée dans Bolsena.

Ce bourg de mille âmes est l'antique Vulsinie^ une des douze lucumonies ou capitales des Étrusques. Salut à Vulsinie, salut à ses ruines ! salut à ses deux mille statues, nobles chefs-d'œuvre d'un art qui n'est plus, et devenues la proie des Romains ! salut à son peuple si célèbre par ses luttes courageuses contre les fils de Romulus; mais salut surtout au Dieu de bonté qui a immortalisé cette ville en révélant par un éclatant prodige sa présence réelle dans l'auguste Eucharistie ! Le voyageur chrétiCQ n'a garde d'oublier cet événement mémorable, perpétué d'âge en âge, dans toutes les parties du monde, par une fête solennelle.

C'était vers le milieu du treizième siècle; le pape Urbain IV se trouvait avec tout le sacré-coUége à Orviéto, voisine de Bolsena. Dans cette dernière ville, un prêtre, en célébrant le saint sacrifice, à l'église, encore existante, de Sainte-Catherine, laissa tomber, par mégarde, quelques gouttes du précieux sang sur le corporal. Afin de faire disparaître les traces de l'accident, il plie et replie le linge sacré de manière à étancher le sang divin. Le corporal est ensuite rouvert; et il se trouve que le sang a pénétré tous les plis, et imprimé partout la figure de la sainte hostie parfaitement dessinée, en couleur de sang.

Sur l'ordre du souverain pontife, le linge miraculeux

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