LES PIFFERARI
Je ne dois pas oublier que notre vieille ménagère se trouvait présente au concert. C'était une digne fille des Sabins ou des Èques, dont les Pifferari, habitants séculaires de la Sabine et des Abruzzes, descendent en ligne droite. Aux sons de la musique de la canzonetta qui avait charmé son enfance, la bonne Ménica oublia tout à coup ses cinquante-six ans et se mit à danser comme une jeune fille. Ni les observations, ni les éclats de rire ne purent la distraire. Avec le plus grand sérieux du monde, envers et contre tous, elle dansa en Thonneur di Gesîi bambino et di Maria santissima, tant que dura la symphonie nationale. Bonne Ménica ! Dieu vous bénisse ! Il aime, j'en suis certain, et votre foi si ardente et si naïve, et votre amour impérissable pour les innocents souvenirs de votre jeune âge.
Noël est venu; tous les champêtres accords ont cessé; les Pifferari disparaissent, leur mission est accomplie. Adieu donc, bons Pifferari; reprenez gaiement le chemin de vos montagnes et la garde de vos troupeaux : soyez heureux, vous avez fait une bonne et sainte action. Les Romains vous bénissent, nous vous bénissons avec eux; mais n'oubliez pas de revenir l'année prochaine. Hélas I je ne vous entendrai plus ; mais, plus heureux que moi, d'autres voyageurs vous entendront et vous béniront aussi. Oui, ils reviendront; les pères seront morts peutêtre, mais vous verrez accourir les enfants et les pelits-
Ândat' a Gcsù bambino alla capanna, Partorilo sotto ad una capanella, Dove mangiavan il bove e i'asinella.
Immacolata Vergine beata In cielo, in terra sii ayocata.
La Dotte di natale è notte santa, Questa orazion che sem cantata A Gesù bambino sia representata.
enfants qui rediront sur le hautbois héréditaire les naïfs accords qu'ils apprirent de leurs aïeux. C'est ainsi qu'à Rome, pendant le beau temps de l'Avent, on ne peut faire un pas dans la rue, ni rester une heure dans ses appartements, sans être appelé, comme malgré soi, au souvenir du touchant mystère qui se prépare.
6 Décembre.
Visite iSaim-Pièrtô. — SOttvenirK. —Place Saint-Pierrd. — Obélisque de Néron. -~ Tr6ne de Saint-Pierre. — Gonfessioné — Coupole. -^ Saseigneiaeats.
Des occupations toutes matérielles nous avaient forcés d'ajourner nos courses scientifiques; libres désormais de tout soin, nous pûmes aujourd'hui les commencer. La journée s'annonça magnifique; le ciel d'Italie reparaissait dans toute sa pureté. Neuf heures sonnaient à la Propagande, lorsque nous partîmes pour visiter Saint- Pierre» A toute espèce de titres, l'auguste basilique doit se placer en tète des excursions romaines. Pendant le trajet, qui fut assez long, je ne vis rien, je n'entendis rien; mon âme était absorbée par une foule de pensées, dont elle ne pouvait ni ne voulait se défendre. Le moyen qu'il en fût autrement? Si peu qu'il recueille ses souvenirs, le pèlerin de Saint-Pierre ne voit-il pas se dérouler devant lui, comme une immense chaîne d'oi*, de perles et de rubis, cette solennelle procession d'empereurs, de rois, de pontifes, de savants, de samts et de saintes, accourus depuis qumze siècles, de l'Orient et de l'Occident, de l'Afrique, des Espagnes, des Gaules et de la Germanie, pour honorer le tombeau du pêcheur galiléen, auquel il vient, lui aussi, rendre ses hommages?
A la tête de ces pèlerins couronnés marche le vain-