SOUVENIRS
romain faisait entendre ces joyeuses paroles : A Charles, trèS'pieuXy attgmte, couronné de Dieu, grand, pacifique^ empereur des Romains, vie et victoire * ! Certes, je le répète, le peuple avait raison de se réjouir. Quelle garantie le monde ne trouvait-il pas dans cet acte auguste où les rois de la terre, se déclarant les vassaux du Roi du ciel, s'obligeaient solennellement à prendre pour modèle le divin Roi qui mourut pour son peuple? Après Charlemagne, voyez, sur le même tombeau, Lothaire recevant la couronne des mains de Pascal P""; Alfred, roi d'Angleterre, couronné, au même lieu, par saint Léon IV; Charles le Chauve, par Jean VIII; Charles le Gros, par le même pontife ; Othon P% par Jean XII; saint Henri avec sainte Cunégunde, par Benoît VIII, et beaucoup d'autres princes non moins puissants.
Faut-il s'étonner maintenant du respect profond qu'insph^ toujours Saint-Pierre de Rome aux Barbares et aux persécuteurs eux-mêmes? Alaric, maître de la ville des Césars, brise, renverse, brûle tous les monuments de la capitale du monde ; mais, par une glorieuse exception, il défend de toucher à Saint-Pierre et de faire aucun mal aux vaincus réfugiés dans la vénérable basilique. Les Vandales ne sont pas moins respectueux. L'impératrice Théodora veut à tout prix satisfaire sa vengeance contre le pape Vigile : « Saisissez-vous du pape, écritelle à Antémius, partout ou vous le trouverez, à Saint- Jean de Latran, dans son palais, ou dans toute autre église, exepté Saint-Pierre *. » Est-il besoin de rappeler
* Garolo piissimo , augusto , a Deo coronato , magno , pacîfico, imperatori Romanorum , vita et Victoria! Anast. m Léo,
• Exceplis omnibus, in basilica Sancti Petri parco. Nam in
que, dans ces derniers temps, Berthier, général des troupes du Directoire, s'apprêtant à bombarder Rome du baut du Monte-Mûrio, fut pénétré de respect, et défendit de tirer sur la basilique du prince des apôtres?
C'est à juste titre, je pense, que tant de glorieux souvenirs remplissaient mon âme de religion ei Tabsorbaient tout entière durant le voyage. Us avaient ravi d'admiration deux des plus beaux génies de l'Orient et de rOccident, saint Chrysostome et saint Augustin ^. Pourtant ces grands hommes n'avaient pas tout vu; ils n'avaient pu connaître qu'en partie la gloire de Saint-Pierre de Rome. Quoi qu'il en soit, je me disais avec un sentimeit d'indéfinissable bonheur : Me void à mon tour, pblerin obscur, au moment de fouler cette terre sacrée du Vatican, arrosée du sang du prince des apôtres; au moment de voir de mes yeux cette basilique, théâtre de tant de faits glorieux; sanctuaire d'oii sont sortis tant d'oracles; arche d'alUance des deux pouvoirs qui régissent le monde ; lieu k jamais béni, oh tant de prières, tant de larmes ont été répandues; d'oh se sont élevés vers le ciel tant de vœux, tant de sonars, tant d'acclamations triomphales : je vais enfin jouir d'un bonheur, l'ambition de ma vie. Pnissé-je éprouver quelques*ims des sentiments d'amour et de foi qui ont fait battre ici tant de nobles cœurs !
Cependant nous étions arrivés au Tibre. Nous le tra-
Lateranis, aut in palatio, aut in qualibet ecclesia înveoeris Vi^'liiim mox impositum navi , perdue eum ad nos. (Not ad Martyrol,^ 18 nov.)
* nie qui purpuram gestat ad sepulcra illa se oonfert, ut ea exosculetur, abjectoque fastu supplex stat. Et aiUeun : Relictis omnibus ad sepulcra Piscatoris et Pellionis currunt et reges, et présides, et milites. Ghrys. , HomU. xxvi, ai Corinth. 2.— ÂUG. , Epist. iv, Madaurenset.