VOIES DE ROME
Telle était donc Rome païenne aux jours de sa splendeur. Par delà ses murs et ses collines, elle projetait, comme autant de villes, ses immenses faubourgs jusqu'à Tibur, Otriculum, Aricia, et même plus loin*. D'après ces témoignages, Rome et ses faubourgs auraient couvert une étendue de dix lieues de diamètre. Un fait rapporté dans la Vie de Constantin établit, à sa manière, la réalité de ces effrayantes proportions. Ce prince, venant à Rome, était arrivé à Otricoli. Déjà il avait parcouru une partie de ce faubourg, lorsque, se tournant vers le Perse Hormisdas, architecte célèbre, qui n'avait jamais vu l'Italie, il lui demanda ce qu'il pensait de Rome. Frappé de la magnificence et de la continuité des édifices : « Je crois, répondit l'étranger, que nous en avons déjà parcouru la moitié. » Or il était encore à plus de quatre lieues de la cité proprement dite^.
A dé&ut dejtoutes ces preuves, le seul aspect de la Campagne romaine démontrerait la prodigieuse étendue de l'ancienne ville impéiûale. Le sol excavé, tourmenté, accidenté de mille manières, les innombrables débris de monuments répandus à la surface, sont comme autant de voix qui s'élèvent de tous les points de la plaine et qui disent : Rome fut ici ^
* Munita erat prsecelsis mûris, aut abruptis montibus nisi quod exspatiantia tecta, multas addidere urbes, in prima regione. Plin., lib. III, c. v. — Nempe ut toi essent urbes, quoi ipsa surburbia, quae Tibur, Otriculum, Ariciam atquc alio excurrebant. Casal., p. 33.
* Ammibn. Margell.
* A Rome, comme dans les anciennes villes d'Orient, Ninive par exemple, il y avait entre les édifices d'assez larges solutions de continuité. Ainsi, il faut admettre dans les faubourgs l'existence de jardins plus ou moins vastes, peut-être même de terrains vagues et du domaine public, où les Romains ouvraient leur carrières de tuf lilhoïde et de pouzzolane.
mUi LES TROIS R0«.
PloBgesnt DOS regards avides sur cette Mralaise esté, Doos voyions briller ao jHed du Ga^Htole le Êuneux miliaire d'or. De là partaient les voies nombreuses qni servaient de communication incessante entre la rdne dn monde et tons les peuples derams ses vassaux. Sur ses larges dalles il nous semblait yw galoper lesTabeU Imres, portant les vokmtés de César en Orient, en Ocàr dait, dans les Gaules, dans la Germanie et jusqu'au fond des Espagnes, avec ordre aux natifms treosblantes de se prostaner devant les caprices scmverains d'un Nénm ou d'un Galigula. Se présataient ensuite, couvrant toutes les avenues, les innombrables étrangers, au langage, aux mœurs, aux costumes si différents, que la curiosité, le plaiiâr, l'amfaiti(Mi, les aSiires amenaient chaque jour, par milliers, dans une ville qui était mdns h ville des Romains que la tille de Tunivers *. Parmi Ces voies romaines, chefs-d'oravre de construction et de solidité, nous ajqparaissait, en première ligne, la volQ Appienne, à qui sa magnificence avait valu le titre de reine des voies, regina viantm. Passant à Albano, Arieie, les Trois-Loges, le forum d'Appius, Snuesse, Tarradne, F(mdi, Forminm, Minturne, Gapoue, Noie, Nairies, Nocera, Saleme, elle conduisait jusqu'à Brindes et aul firoDtières orientales de ntafie.
La voie Latine se dirigeait vers les Abttaies, Âgnani, Fa^itino, Frotsinone, Aquin, Arpinum, âtué
* CommuDe totius terne oppidum. Abist. Toi» uMîoDes illie simal d oonfertim habitiDt : olG^padocam, Scirtharom, PoBtiooniai el alionuii|oompliijres. Galex., Elog. sopÂîsl. Pol. «on. — Aspiœ hanc frequeutiam, coi Tix urbis iminfin^a;» leela suffieiunt : mauma pars iUios tort» patria caret ; ei niuiiki|iiis, ex coUmiis sais, ex toto deoique orbe oonfloxerani. Snqfc^ q4 Helvimm.
VOISS W ROMB. 107
aa pied du mont Gassin, et arrivait jusqu'à Bénévent.
La voie Salaria allait au pays des Sabins.
La voie Êmilienne rattachait à Rome toute ritalie septeutrionale^ en passant par Gésène, Bologne, Modène, Reggio, Parme, Plaisance, Milan, Bergame, Brescia, Vérone, Vicence, Padoue et Aquilée.
La voie Flaminienne prenait sa direction par Octrieoli^ Nami, Spolette, Pesaro, et finissait à Rimini, [station de la flotte romaine.
La voie Aurélienne sortait par l'occident, traversait la Ligurie et arrivait jusqu'à Arles, d'oii ses embranchements rayonnaient dans toutes les Gaules.
Au midi, la voie d'Ostie conduisait à la ville de ce nom, port de Rome et entrepôt de l'univers.
A ces voies de premier ordre, qui étaient comme les grandes artères de la reine du monde, s'en rattachaient beaucoup d'autres, [dont les longues sinuosités allaient chercher tous les lieux d*une moindre importance, pour y porter [le mouvement qui partait du cœur. Presque aussi connues que les premières dans l'histoire profane, la plupart sont glorieusement célèbres dans les fastes de nos martyrs. Il suffit de nommer la voie Cassienne, la voie Nomentane, la voie Tiburtine^ la voie Prénestine^ la voie Lavinienne, la voie Ardéatine, la voie Yali^ tienne, et enfin la fameuse voie Triomphale ^.
*' Yoici le nom de tontes les voies romaines, y compris les effibranchemento : Via Trajana, Appia, Lavicana, Prenestina, Tîbnrtina, Nomenlaiia, Salaria, Flaminia, Glodia, Yaleria, Aurdia, Campai») Ostiensis, Portuensis, Janiculensis, Laurentina, Ardeatina, Setina, Quinctia, Gassia, Oallica) Gornelia, TriumphaliS) Latina, Aâinaria, Cimina, Tiberina. Les principales votes intérieures ou grandes mes de Rome étaient au sombre de neuf : via Sacra, via Nova, yîa Lata, via Nova alia, via Fornicata, via Rccla, via Alla. Omjnm., Hb. I, p. 64.
20g LES TMMS mon.
Sar ces chemins magnifiques, dans ces palais somptueux, sous ces portiques innombrables, sur ces forum immenses, au milieu de tous ces monuments du luxe, de la puissance, de la ridiesse, ea un mot de la civilisaticm matérielle la plus prodigiaise qui fut jamais, se ranuaient cinq millions dliabitants *.
Telle Rome païenne nous aj^MUiit. Gâte Yisi(m, littéralanait historique, dont aucune réalité du monde actuel ne saurait plus donner Tidée, jette Tâme dans une sorte de stupeur : à ce premier saitimait succède une grande pitié. Sans doute, à sa fierté, à son opulence, on a bien reconnu la reme du monde antique, la puissante souverame de la force ; mais la couronne de diamants et de rubis qui orne sa tête ne dissimule qu'imparfiiitament les sinistres pâleurs de sa maladie! el sous le Tétementd^or
* (Test le calcul du savant Juste Lipse. Ilnoos semble beaucoup moins hypothétique et beaucoup plus conforme aux expressions des auteurs païens que les supputations de quelques écrivains modernes, dont plufdeurs ont voulu réduire à un million la population de Rome, d'après le nombre des boisseaux de blé fournis à la consommation annuelle de cette capitale par l'Egypte et la Sicile. Parlant de la clôture du lustre, faite par Claude Fan 801, Tacite s'exprime ainsi : (7otididitque lustrvm quo censa sunt ctrttim LXIX centena et XLIY millia. Tacit., AnnaLy lib., XL, c xxv.
Si on réfléchit, 1» au nombredes groupes de maisons, insulœ, et des palais renfermés dans l'enceinte des murailles ; 2* à l'immense étendue des faubourgs ; 3» à ces multitudes d'étrangers, ou plutôt de nations, comme dit Aristide, qui affluaient à Rome ; 4<> au nombre prodigieux d'esclaves qui surpassait de beaucoup celui des maîtres ; 5« à ce petit peuple de Rome dont une partie seulement (trois cent mille) vivait du trésor; 6« aux cohortes prétoriennes, à la garnison, à ce nombre effrayant de gladiateurs, etc., qui chaque jour combattaient aux cirques ou dans les amphithéâtres, on ne trouvera rien d'exagéré dans le chiffre indiqué plus haut.