SAINTE-MARIE MAJEURE
ghèse. Leur magnificence surpasse tout ce qu'on peut dire.
En visitant la dernière, nous nous rappelâmes avec émotion que naguère elle s'était ouverte pour recevoir les dépouilles mortelles de la jeune princesse Borghèse, dont le souvenir embaume, comme d'un parfum de sainteté, et le palais qu'elle habita à Rome, dont elle fut les délices, et cette chapelle héréditaire, où elle repose avec ses jeunes enfants. Au-dessus de l'autel est la madone de Saint-Luc, placée sur un fond de lapis-lazzuli, étincelante de pierres fines et soutenue par quatre anges de bronze doré, quatre colonnes de jaspe oriental, des piédestaux en bronze doré, une frise en agate, enfin un magnifique bas-relief représentant le Miracle des Neiges ; tels sont les principaux ornements de l'autel. Des fresques du Guide complètent les richesses du sanctuaire chéri de la Reine des vierges. Désormais le voyageur remarquera le riche autel construit par ordre de Pie IV, et où se trouvent les reliques de la Crèche et le corps de saint Jérôme qui en fut le gardien.
Parmi les grands souvenirs de Sainte-Marie Majeure, il en est un qui ne doit pas être oublié. Sur l'arc triomphal qui sépare la nef de l'abside et qui couronne le Presbytère se trouvent des mosaïques du plus haut intérêt. Le nestorianisme, qui avait scandalisé toute l'Église, fut condamné au concile d'Éphèseen 431. Pour perpétuer le souvenir de cette nouvelle victoire de la foi sur l'hérésie, le pape saint Sixte III fit orner de peintures en mosaïque l'abside de Sainte-Marie Majeure. Les mystères de la maternité divine de la Sainte Vierge et de la divité de Notre-Seigneur y sont exprimés, de manière à ne laisser aucun doute sur la foi de l'Église.
C'est ainsi que, pour se conformer à l'intention du
pontife, tout en violant un peu les règles de l'art, le peintre a représenté l'enfant de Bethléem assis sur un siège qui a bien plus la forme d'un trône que d'un berceau. On voit évidemment que l'intention du mosaïste a été de faire briller la divinité du Sauveur à travers le voile transparent de la nature humaine. Dans d'autres peintures cet enfant reçoit les hommages qui ne sont dus qu'à un Dieu. Ailleurs l'Annonciation et toutes les circonstances de la divine maternité de Marie sont également décrites avec un caractère qui fait briller dans tout son éclat l'intégrité du dogme catholique ^. Ajoutons que ces vénérables peintures ont eu la gloire d'être citées, an second concile de Nicée, comme une preuve irrécusable de l'antiquité du culte des images.
Telles ne sont pas les seules richesses de Sainte-Marie Majeure. Dans son temple chéri, la Reine des anges et des hommes est environnée, comme d'un glorieux cortège, des corps sacrés d'une multitude de saints, dont les âmes bienheureuses forment déjà sa cour dans le ciel. Au premier rang de cette brillante hiérarchie, voici les apôtres saint Pierre, saint Paul, saint André, saint Jacques, saint Philippe, saint Thomas et les autres membres du collège apostolique présents dans une portion de leurs reliques. Sous l'autel papal reposent les corps de saint Mathias, apôtre, et de saint Épaphras, compagnon de saint Paul. La tête de saint Luc, l'historien de Marie, est dans la chapelle du Crucifix.
Au second rang apparaissent les martyrs de tout âge et de tout sexe : la tête de sainte Bibiane; un bras de
* CiAMPiNi, Monument veter.j 1. 1, p. 206 et suiv. — L'origine de ce travail monumental est rappelée dans une belle inscription placée sur le grand arc de l'abside : sixtus plbbi
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saint Julien et de saint Gôme; une partie du bras de saint Abbondius ; deux doigts de sainte Anatolie ; une partie du bras, du cilice et la tunique ensanglantée de saint Thomas de Gantorbéry; les têtes de saint Amand, de saint Gyprien, de saint Florent; une côte de sainte Pétronille ; un doigt de sainte Gécile et de sainte Agnès; des reliques insignes de saint Sébastien, de saint Laurent, de saint Biaise, de sainte Gatherine, de sainte Euphémie, de sainte Apolline, de sainte Félicité et d'un grand nombre d'autres : tels sont les ambassadeurs vénérables qui représentent Tordre des Martyrs.
Viennent ensuite les Pontifes. Sainte-Marie Majeure possède le corps de saint Pie V, Tenfant chéri de la Sainte Vierge, qui lui accorda la glorieuse victoire de Lépante. Autour de lui vous voyez, au moins dans une partie de leurs restes précieux, les saints papes Grégoire, Sylvestre, Urbain, Sixte, Anicet, Galliste, Melchiade, Etienne, Damase, Simplicien et Fabien : brillante couronne de rubis, qui ceint le front auguste de la Reine des Pontifes et des martyrs; imposante nuée de témoins, dont le sang et les écrits redisent à toutes les générations Timmortalité de la foi et la puissance de celle qui triomphe de toutes les hérésies.
Après avoir incliné nos fronts devant toute cette auguste assemblée et lui avoir recommandé nos personnes, DOS amis et notre patrie, nous nous dirigeâmes vers la Porte Sainte. Quand on entre à Saint-Pierre, à Saint-Jean de Latran, à Saint-Paul hors des murs et à Sainte-Marie Msgeure, on voit à droite une porte murée, sur laquelle brillent ces noms écrits en lettre d'or : « Glément, Urbain, Benoit m'ouvrit en telle année; Innocent, Léon me ferma en telle autre. » Vous demandez quelle est cette porte, on vous répond : « G'est la Porte Sainte. » Là se
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bornent d'ordiiuûre, et b curiosité da Toyageor, et h science du cicérone: et tous avez passé^sans y rien comprendre, à côté dm des fias beau usages de Rome chrétienne. C'est une perte que noosTonlons épargner à noslecteors.
Donc il fiint savoir que les quatre grandes Basiliqnes, on églises principales de Rome, ootre leurs portes ooDh munes, ont chacune une porte appdée Saimie. D fimC savoir, de plus, que tous les Tingt-dnq ans, la veille de Noël, jour anniversaire de la rédemption du monde, le souverain Pontife Eût l'ouverture solennelle du jubilé oi de raonée sainte. Une procession magnifique ocMnmeDce b journée : le soir, à llieure de vêpres, le vicaire de Jésus-Christ sort de son palais, accompagné des carfr nanx et des jMvlats, pour se rendre à Saint-Pierre. Tous forment un ca^ brillant autour du PiMitife, qui s^arrtle devant la porte murée.
Un des assistants ivésente an Saint-Père un petit marteau d'argent, dont Sa Sainteté donne trois coups sur la porte, n récite en même tanps des ^ères qui rappdknt la charité. la mistfîcorde et la puissance des trois augustes Pers<mnes de la sainte Trinité; consolaDts attributs dont le vicaire de Jésus-Christ est le dépositaire. La cérémonie achevée, des ouvriers brisent le mur, et la Porte Sainte d<»neure pleinement ouverte. Elle est aussitôt bvée avec de Feau bénite par les pénitenciers en habits sacerdotaux. Après le bvement, te souvoû Pontife, suivi de tout le cortège, firanchit le seuil en chantant des cantiques d'allégresse, et les vêpres commencent Pendant que cette cérêuMmie s accomi^it à Saint-Pierre, trois cardinaux, députés par le Saint-Père, la font a Saint- JOB de Latran, à Saint-Paul et à Sainte-Marie Ibûeue : \ sainte est commencée.
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Belle par elle-même, cette cérémom'e Test bien plus encore parle sens mystérieux qu'elle renferme. La porte Sainte se trouve à droite, les fonts baptismaux à gauche de l'église : voilà les deux entrées ouvertes à l'homme pour arriver au ciel. Le Baptême est la première, mais on n'y passe qu'une fois; la porte de la Pénitence est la seconde, et, grâce à la miséricorde divine, jamais elle n'est irrévocablement fermée. C'est le jour de Noël, jour par excellence d'indulgence et de pardon, que la porte Sainte est ouverte. Au Pontife, représentant du Sauveur, est réservée la prérogative de l'ouvrir et la gloire de la franchir le premier : cérémonie terrestre, vive image du mystère de réconciliation accompli dans le ciel. Mais pourquoi est-elle rompue! Pourquoi un marteau, et non des clefs? Vous voyez ici la suprême puissance du vicaire de THomme-Dieu. Les portes peuvent s'ouvrir de deux manières : avec les clefs, et c'est le moyen employé dans les circonstances ordinaires ; mais la porte ouverte avec laclef subsiste toujours, elle peut encore être fermée; ouverte avec le marteau, elle est démolie, et chacun peut entrer sans obstacle et sans crainte. On emploie ce dernier moyen dans les circonstances extraordinaires, solennelles, quand la foule est immense. C'est ainsi qu'au jour de ses triomphes l'ancienne Rome avait coutume d'abattre une partie de ses murailles, soit pour ajouter, par cette nouveauté, à l'enthousiasme public, soit pour laisser libre passage au vainqueur et à son nombreux cortège de prisonniers chargés de chaînes et de soldats couronnés de lauriers.
Rome chrétienne conserve ces usages, ennoblis par le sens mystérieux que le Christianisme leur donne. Invitant toutes les nations au grand triomphe de la pénitence ou les passions vaincues, où les péchés expiés doivent
T. I. iîi
êlre auxhés a cfeor lies trioHftalflBS^ eDe ae se <
de eaploie k Biitm, dlelalvise,afai de faire entoidre qa'de est oarate à toos^ qa*ellen'est fienMeà personne. Dms randcflae Rome biMirte Triomphée était arrosée de sanp cl de tannes; dans b Rome ckrélîeBBe, b porte Sainte est bTée arec de Fean bénite. El le cfciétien comprend ipie b pnificatîoD de son oœiir, par les tannes da repentir, par le sn^ adorable de Jésns-Christ versé sor son âme an tribmal de b récoocOialion data table cnAnstiqne, est b condition indispensable de son entrée dans b voie du dd, dont h porte Sainte est le conanoieenient.
Anx quatre coins de b cité s^cwvrent sinmltanânent les quatre çnades Basiliqnes : leurs portes saintes tombent sons le marteau des pontifes. Rome poovait-elle employer une cérémonie plus éloquente pour dire que, reine et mère du monde, die appelle dans son sdn toos les hommes disposés aux quatre Tents?queQe les invite avec un égal amour à venir puis^ dans Finépuisabie trésor de grice et de miséricude qui s'ouvre pour an, sans distinction de poqdes d de tribus * ?
Nos regards, dâoumfe de b porte Sainte, s'arrêtèrent sur ta m^nifique colonne cannelée, en marbre blanc, qui s'élève devant b fiiçade de Sainte-Marie Majeure. Gd antique ornement du tenqple de b Paix, sor le Forum, fut amené en ce lieu par le pape Paul Y, qui le couronna d'une statue de b Sainte Yia^e. Â la base est une inscription dont voici b fin :
PAX VHDS VEâA EST
co^SBCRÀViT viicnii.
A IMtoio id GMiUo^MK QeàMi, p: