‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 76 sur 155 · CHAPELLE BORROMÉE · texte numérisé non relu

CHAPELLE BORROMÉE

Praxède. On monte au sanctuaire, bâti sur la crypte, par un magnifique escalier à deux rampes, dont les degrés sont en marbre rouge antique : ce sont, je crois, les plus beaux blocs de ce marbre, devenu extrêmement rare. Le tableau du fond est de Jules Romain, le disciple chéri de Raphaël. Il représente sainte Pudentienne et sainte Praxède recueillant avec des éponges le sang des martyrs, et le feisant couler dans un puits : ce tableau passe pour une œuvre admirable.

A droite de la nef, en descendant, est la chapelle de la famille Borromée. Nous vîmes le fauteuil en bois du saint cardinal, ainsi que la table sur laquelle ce prince de l'Église donnait à manger aux pauvres. A.u bas de l'église est une longue table de marbre, protégée par une grille en fer, et portant cette simple, mais éloquente inscription : Sur ce marbre dormait la sainte vierge Praxède. Je n'ai pas de peine à le croire : la mortification est la mère de la charité. Vers le milieu de la nef s'ouvre, entouré d'une grille, le puits vénérable où la sainte accomplissait le même devoir que sa sœur dans la maison de leur père. Une belle statue représente la jeune vierge à genoux, sur l'orifice du puits, pressant entre ses mains une éponge pleine de sang.

A droite, en remontant, est le célèbre oratoire de saint Hennon, martyr. La mosaïque dont il est orné était si belle, si harmonieuse, qu'on l'appelait le Paradis. Ce qui en reste, bien que dégradé par le temps, mérite encore toute l'étude du voyageur *. Deux raisons m'empêchent d'en faire la description : la nécessité d'être court, et l'attention secondaire que je donnai à ce chef-d'œuvre. Conunent s'occuper d'art en présence d'un autre objet

* CiAMPira, t. II, p. 250, elc.

qui vous absorbe tout entier? C'est ici, dans cette chapelle, que se conserve la colonne à laquelle Notre-Sôgneur fat attaché pendant la flagellation. Nous éticmsà deux pas de ce monument sacré; il était sous nos yeux : je le répète, comment penser à autre chose?

On sait que cette colonne, religieusement conservée par les premiers chrétiens, fut apportée d'Orient, eo 1213, par le cardinal Jean Golonna, légat du Saint-Si^e. Elle est de marbre oriental noir et blanc, et peut avoir trois pieds de hauteur *. Trois mille trois cents martyrs, dont les plus illustres sont nommés dans la table du pape Pascal P', forment ici le cortège du Dieu crucifié. Or, tous ces ossements de nos pères, tous ces flots de sang chrétien, cette colonne de honte et de douleur, oii le Sauveur expia la plus honteuse de nos iniquités, poavaient-ils être mieux placés qu'en ce lieu? Sainte- Praxède est à deux pas de l'ancien théâtre de Flore, dont les infamies font encore rougir le front le mmns pudique. Crime, expiation, harmonie providentielle, ce rapprochement explique tout.

15 Décembre.

Grand jeûne. — Détails sur la mosaïque. — Signification de ce mot. — Différentes espèces de mosaïque. — Histoire de Tari. — Ëiéments du travail. — Sa composition. — Caractères imprimés sur les vêtements. — Nimbes.

C'était le mercredi des Quatre-Temps, jour de grand jeune. Le grand jeune consiste à ne manger au dîner et à la collation ni œufs, ni beurre, ni lait, ni fromage :

* Voyez Bened. XIV, de Festis Dom, p. 184. — Cornel, A Lapid. inUatth.^ c.xxvii,v.26,p. B24. — Mazzol. t.YI, p. 167.

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