DÉTAILS SUR LA MOSAÏQUE
tout s*accommode à l'huile. Fidèle à Tesprit de l'Église, Rome conserve Taustérité des anciennes lois; mais, indulgente pour la faiblesse de ses enfants, elle ne compte qa*un petit nombre de grands jeûnes. Cette journée de pénitence fut donnée à Tétude : rechercher Torigine de la mosaïque, les procédés qu'elle emploie, le sens et la raison des nombreux ouvrages qu'elle offre à l'admira* tion du voyageur, devint l'intéressant travail qui occupa nos loisirs.
Œuvre digne des Muses, telle est l'étymologie généralement admise du mot mosaïque *. Plus religieux en beaucoup de choses que les peuples modernes, les anciens attribuaient aux dieux ou à leur inspiration ce qui semblait surpasser l'esprit de l'homme. Or, telle est la beauté et la difficulté des ouvrages en mosaïque, qu'ils en firent honneur aux divinités protectrices des arts. Connus dès la plus haute antiquité, ces ouvrages de patience, de luxe et de génie, semblent avoir passé de la Perse chez les Grecs, qui en transmirent le secret et le goût aux Romains. Sylla le premier en décora le temple de la Fortune qu'il bâtit à Préncste *. Bientôt les monuments publics et môme les habitations particulières brillèrent de cette nouvelle magnificence.
Suivant la loi constante de l'esprit humain, on commença par des ouvrages d'une fabrication plus facile. Les premières mosaïques consistèrent dans le rapprochement harmonieux de morceaux de marbre de diverses couleurs, représentant des carrés, des triangles, des losanges, des cercles et autres figures géométriques, dont la réunion symétrique formait un ensemble plehi de
^ Opu8 muiivum.
• Plin.
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grtce'et de variété *. Ce genre de mosaïqne fat employé
pour le pavé des palais, des haUtaticms et des thermes.
Des chrétiens en transportèrent l'nsage dans les ^lises. Nous ea verrons de superbes échantillons à Saint-Glément, à Saint-Silvestre et aux Quatre-Saints-Couronnés. L'art fit des progrès et voulut représenter des figures dètres animés, des animaux et des honunes. On coupa donc en lames très-minces des marbres de différentes couleurs; on les rapprocha, on les harmonisa de tdte manière qu'on eut en réalité des portraits de créatures vivantes*. L'intérieur de la cathédrale d'Ancône, le po^ tail même de cette antique église, nous ofWt, plus tard, des images de samts, dues à ce nouveau genre de mosaïque.
On conçoit que la difficulté de scier et de découper le marbre en feuilles assez minces dut être longtemps on obstacle au fini du travail. Néanmoins on lutta contre la nature elle-même, et on finit par arriver à la perfection. Les anciens firent avec le marbre ce que les Gobelins font avec la laine, et des tableaux dignes du pinceau de Raphaël sortirent de l'atelier du mosaïste. Tout voyageur sait que les fresques du grand maître ont été copiées en mosaïque : à Saint-Pierre la copie remplace l'original, et telle est l'illusion, qu'à moins d'être averti, vous prenez inÊiilliblement la mosaïque pour la toile môme 3.
Il y a donc trois espèces de mosaïques : la grande mosaïque, dont les anciens formaient le pavé de leurs mo-
^ Opus tessellatum,
* Opus sectile.
» Opus vermiculatum. Opusminutis adeo lapillis formatum ut vermium aspectum comimis repraesentel, qui dorsum variegata macularum série toi vcliili punctis depictum habcnt. CiAiiPiNi, Monitn, veter., 1. 1, p. 81.