CAPITOLE MODERNE
exécrations publiques, il était défendu de toucher, à moins que ce ne fût pour une guerre contre notre nation * .
A gauche du temple de Saturne s'élevait le temple de Jupiter Tonnant. Auguste, dit-on, revenant d'Espagne, vit un de ses esclaves tué par la foudre à ses côtés. En mémoire de la protection dont il avait été Fobjet, il consacra ce temple au maître du tonnerre. Quelques pas plus loin, sur la droite, commençait le Clivtis sacer^ second chemin qui communique du Forum au GajHtole. Là étaient les degrés des Gémonies. Nous suivîmes ce cheoûn tant de fois inondé de sang, et continuant jusqu'au sGOUttet delà colline, nous nous retrouvâmes dans l'/ntermmtium ; nous avions fait le tour de l'ancien Gapitole. Revenus à notre point de départ, nous commençâmes un second vpyage, dans le but d'étudier le Gapitole tel qu'il est aujourd'hui.
Le Christianisme a passé sur le monde, la majesté romaine s'est abaissée devant lui. Le temple de Jupiter, les colpssales statues des dieux et des héros, ces milliers de t^es d'airain, chartes de la servitude des nations, la citadelle aux murs cydopéens, tout cela n'est plus. Loin de glacer de terreur, la vue du Gapitole ne donne au voyageur que des idées riantes, de nobles inspirations et de salutaires enseignements. Au milieu de l'esplanade qui succède à ïlntemwntium, se présente la belle statue équestre de Marc-Aurèle, seul bronze antique de ce genre qui »ous reste. Derrière, à la place même du Tabulariumj s'élève le palais sénatorial, surmonté d'une tour couronnée par une grande croix. Ce n'est donc point une figure de rhétorique, me disais-je en voyant ce signe vainqueur; il est vrai, à la lettre, que la croix du
* Appien, de Bello civil. ^ II, p. 744.
300 LES TROIS ROKE.
Calvaire brille an sommet du Gapitole. Gomment ne pas croire, quand on a sous les yeux le plus grand des miracles?
Pour encadrement de la plate-forme, vous avez, à gau-» che, le musée, dans lequel on conserve une foule éTaguvres d'art et de monuments d'un haut intérêts Là se troa-> vent les statues colossales de Minerve, de Gybèle et de rOcéan. Dans la salle des inscriptions sont rangées, toat autour des murs, cent vingt-deux inscriptions impériales ou consulaires, qui offrent une série chronologique depuis Tibère jusqu'à Théodose. Aux parois du grand escalier sont incrustés les fameux frs^ments du plan en marbre de l'ancienne Rome, trouvés dans les ruines du temple de Rémus, sur la voie Sacrée. Les salles sont remplies de vases antiques, de statues en bronze, en marbre, en porphyre, en granit, du plus beau travail et de la meilleure conservation. Je nommerai surtout le gladiateur mourant et les bustes de Marc-Aurèle et d'Adrien.
A droite est la Pinacothèque, musée et galerie tout ensemble. Sous le portique de la cour, nous vîmes h statue de Jules César, qu'on tient pour le seul portrait reconnu qui existe à Rome ; celle d'Auguste, qui foule une proue de navire, allusion à la bataille d'Actium; enfin de nombreux débris de statues colossales, dont j'essayai de calculer la hauteur en prenant pour base le petit doigt du pied, parfaitement conservé; et je vis se dresser des géants de soixante pieds d'élévation.
Cette mesure est conforme au témoignage de l'histoire.
^ Il est regrettable, nous le disons une fois pour toutes, que ces ouvrages païens, la plupart d^une nudité complète, soient ici, comme ailleurs, exposés sans réserve aux regards du premier venu, homme, femme ou enfant. Que peut-on attendre d'une pareille exhibition ?
EGLISE D'ARA-CCELI. 301
En montant l'escalier on trouve, à gauche, un fragment de l'inscription honoraire de Caïus Duillius, qui remporta la première victoire navale sur les Carthaginois, Tan de Rome 492. Au milieu de la grande salle est la louve en bronze qui allaite Romulus et Rémus. Dans la troisième antichambre, nous remarquâmes avec un vif mouvement de curiosité plusieurs fragments de marbre incrustés dans le mur, sur lesquels sont écrits les célèbres fastes consulaires connus sous le nom de Fasti CapUolini et qui vont jusqu'à Auguste. De tous les tableaux de la galerie, le plus frappant est la Sibylle du Guerchin.
Apres avoir visité toutes ces œuvres de l'art antique et moderne, nous traversâmes de nouveau la plate-forme et nous montâmes à l'emplacement du temple de Jupiter Capitolin *. Une église chrétienne, une église dédiée à Marie, s'élève sur les ruines du sanctuaire consacré au chef des démons adorés dans Rome : c'est l'église si vénérable et si recueillie d'Ara-Cœii. Par sa position, elle domine la Ville étemelle et annonce que le sceptre du monde a changé de mains. Porté jadis par le démon, cruel, impur et sanguinaire ennemi du genre humain, il est aujourd'hui l'apanage d'une vierge douce, pure et clémente, fille de l'homme et mère de Dieu, refuge des pécheurs et reine des anges.
Si les dépouilles des nations suspendues au temple de Jupiter avaient fait nommer cet édifice le bazar de la victoire, pour la même raison l'église i*Ara-Cœli mérite ce glorieux titre. Vainqueurs de tout le reste, Jupiter
* Suivant Donati, ce serait à la place du temple de Jupiter Férétrien; quoi qu'il en soit, un temple de Marie est bâti au sommet du Capitole, sur les ruines d'un temple de Jupiter.
et César paraissent ici en vaiocos. Le maître de TOlyn^ est obligé de céder la place à Marie^ et César foornlt les ornements de son temple. L*église, à trois nefs, est supportée par vingt-deux colonnes qui sont autant de dépouilles prises de toutes parts dans les temples et dans les palai3 de l'ancienne Rome. La seconde, à gauche, vient des appartements intimes des empereurs : E cvbicvlo Avgg.
A. la vue de ces colonnes d'ordres différents, dont les unes sont cannelées, les autres rondes, celles«là privées de socle, celles-ci de cbapiteaux, on est tenté d'accuser le bon goût de l'architecte ; mais un peu de réflexion ne tarde pas à faire découvrir, dans ce désordre app^r^t, un effet de Tart et une pensée profonde : le ChnstJAOisme a voulu constater l'universalité de son triomphe. Dans le mèm but, on a pris soin d'enrichir d'un autre trophée cette égUse monumentale. Une inscription pJUicée audessus de la porte d'entrée rappelle que te temple de Marie a été doré avec l'or pris sur les Tmros à la fameuse bataille de Lépante. Ainsi, par leurs dépouilles, les deux plus redoutables ennemis du monde chrétien, le paganisme et l'islamisme, font encore de l'Ara-Cœli le bazar de la victoire.
En avançant vers le sanctuaire, on voit briller deux inscriptions en grandes lettres d'or. Peu renaarquées, et encore moins étudiées de la plupart des voyageurs, elles piquèrent vivement notre curiosité. La première rappelle un miracle célèbre dans l'histoire de Rome chrétienne ; la seconde , une révélation fameuse qui aurait été faite à Auguste.
A la voûte de l'église, directement au-dessus du maître autel, sont gravées ces paroles : Regina cœliy lœtare, alléluia. Que disent-elles? Au sixième siècle une peste