TRIBUNE AUX HARANGUES
une description parfaitement exacte, tant il comptait de monuments ! Voici les principaux traits du tableau. Sa forme était un carré long environné de portiques à deux étages, soutenus par des colonnes et servant de promenoirs. Dans les entre-colonnements régnait un pluteus, ou petit mur assez haut pour cacher la vue des promeneurs aux personnes qui étaient en bas. César le fit couvrir en entier de voiles magnifiques, et ce spectacle, dit Pline avec une affreuse naïveté, fut plus beau qu'un combat de gladiateurs ^ Des Basiliques, des temples, des colonnes, des statues innombrables se pressaient sur toutes les façades du Forum, et en faisaient le lieu le plus riche et le plus animé de Tancienne Rome.
Les trois grandes Basiliques étaient les Basiliques Opimia, JEmiHa et Julia : il n'en reste plus rien. À droite, en partant du Capitole, on rencontrait les temples de la Fortune, de Saturne, de la Concorde, de Vespasien, la Grécostasis ou salle de réception des ambassadeurs étrangers, dont une partie deTarchitrave subsiste encore; non loin de là vous voyez la colonne de Phocas, élevée à cet empereur par Smaragdus, exarque d'Italie, en 608. Venaient ensuite l'arc Fabien, bâti par Fabius, vainqueur des AUobroges; le temple de Jules César, l'arc de Tibère, la Tribune aux harangues.
Près du temple de Saturne était le milliarium aureum, colonne de marbre blanc surmontée d'un globe en bronze doré, et servant de point de départ aux grandes routes de l'empire, dont les milles commençaient à se compter de cette colonne devenue fameuse par la mort de Galba.
* Csesar dictator totum Forum romanum intexit, viamque Sacram, ab domo sua usque ad clivum Capitolinum, quod munere ipso gladiatorio mirabilius visu tradunt, Hb. XiX,c.i. — DONATI, lib. II, c. V.
316 LES nOIS BOXB.
La place quelle occapait suffit encore pour remeUre sous Yos yeux le spectade horrible que i»^entait le Forum au jour du meurtre impérial. Les Basiliques ^ les tenq>les âaient pleins de monde; mais nulle part un sail cri, une seule parole, partout le silence de la crainte et du désespoir. Tout à coup, voici des soldats romains, prétoriads et légionnaires, qui s'avancent en furi^ix pour massacrer leur anpereur, Êûble, sans armes et respectable par son âge. La lance baissée, et courant bride abattue, ils dissipent le peuple, foulent aux pieds le sénat, et ni la vue du Gapitole, ni la vénération des temples qui dominaient toutes les parties du Forum, ni la majesté du rang suprême ne peuvent les empédi^ de commettre leur parricide. Leur barbarie fot telle, qu'après avoir tué Galba d'un coup d'épée, ils lui coupèrent la tète qu'ils tenaient suspmlue par la bouche, étant totalement dégarnie de cheveux, et lui dédiiqnetèr^t.à coups redoublés, les bras et les cuisses ; car le reste du corps était couvert par la cuirasse. £t ce qui peint les mœurs du temps, il y eut jusqu'à six cent vingt demandes de récompense présentées à Othon, pour avoir participé à cet exploit *.
En avançant on trouvait la Tribune aux harangues. Cette tribune, si célèbre dans l'histoire de Rome ancienne et dans notre éducation classique, avait à peu près la hauteur d'un homme. Elle formait comme une petite scène, supportée par quelques colonnettes reposant sar une base circulaire en pierre *. On l'appelait rosira, parce qu'elle était ornée de six vieux éperons de navires, pris par les Romains sur les Antiates. Elle s'élevait devant
* Tacit., Hist., lib. XLVL
* Plut., Atn, xvi.