EGLISE DES SS. COSME ET DAMIEN
SIC PREMIA SERVAS VESPASIANE DIRE PREMIATVS ES MORTE
GAVDENTI LETARE
CIVITAS VDl GLORIA TVE AVTORI PROMISIT ISTE DAT
KRISTVS OMNIA TIBI
QUI ALIViM PARAVIT THEATRVM IN CELO.
tf C'est donc ainsi que tu récompenses, cruel Vespa- « sien ; pour prix tu reçois la mort, Gaudentius. Réjouis- « toi, Rome, dont l'empereur se contente de faire des « promesses à l'auteur de ta gloire, car le Christ les ac- « complit toutes pour toi, lui qui t'a préparé un autre ce théâtre dans le ciel, d
Le mot théâtre est ici placé par opposition avec l'amphithéâtre; cette antithèse est très-belle, puisque dans les théâtres on ne représentait que des choses riantes et agréables, tandis que dans les amphitéâtres on donnait des spectacles de sang et d'horreur *.
Non loin de Sainte-Martine est l'église dédiée aux saints martyrs Cosme et Damien. Elle est bâtie sur les ruines, peut-être avec les propres pierres du temple de Romulus et Rémus. Au-dessus des bénitiers sont incrustés dans le mur deux de ces blocs de marbre noir que les bourreaux attachaient au cou des chrétiens en les précipitant dans le Tibre. A l'exemple de tous les fidèles, nous baisâmes avec un respectueux amour ces monuments éloquents du courage et des souffrances de nos pères*. De là, nos regards s'arrêtèrent sur la superbe mosaïque de l'abside : c'est une page d'histoire
* Fot/es Marangoni, Cose gentilesche, etc., delColosseo, - Le savant Père Galonio a très-bien prouvé dans son
ouvi-age sur les MartprSj que ces pierres n*étaient pas des
poids à r usage des marchands.
320 LES TROIS ROMB.
qui veut être étudiée. Au sommet de l'arc apparaît le Sauveur, debout, la main droite levée pour bénir, la gauche tenant TÉvangile. Une dalmatique de pourpre et un manteau d'une blancheur éclatante forment son vêtement, sur lequel brille le T, monogramme symbolique du Fils de l'homme. La figure du Sauveur, ornée du nimbe circulaire, mais non radié, est d'une majesté, d'un grandiose que nul artiste moderne n'a pu imiter. A droite du Sauveur paraissent trois personnages magnifiquement vêtus : le premier est saint Pierre conduisant au Sauveur saint Cosme qui porte en ses mains une coiironne ornée de fleurs : c'est le pain de l'oblation offert par les fidèles pour le sacrifice, et qu'ils avaient coutume de couvrir de fleurs.
A la suite du saint martyr vient le pape saint Félix, fondateur de l'église dont il porte le modèle dans ses mains. A gauche de Notre-Seigneur est saint Paul conduisant saint Damien, distingué par le même attribut et par la même chaussure que son frère. Cette chaussure est pleine, tandis que celle des Apôtres se compose de simples sandales. Saint Damien est suivi de saint Théodore, le glorieux général de l'empire, martyrisé sous Licinius. Au-dessus du Sauveur on voit le jardin et les quatre fleuves du paradis terrestre, emblèmes éloquents de la vérité sortant du ciel, et, de la Judée, se répandant aux quatre coins du monde. L'Agneau de Dieu, fondateur, apôtre et martyr de l'Évangile, apparaît plus bas, le nimbe en tête ; à sa droite et à sa gauche viennent douze agneaux, symbole des douze Apôtres qui sortent de deux cités : Jérusalem et Bethléem, commencement et fin de la vie mortelle du Rédempteur.
Au bas de cette magnifique mosaïque on lit l'inscription suivante, si connue des archéologues :