TEMPLE DE FAUSTINE
AVLA DEI CLARIS RADUT SPEGIOSA METALLIS,
IN QVA PLVS FIDEI LUX PRETIOSA MICAT.
MARTTRIBUS MEDIGIS POPVLO SPES GERTA SALVTI&
VENU ET SAGRO GREVIT HONORE LOGUS.
OBTVLIT HOC DOMINO FELIX ANTISTITE DIGNVM
MVNVS VT iETHERIA VIVAT IN ARGE POLI.
L'attention ne se détourne avec peine de ce chefd'œuvre de Tart chrétien au sixième siècle que pour se reposer sur le magnifique vase de porphyre qui brille dans la chapelle du Crucifix. Archéologues, artistes et chrétiens, ne manquez pas de voir ce nouveau chefd'œuvre. Rempli d'ossements de martyrs, il a le double pouvoir de ravir Tadmiration et de remuer toutes les fibres de Fâme. Enfin, n'oubliez pas que c'est ici, dans ce temple, dont la destination primitive est peu connue, que furent trouvés les fragments en marbre du plan de l'ancienne Rome, transportés par ordre de Benoit XIV au musée du Capitole.
En avançant toujours sur la gauche du Forum, on arrive à l'Église de Saint-Laurent in miranda. Cette église, dédiée à l'illustre martyr, est le temple même élevé à Antonin et à sa femme Faustine ; oui, à Faustine, par décret du sénat I Lisez plutôt l'inscription placée sur la firise :
DIVO ANTONINO ET DIViE FAVSTINiE EX. S. C.
« Au divin Antonin et à la divine Faustine, par décret c du Sénat. »
Cette dédicace ne serait qu'une sanglante épigramme, si elle n'était une lumineuse révélation du paganisme. Elle donne la mesure de l'estime que la vieille Rome
faisait de la Divinité, dont elle prodiguait le nom et les honneurs à des créatures comme Faustine. Deux superbes colonnes de marbre cipollin soutiennent Tentablement : ce sont les deux plus beaux blocs connus de ce marbre phrygien.
A peine a-t-il quitté le temple de Faustine, que le voyageur se trouve en face de ruines gigantesques placées sur le même côté du Forum. Qu'est-ce que cette voûte immense de plus de vingt mètres de largeur î que sont ces énormes blocs de marbre blancs taillés jadis par un habile ciseau, et qu'une dynamique, dont les ressorts sont à jamais brisés, avait suspendus dans les airs pour servir de corniche à un temple qui n'est plus? Ce sont les débris du temple de la Paix. Au dire des historiens, c'était le plus imposant édifice de Rome *. Voici ce qu'on raconte de son origine et de sa chute.
Vespasien, vainqueur de tous ses rivaux, et maître de rOrient par la prise de Jérusalem, voulut laisser un monument immortel de sa puissance et de la paix que ses armes avaient rendue à l'empire. Dans cette vue, il fit bâtir un temple à la Paix, auquel il donna des proportions capables de frapper d'étonnement les générations futures et de braver les ravages des siècles. Il y déposa les riches dépouilles que son fils lui avait apportées de Jérusalem. Sa pensée, disent les archéologues, se trouve gravée sur une table de marbre découverte près de cet édifice, et conservée aujourd'hui dans le palais Famèse :
PACI iETERNiE DOMVS IMPERAT.
VESPASIANI CiESARIS AVGVSTI.
LIBERORVMQUE SACRVM.
^ Quod unum scilicet opus cunctorum tota urbe maximum fuit atque pulcherrimun. Herodian., lib. I.