LE TEMPLK DE LA PAIX
« A la paix éternelle, la maison impériale de Vespasien « César Auguste et de ses enfants consacre ce lieu. » Suivant cette opinion, soutenue par Suétone, Josèphe, Pline et d'autres historiens, le temple de la Paix aurait été brûlé sous Commode *.
Une autre version dit que ce magnifique édifice remonte à l'empereur Auguste, qui le fit construire en mémoire de la paix donnée au monde par la victoire d'Actium. Quand il fut achevé, on voulut savoir combien de temps il subsisterait. — Quadusque virgo pariât. « Jusqu'à ce que la Vierge enfante, » répondit l'oracle. Les Romains prirent cette réponse pour une promesse d'immortalité ; mais la nuit même oii le Fils de Dieu naissait à Bethléem, le temple de la Paix s'écroula 2.
Ces deux récits ont leurs défenseurs. Inconciliables au premier coup d'oeil, ils pourraient peut-être se soutenir l'un à côté de l'autre, en admettant l'édification successive d'un temple à la Paix par Auguste et par Vespasien ; le second édifice remplaçant le premier, dont la chute inopinée aurait, par son immense retentissement, annoncé la naissance du César immortel, destructeur de Rome païenne et prince de la véritable paix. Je n'attache qu'une médiocre valeur à cette dernière version dont Rome ne s'occupe pas; je ne la rapporte que pour rester fidèle à l'impartialité de l'histoire.
*■ Hbrodian.) in Commod,
* Voyez Cancellieri, Notte e festa di natale^ c. xxxviii, p. il9. — Baron., ab an. i, n. xi ; — P. d'ARGENTAN, Grandeurs de /. C, t. IL— JusTus Lips., t.VIIL— Sur., t. VI. — Baronius, qui conteste cette dernière version, dit cependant : « Eaquse de temple Pacis Romse a collapso ea nocte qua natus est Christus, a multis ut vera certaque scribuntur. » An.!., n. xi.
324 LES TROIS ROXE.
Da temple de la Paix, nous aperçiimes les roioes moins grandioses, mais mieux conservées, du temple de Vénus et Rome. C'est là, disent les archéologues, qu'on mettait les machines employées dans les jeux de Famphithéâtre : il est certain qu'elles ne pouvaient être mea placées. Sur une partie de cette terre tant de fois souillée de sang et de crimes s'élève l'église de Sainte-Marie h Neuve ou de Sainte-Françoise Romaine. Elle succède i l'antique sanctuaire bâti par le pape Paul P' en l'honnear des saints Apôtres Pierre et Paul. Voici à quelle occasion.
Le fameux magicien Simon de Samarie, fortement réprimandé par les Apôtres, les avait précédés à Rome. Afin de ruiner d'avance la prédication évangélique, il se donnait lui-même pour un dieu. Néron l'admira et Rome lui éleva des statues. Pour mettre le comble à sa gloire en donnant une preuve éclatante de sa divinité, il annonça qu'il s'élèverait dans les airs sans le secours d'aucune puissance humaine, et choisitpour son ascension le théâtre voisin de la maison d'or de l'empereur. Rome entière était accourue au spectacle; Néron lui-même, placé dans le vestibule de son palais, y assistait. Le magicien prend son essor ; mais non loin de là priait le défenseur de la vérité, conjurant son divin Maître de confondre l'imposteur. Comme la flèche qui va percer l'oiseau dans les airs, la prière apostolique atteint le fourbe ; il tombe, il se tue. Or, un miracle perpétuel transmet le souvenir de ce miracle d'un instant. Les genoux du saint Apôtre restèrent gravés sur la pierre, et cette pierre, baisée avec amour par des millions de pèlerins, se conserve dans le Ueu même où le fait s'est accompli *.
* Voyez le fait, avec tous ses détails, dans les hîstor. eccl., et en particulier dans Anast., in Paul, i. — Nardi, Roma an-