‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 10 sur 215 · GOUVERNEMENT ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT ECCLÉSIASTIQUE

et déjà l'Église de Corinthe vient, comme une fille à sa mère, lui faire part de ses douleurs et la prier d'apaiser le schisme qui la désole ; plus tard, c'est l'Église d'Orient qui la conjure de décider la grande question de la célébration de la Pâque. Voici maintenant l'Église d'Afrique qui lui soumet l'irritante affaire du baptême des hérétiques ; enfin c'est le monde entier qui s'empresse de lui soumettre ses difficultés, de lui confier ses douleurs, et de lui apporter tous les problèmes qui intéressent sa vie morale, quelquefois même sa vie politique et civile. « De toutes parts, disait le pape Innocent Ier, on vient demander à boire à la Source apostolique *. » — « D'innombrables consultations nous sont adressées, » ajoutait saint Léon *. « Votre Église est la mère de toutes les Églises, écrivait au pape Jean l'empereur Justinien, et nous ne permettons pas que vous ignoriez rien de ce qui intéresse les autres Églises 3. »Tous les siècles ont suivi le même exemple, et Rome ne faillit jamais à sa mission.

Mais comment a-t-elle pu suffire à cette sollicitude universelle et régler tant d'affaires différentes avec une sagesse irréprochable ? Son premier soin, et je dirai sa règle invariable, fut d'ajouter à l'assistance surnaturelle qui lui est promise toutes les lumières que peuvent donner le savoir et l'expérience. Loin de repousser le génie, Rome

1 Pcr omnes provincias de apostolico fonte petentibus responsa ,etc. Epist. 30.

1 Apostolicam sedetn innumeris relationibus esse consultant Epist. 40.

* Nec enim patimur quidquam quod ad ecclesiarum statum pertinet, qtnnquam manifestum et indubitatum sit quod movetur, ut non etiam vestrœ innotescat Sanctitati, quae caput est omnium sanctarum Ecclesiarum. Dig. lib. vm. c. de Sutn. Trinit.

Zb LES TROIS ROME.

l'appelle. Ici plus qu'ailleurs, la science et la vertu conduisent infailliblement aux. emplois importants et aux grandes dignités : c'est un fait glorieux dont l'histoire des papes et des cardinaux offre de nombreux exemples. De plus, Rome a divisé les affaires en grandes catégories, et établi autant de cours différentes pour en connaître. Or, toutes ces affaires se rapportent à un double objet : propager et maintenir l'Évangile. De là, l'origine, le nombre, le caractère et les attributions des Congrégations romaines1.

1° Dans l'ordre logique, la première qui se présente est la Congrégation de la Propagande. Logé près du lieu où elle tient ses séances, j'avais un double intérêt à commencer par elle mon pèlerinage. Instituée en 1622 par le souverain pontife Grégoire XV, cette Congrégation se compose d'un cardinal qui a le titre de préfet, de plusieurs autres cardinaux et de protonotaires apostoliques, interprètes des langues étrangères. Elle a pour but, comme son nom l'indique, de répandre la foi dans le monde entier. En conséquence, le soin de toutes les affaires concernant les missions, l'intendance sur tous les séminaires et collèges destinés à fournir des missionnaires, forment ses attributions. Les lundis, elle tient une réunion devant le Saint-Père ; ses autres séances, qui reviennent fréquemment, ont lieu au collège de la Propagande, sur la place d'Espagne.

Ce superbe établissement s'appelle le Collège Urbain de la Propagande^ du nom du pape Urbain VIII qui le

1 Pour esquisser le tableau de cette magnifique administration, je rappellerai qu'il existe à Rome treize congrégations où aboutissent toutes 1rs affaires de la catholicité; trois principaux tribunaux ecclésiastiques, et un principal tribunal civil.

fonda en 1637. Il est destiné aux jeunes gens des nations étrangères, et surtout des nations orientales, qui se disposent à l'état ecclésiastique. Par ordre d'Alexandre VII, tous les élèves de la Propagande s'obligent par serment à n'embrasser aucun ordre régulier sans la permission du Saint-Siège, à entrer dans les ordres sacrés sur l'avis de la Congrégation, et à prêcher l'Évangile dans leur pays. Ces jeunes gens, envoyés la plupart par les missionnaires, ne dépensent rien ni pour leur voyage, ni pour leur entretien, ni pour leur éducation, ni pour leur retour : la charité apostolique se charge de tous les frais. Cette année ils sont au nombre de quatre-vingts.

Leur costume se compose du chapeau romain et d'une soutane noire avec boutons et ceinture rouge. Tous les jours, ou à peu près, ils sortent en promenade afin d'éviter l'influence maligne du sirocco; et pendant les vacances ils vont jouir de la villégiatura dans quelques campagnes aux environs de Borne. L'étude des sciences sacrées et profanes, enseignées par des maîtres habiles, occupe tous leurs moments : une vaste bibliothèque et un riche musée sont à leur disposition.

Le collège de la Propagande possède aussi une imprimerie composée de toutes sortes de caractères étrangers, pour éditer les missels, bibles, catéchismes et autres livres à l'usage des peuples nouvellement convertis. Ses nombreux appartements servent d'hôtellerie aux nouveaux chrétiens et aux pauvres évêques qui se rendent à Rome. Depuis sa fondation, la Propagande a été une pépinière de missionnaires zélés, de vicaires apostoliques, d' évêques, d'archevêques et de martyrs1.

1 Constanzi, 1. 1, p. 409.

2° Congrégation ou tribunal du Sain^Oflto. Une suffit pas de planter la foi, il faut veiller à la plantation de cet arbre divin, en le préservant du ver rongeur de l'hérésie et de l'impiété. Or, dans le moyen âge, il s'éleva une foule de sectaires qui, sous le masque de la vérité et de la vertu, corrompaient la saine doctrine et se livraient dans le silence aux excès du libertinage le plus révoltant. Non-seulement la foi, mais la civilisation de l'Europe était menacée. C'est alors que, dans son immense sollicitude, le grand pape Innocent III établit l'Inquisition ou le Saint-Office. Nous pouvons nous dispenser d'en dire du bien, depuis que tous les hérétiques, tous les impies, sans exception, en on dit tant de mal.

Sous les papes Grégoire IX, Innocent IV et Clément Vin, les Dominicains, les Franciscains et les Minimes remplirent successivement les fonctions d'inquisiteurs. En 1545, Paul III1 établit à Rome le Tribunal suprême du Saint-Office, dont il confia la direction à six cardinaux. Ce nombre fut porté à huit par Pie IV, et à douze par Sixte V, en sorte qu'aujourd'hui cette Congrégation se compose du souverain Pontife, président ; de douze cardinaux avec le titre d'inquisiteurs généraux ; d'un secrétaire, d'un assesseur, d'un commissaire et d'un grand nombre de consulteurs.

Elle s'assemble trois fois la semaine : le lundi et le mercredi, au couvent des Dominicains, pour préparer les questions, et le jeudi devant le Saint-Père, pour les décider. La qualité des membres qui forment ce tribunal manifeste la grandeur de son autorité dans les causes qui intéressent la pureté de la foi. Sa juridiction s'étend sur toute espèce de personnes ecclésiastiques ou laïques,

1 Constit. Licet, etc.

villes, communautés ou royaumes, et il n'est pas de privilège personnel ou local qui puisse en exempter.

Autant son pouvoir est illimité, autant sont grandes Péquité et la miséricorde qui président à ses jugements. Sous le nom de qualificateurs, des théologiens vieillis dans l'étude donnent aux propositions mauvaises, contenues dans les livres dénoncés, les notes ou les qualifications qui leur conviennent. Leur rapport fait et vérifié, on procède aux débats, mais à huis clos, afin de sauver l'honneur du coupable, s'il est présent; lui-même peut présenter sa défense ou recourir au ministère d'un avocat, à son choix. Par un privilège unique, s'il avoue sa faute, il est absous ; nulle peine extérieure ne lui est infligée, tout se borne à quelques œuvres satisfactoires. Si l'obstination du coupable force le tribunal de sévir, les peines extérieures qu'il impose sont loin d'être proportionnées à la grandeur du délit. Telle est cette Inquisition tant calomniée dont on a voulu faire un épouvantail.

Quand vous serez à Rome, ne manquez pas d'aller visiter ces prisons qu'on dit si redoutables ; cherchez ces cachots obscurs, ces affreux instruments de supplice, ces juges sanguinaires dont le nom vous a fait pâlir ; et, après avoir ri de votre frayeur, vous reconnaîtrez la justesse de ce mot attribué à je ne sais plus quel magistrat : « Si on m'accusait d'avoir pris les tours de Notre-Dame, je commencerais par me sauver ; car il n'y a pas d'absurdité qu'on ne persuade à force de la répéter. »

3° Congrégation de V Index. L'erreur a, comme la vérité, un double organe : la voix et la presse. Si la parole vivante a plus d'effet, la parole écrite exerce par sa durée et par sa propagation une influence plus étendue : ne pas la surveiller, serait de la part de l'Église une prévarication. Aussi, du moment oii l'imprimerie fut

devenue l'auxiliaire actif, incessant de la pensée humaine, Rome s'occupa de la diriger et d'en réprimer les écarts. Le concile de Trente * chargea quelques prélats de dresser un catalogue des livres suspects ou pernicieux (index purgatorius). N'ayant pu examiner cet index, le concile le renvoya à Pie IV, qui l'approuva, ainsi que] les] règles établies par les prélats examinateurs.

Saint Pie V et Clément VIII, modifiant un peu l'ouvrage de leurs prédécesseurs, constituèrent la Congrégation] telle] qu'elle est aujourd'hui. Elle se compose de dix cardinaux dont l'un a le titre de préfet ; du maître du sacré palais, qui est assistant perpétuel ; d'un secrétaire qui est toujours un dominicain ; d'un grand nombre de consulteurs et de quelques rapporteurs. Son but est d'examiner les livres et de signaler ceux qui doivent être prohibés ; de défendre, sous peine d'excommunication, de retenir et de lire les ouvrages contraires à la religion et aux bonnes mœurs; de tracer aux évéques, aux inquisiteurs locaux et aux imprimeurs, les règles qu'ils doivent suivre dans la lecture, la révision, la publication et la vente des livres.

Lorsque la Congrégation se réunit, elle examine les ouvrages qui lui sont dénoncés, n'importe le pays ou ils ont été publiés; les votes recueillis, elle présente la sentence à l'approbation du Saint-Père, puis on publie l'index, c'est-à-dire la liste des ouvrages condamnés avec la défense de les lire. Combien de fois n'ai-je pas vu sur les murs de Rome la condamnation de certains livres dont Paris proclame le mérite et encourage la propagation à grand renfort d'affiches et de

1 Sess. xvm.

réclames! Or, j'avoue qu'à mes yeux il n'est ni article de journal, ni vogue littéraire, ni croix d'honneur, ni dignité qui puisse laver la honte d'un auteur attaché au pilori, dans la capitale du monde chrétien1.

4° Congrégation du Concile. L'intégrité de la foi et la pureté des mœurs protégées par l'Index et le Saint- Office, il fallait veiller à la vie extérieure de l'Église. D'une part, la beauté de la fille du Roi ne doit pas être seulement dans son âme, elle doit briller encore sur ses vêtements sans tache, ornés de diverses couleurs; d'autre part, l'Église doit être comme une armée rangée en bataille, qui agit avec ensemble et que rien ne peut entamer. Or la discipline est ce lien mystérieux qui la rend une et forte. Au saint concile de Trente revient surtout la gloire d'avoir, dans les temps modernes, réparé et affermi ce lien conservateur.

1 Les décrets de la Congrégation de l'Index sont ainsi conçus:

Deere tum.

DieN.N.18...

Sacra Congregatio Eminentissimorum ac Reverendissimorum sanctae Romanae Ecclesiae Cardinalium a Sanctissimo Domino Nostro N. PapaN. sanctaque Sede Apostolica Indici librorum pravae doctrinae, eorumdemque proscriptioni, expurgationi, ac permissioni in universa christiana Republica praepositorum et delegatorum, habita in palatio Valicano, damnavil et damnât, proscripsit proscribit que, vel alias damnata atque proscripta in Indicem librorum prohibitorum referri mandavit et mandat opéra quae sequuntur.

(Ici le titre des ouvrages et le nom des auteurs.)

A la fin :

Itaquc nemo cujuscumque gradus et condition}* prœdicta

Mais les instincts rebelles, qui vivent an cœur de l'homme déchu, ne pouvaient manquer de recourir à la ruse et à la chicane pour éluder des lois qui les gênent : les pères de l'auguste assemblée l'avaient prévu. Ils s'adressèrent donc au Pontife suprême, pour le supplier de prévenir ou de rendre vaines ces nouvelles attaques. Pie IV répondit à leurs vœux en établissant une Congrégation chargée d'interpréter les décrets du Concile1, de veiller à leur exécution et de soumettre an pape les doutes qui pourraient survenir. Les souverains pontifes saint Pie Y et Sixte V étendirent les droits de cette Congrégation.

En conséquence, il lui appartient d'interpréter tout ce qui regarde la réforme et la discipline établies par le concile de Trente; de revoir les décrets des synodes; d'examiner le compte rendu que les évéques doivent envoyer à Rome après la visite de leur diocèse ; de dispen-

opera damnata atque proscripta, quocumque loco, et quocumque idiomate, aut in posterum ederc, aut édita légère, vel retinere audeat, sed locorum ordinariis aut haereticae pravitatis inquisitoribus ea tradere teneatur sub pœnis in Indice librorum vetitorum indiclis.

Quibus Sanctissimo Domino Nostro N. Papje N. per me infrascriptum secretarium relalis, Sanctitas sua decretum probavit, et promulgari praecepit. In quorum fidem, etc.

Datum Romae die N. N.

(Signature du cardinal, préfet de la Congrégation, et du secrétaire.)

Puis:

Die N. supra die tu m decretum afrixum et publicatum fuit ad S. Maris supra Minervam, ad Basil icae Principis Àpostolorum, Palatii S. Officii, Curiae Innocentianae val vas, et in aliis consuetis Urbis locis per me N. apost. curs.

1 Constit. Aliis rwsy eic.

CON RÉGÀTIONS ROMAINES. 33

ser les bénéficiers4*la résidence pour cause de santé ou d'étude, etc. A raison de la multitude et de la gravité de ses affaires, la Congrégation se compose de vingtquatre cardinaux, dont l'un a le titre de préfet; d'un secrétaire et vice-secrétaire ; d'un substitut avec des expéditionnaires, et de douze prélats y compris le secrétaire des lettres latines. Ce dernier est chargé de transmettre aux évêques la solution des difficultés qu'ils ont soumises à la Congrégation.

5° Congrégation de V Examen des évêques. Le maintien de la discipline et les succès d'une armée dépendent presque toujours des généraux qui la commandent : or les évêques sont les généraux de l'armée militante. De là le soin religieux apporté par l'Église romaine pour aire de bons choix. Les grands papes Grégoire XIV et Benoît XIV s'occupèrent particulièrement de cet objet fondamental : Clément VIII établit une Congrégation spéciale pour examiner les candidats aux évèchés d'Italie. L'éloignement des lieux ne lui permit pas d'astreindre à cette mesure salutaire les évêques des nations étrangères. La Congrégation se divise en deux commissions : l'une pour la théologie, l'autre pour le droit canon. La première est composée de cinq cardinaux examinateurs et d'un grand nombre de religieux choisis par le souverain Pontife. La seconde compte neuf cardinaux examinateurs et plusieurs prélats. Un prélat secrétaire tient note des réponses et dresse le procèsverbal de la séance.

La Congrégation s'assemble devant le pape qui est assis sur son trône environné des cardinaux examinateurs : le candidat reste à genoux sur un carreau. Il répond en latin aux questions et aux objections qui lui sont adressées. L'examen fini, les cardinaux donnent

leur opinion par ce mot : Est idoneus* Ensuite le Consistoire s'assemble, et le pape préconise le candidat, qui peut alors recevoir la consécration épiscopale. On aime à se rappeler qu'après son examen, saint François de Sales mérita d'entendre de la bouche même du souverain Pontife cet éloge si flatteur: Alle%9 mon fils, et buvez de Veau de votre citerne.

Puisque j'ai nommé le Consistoire, il n'est pas inutile de fixer le sens de ce mot Le Consistoire est le conseil du Saint-Père, sacrum Pontifias consUmm, et le principal tribunal de Rome. Il est public ou secret. Le pape préside en personne, revêtu de ses habits pontificaux: les assistants sont les membres du collège et autres grands dignitaires. Les assemblées ont liai régulièrement une fois la semaine, le lundi ou le jeudi; il a aussi des séances extraordinaires. Pendant que le Consistoire est réuni, toutes les autres Congrégations doivent vaquer. Toutes les affaires de l'Église peuvent être du ressort du Consistoire, mais il ne s'occupe que des {dus importantes. Quand une bulle ou une constitution a été délibérée dans ce conseil, il en est Eût mention; si, au contraire, le pape a prononcé seul, la bulle ou la constitution porte le nom de Proprio motu.

6° Congrégation de la Résidence des évêques. Si tous les évêques ne peuvent être examinés à Rome, tous doivent posséder les vertus de leur charge et en accomplir les obligations. Or le premier devoir d'un berger est de veiller sur ses brebis ; mais pour cela il faut qu'il réside au milieu de son troupeau. Le droit naturel, le droit divin, le droit ecclésiastique lui défendent de s'absenter sans cause grave; attendu que le loup ravisseur qui rôde autour de la bergerie ne s'absente jamais. Pour lever les scrupules des évêques et pour les mettre à

l'abri des sollicitations du monde, le Pasteur des pasteurs a sagement établi une Congrégation chargée de décider si les motifs d'absence sont légitimes. Née du concile de Trente, cette Congrégation se compose de plusieurs cardinaux dont Fun a le titre de préfet, et d'un secrétaire : elle n'a pas de jour fixe pour ses réunions.

7° Congrégation des Évêques et Réguliers. L'examen donne de bons évêques, la résidence les rend utiles à leur diocèse; mais de graves, de nombreuses difficultés peuvent entraver leur gouvernement. Parfois il arrive que les prêtres, les chapitres, les réguliers qui travaillent sous leurs ordres se croient blessés dans leur droit: il fallait un recours aux faibles, un frein aux forts, une règle à tous. Et voilà qu'une Congrégation romaine, indépendante, désintéressée, a pour mission de décider les différends. Établie par Sixte V *, elle se compose de vingt-quatre cardinaux, dont l'un a le titre de préfet, d'un secrétaire, d'un vice-secrétaire, d'un substitut et d'un grand nombre d'employés.

Le prélat qui fait les fonctions de secrétaire occupe ce qu'on appelle à Rome une place cardinalice, c'est-à-dire qu'en sortant de charge il est revêtu de la pourpre. Cette Congrégation s'assemble tous les jeudis. Trancher les difficultés qui surviennent sur la juridiction des évêques, décider les questions relatives aux nouvelles fondations de monastères, au passage d'un ordre dans un autre, à la sortie momentanée du couvent, à l'aliénation des biens ecclésiastiques : tel est le vaste champ de sa juridiction.

8° Congrégation de la Discipline des Réguliers. Par

1 Constit. 74.

leur éducation forte et sévère, par leur affranchissement de tous les liens terrestres et par leurs vœux solennels, les ordres religieux sont le corps d'élite de l'Église militante ; mais plus leur action est décisive, plus il importe de la régler. Si donc la Congrégation précédente s occupe spécialement du clergé séculier, celle-ci a pour objet de sa sollicitude la conduite de la milice régulière. Ministère central de tous les ordres religieux, elle entretient avec eux une correspondance qui s'étend à toutes les parties du monde. Afin que ses avis et ses dérisions soient donnés en connaissance de cause, elle possède dans ses archives les constitutions et les statuts de toutes les religions avec leur statistique la plus détaillée.

Cette Congrégation doit son origine au pape Innocent XII *. Les membres qui la composent sont au nombre de dix : un cardinal préfet et neuf autres cardinaux, secondés par un prélat secrétaire, un substitut et plusieurs employés. Les érections de couvents, de noviciats, les professeurs et les directeurs de ces maisons, la vie commune, l'observation des vœux, des règles et des constitutions, les personnes régulières, etc., composent son département.

9° Congrégation de l'Immunité ecclésiastique. Que servirait à l'Église d'avoir de bons généraux et une armée parfaitement disciplinée, si elle-même ne pouvait agir? Société parfaite, investie par son divin Fondateur de tous les pouvoirs nécessaires pour maintenir son existence et accomplir sa mission dans tout l'univers, l'Église ne peut sans crime être entravée dans son action par aucune puissance humaine; mais, à raison des pas-

1 Bulle Debitum pastoralis officii, e/c, 14 août 1695.

sions des hommes, ce droit divin ne produit pas toujours un fait analogue.

Il n'est que trop vrai, les rois, les nations, les grands du monde cherchent, aujourd'hui surtout, à restreindre le pouvoir de l'Église, à en gêner l'exercice, à usurper sur ses droits et à transformer ses ministres en fonctionnaires de la puissance temporelle. C'est au moment où ces tendances antichrétiennes allaient devenir plus générales et plus impérieuses, que le pape Urbain VIII établit la Congrégation de l'Immunité, destinée à être le boulevard de l'indépendance ecclésiastique. Elle se compose de douze cardinaux, dont l'un a le titre de préfet, d'un grand nombre de prélats, d'un secrétaire, d'un vice-secrétaire et de plusieurs greffiers.

Rien de plus délicat que la nature de ses attributions. Assurer la libre action de l'Église dans toutes les parties du monde; s'opposer aux taxes, aux impôts que les magistrats et les communautés séculières veulent frapper injustement sur les personnes et les lieux ecclésiastiques; punir la violation des droits et immunités de l'Église, quels que soient les coupables : telles sont les difficiles affaires que cette Congrégation doit manier tous les jours et qu'elle décide avec une autorité souveraine. A Rome, où l'ancienne discipline s'est maintenue, elle s'occupe encore de sauvegarder les coupables, en faisant respecter les asiles sacrés.

Chez les Juifs il y avait, comme on sait, des villes de refuge; il en était de même chez les païens : leurs temples étaient des asiles inviolables1. Par cette institution, le législateur avait voulu soustraire le coupable aux coups irréfléchis d'une première colère, tout en appre-

* Voyez Am. Marckllin, etc.

nant aux hommes que la vengeance doit expirer sur le seuil de la maison de Dieu. Fidèle aux enseignements de la sagesse antique, Rome conserve le droit d'asile ; mais seulement pour certains crimes ou délits. Elle trouve ainsi le moyen de protéger efficacement la morale, sans priver la société des réparations légitimes qui lui sont dues. Or, décider, suivant les constitutions apostoliques, si dans tel cas un coupable a le droit d asile, voilà de nos jours encore le devoir de la Congrégation de V Immunité.

10° Congrégation Consistoriak. Pour préparer les graves et nombreuses affaires qui doivent être soumises au eonseil du Saint-Père, quoi de {dus convenable que d'établir un tribunal d'instruction chargé d'examiner d'avance toutes les pièces du procès? Quel moyen plus propre à donner aux décisions pontificales ce caractère de maturité et de haute sagesse qui doit les distinguer et qui les distingue en effet? Telle est la mission de la Congrégation qui nous occupe. Elle discute spécialement les affaires qui ont rapport à réfection, à l'union des évèehés. aux aliénations, aux eoadjuteurs des évêqueset aux suffiragants. Établie par Sixte V, elle se compose comme les autres de plusieurs membres dm Sacré-Collège et d'un prélat secrétaire; mais ce qui la distingue et ce qui prouve tout le soin du Saint-Siège à s'entourer de lumières, c'est la présence des secrétaires nationaux : la France, l'Espagne. l'Autriche, toutes les nations catholiques y sont représentées.

11° Congrégation <fes Rites. Grâce aux Congrégations dont nous venons de parier, la sphère dans laquelle rÉgfise doit exercer son action extérieure est libre. Mais le sacerdoce est investi d'un double pouvoir : s'il agit sur le cofps moral de Jésus-Christ qui est la société

chrétienne, il agit encore sur son corps naturel, présent dans la divine Eucharistie. Quels doivent être Tordre, la majesté, l'unité, la sainteté des prières et des cérémonies pour rendre le culte sacré digne du Dieu auquel il se rapporte ? Voilà ce que décide en premier lieu la Congrégation des Rites.

Rechercher quels sont les serviteurs de Dieu qui ont droit aux hommages de leurs frères; constater la vérité de leurs miracles, établir l'héroïsme de leurs vertus, et pour cela se livrer aux investigations les plus minutieuses et les plus longues, faire de toute la procédure un rapport au Vicaire de Jésus-Christ chargé de prononcer: telle est sa seconde et noble tâche.

Cette Congrégation doit son origine à Sixte V. Outre les douze cardinaux qui la composent, elle compte un prélat secrétaire, un autre prélat qui a le titre de promoteur de la foi, un assesseur ou vice-promoteur de la foi et un grand nombre de consulteurs, parmi lesquels sont toujours le maître du sacré palais, les maîtres des cérémonies pontificales, un hymnographe, un notaire, un chancelier avec ses greffiers. Dans les causes de béatification et de canonisation, elle s'adjoint des avocats, des médecins, des physiciens, des interprètes pour les différentes langues, qui tous s'obligent, sur la foi du serment, à parler suivant leur conscience. Pour quiconque s'est donné la peine d'étudier les règles de ce tribunal et les sages lenteurs de ses procédures, il est bien démontré qu'il n'existe sous le ciel aucun jury dont les décisions méritent, même humainement parlant, un pareil degré de confiance.

12° Congrégation des Indulgences et des saintes Reliques. Autant l'Église se montre zélée pour la beauté du culte qui est dû à son divin Époux, autant elle déploie

do vigilance pour empêcher les fraudes et les abus qui pourraient en ternir l'éclat. Faire connaître aux fidèles quelles senties grâces particulières attachées aux prières et aux actes de piété ; leur nommer avec certitude quelles sont les reliques de leurs frères morts pour la foi et auxquelles ils doivent leurs hommages; éviter ainsi les excès d un xèle peu éclairé» ou l'indifférence coupable de Timpiété ; en un mot, éclairer la dévotion et régler la piété envers les martyrs : tel est le bot quelle s'est proposé eu établissant la Congrégation des Indulgences et <k$ minles Reliques.

Connue toutes les autres institutions catholiques, celleci plonge ses racines jusque dans les profondeurs de (antiquité. Le germe qui te fit naître fat déposé dans le taweau nrin* de TÉgUse. et il grandit avec die. Toutefois 1 Vù&ne* régulttf* de cette Congrégation m se monttt quau u*>Y*nàge* sMasWponuicatdliiBoceatin. S* tonne permanente, ses attritetnis et ses règles actneik* <**! lonw^e du pipe ttwnt EL Dans sa cv*$ut*Uo* u*niiH§rùtni* ^ «Me la* M», il te**fctu s*r k$ ha^$*i*aittes: six ovtteinuteirin »w le ùtt* «le pwfct* *n prêt* 9K*&im* et «a grand awator* <k consuttaKS : xvift (mot te pensnari. Qnant m\4ttniHttwm>v il au* ^iMtter an\ preo?4aBhrs «ttes a*ttvnfct tes iafei^^^de^t^^ «fttaeuirdt SNmwn ftm&ft LVtritàssettteitt & tnwnHIfcs untaiçeiKe&t

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