‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 100 sur 215 · FIN DU TRIOMPHE · texte numérisé non relu

FIN DU TRIOMPHE

pléer à son silence, nous allons faire connaître les présents que César fit au peuple après un de ses triomphes : on jugera des Romains.

A chaque fantassin des vétérans, 409 francs ; à chaque cavalier, 4,910 francs. Beaucoup reçurent aussi des terres : les autres soldats furent gratifiés dans la même proportion. Il n'oublia pas non plus le peuple : chaque citoyen eut 86 litres de blé, 10 livres d'huile, 61 francs d'argent, puis 100 autres, comme intérêt de cette largesse promise depuis longtemps. Enfin, César paya une année de loyer à tous les citoyens dont la location nedépassait pas 400 francs àRome et 100 pour l'Italie. Il fit une distribution de chair crue, prolongea pendant plusieurs jours le repas qu'un triomphateur offre ordinairement au peuple, et y traita toute la ville et ses environs, d'une seule fois, en vingt-deux mille tables, servies avec une telle magnificence, qu'on y prodigua le vin de Falerne par amphores et le vin de Chio par tonneaux f . Malgré toutes ces largesses, il mit encore dans les trésors de l'empire plus de cent vingt-deux millions 2.

En présence de ces faits prodigieux, debout sur les lieux mêmes qui en furent le théâtre, je laisse à penser ce que peut, ce que doit éprouver le voyageur. Homme, votre cœur se serre, en suivant pas à pas les longs circuits de cette voie douloureuse, humide de sang et de larmes, par oîi passèrent tour à tour les peuples de

1 Suet., in Cœs. — Dio, xliii, 254. — àppian., de Bello civ., liv. II, p. 803. — Patercul., ii, 36.— Tit. Liv., iii, 29. — Varr. R. R. ni, 2. — Plutarch., in LuculL, 76; in Cœs^ 71. — Plin., lib. XIV, xv.

* Patercul., ii, 56. — Appian., (te Bell, civ., 802.

l'Orient et de l'Occident, mutilés, dépouillés et enchaînés au char triomphal de l'orgueil et de la cruauté romaines. Chrétien, vous cherchez une église pour aller exprimer toute votre reconnaissance au Dieu libérateur, dont la croix brisa le sceptre de fer qui pesait sur le monde. Homme et chrétien, au souvenir de ce que nous étions, de ce que nous serions encore, on ne trouve point de parole pour qualifier ceux qui, dans leur délire impie, osent outrager le Christianisme auquel nous devons tout ce que nous sommes.

Consistoire publie an Vatican. — Cinq cardinaux de plus. — Tradition du chapeau. — Anecdote. — Retour au Forum. — Seconde page du triomphe. — Marché aux esclaves. — Sort des esclaves chez les Romains.

Une autre fête triomphale nous appelait au Vatican. Hier nous avions vu la vieille Rome exaltant jusqu'au paroxysme l'orgueil de ses triomphateurs; aujourd'hui fl nous était donné de voir Rome chrétienne enseigner à ses princes l'abnégation et l'humilité la plus complète. Au Capitole, un esclave était obligé de répéter au vainqueur : « Souviens-toi que tu es homme. » Au Vatican, le vicaire de Jésus-Christ disait aux princes nouvellement élus : « Souvenez-vous que vous devez vous dévouer pour les hommes vos frères, jusqu'à l'effusion du sang inclusivement. » Cinq cardinaux, créés quelques jours auparavant par Grégoire XVI, recevaient aujourd'hui le chapeau rouge, signe mystérieux de leur di-

ité. Voici quelques détails sur cette auguste cérémo-

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