ITINÉRAIRE DES TRIOMPHATEURS
Tibre, au lieu même occupé de nos jours par l'hôpital du Saint-Esprit. Après avoir franchi le pont, il atteignit la pointe du Champ de Flore, où se trouve l'église de Saint- Ange in Piscina. De là, décrivant une légère courbe, il gagna le Vélabre, traversa le Forum boarium, longea le grand Cirque, tourna sur la gauche par les Curias veteres, entre le Cœlius et le Palatin, descendit la voie Sacrée, et arriva sur le Forum Romain qu'il parcourut dans toute sa longueur ; puis, prenant à gauche le Clivus Capitolinus, il monta au Capitole où se termina la marche.
Au moment où le char quitta le Forum pour gravir la redoutable montagne, tout le cortège s'arrêta : il se fit un grand silence, et tous les yeux se fixèrent sur Simon. Les licteurs le firent sortir des rangs et l'entraînèrent vers la droite du Forum, où il fut battu de verges; puis, tout couvert de sang, on le précipita dans l'horrible prison Mamertine, où la mort l'attendait. Quand il eut cessé de vivre, les confecteurs lui passèrent une corde au cou, traînèrent son cadavre sur les degrés des Gémonies et le jetèrent dans le Tibre.
Pendant l'exécution, Titus s'avançait lentement vers le temple de Jupiter. Comme il était presque nuit, des esclaves amenèrent quarante éléphants chargés de candélabres, et le cortège acheva sa marche à la lueur de mille flambeaux. Arrivé sur la plate-forme, le triomphateur descendit de son char, et, suivant l'antique usage, il monta à genoux les degrés du temple *. Il entra dans le superbe édifice, dont les portes étaient parées des armes des vaincus, et attendit qu'on vînt lui annoncer que Simon et les autres captifs avaient cessé de vivre.
1 Dio., lib. XLIII, p. 254.— tSubt., in Cœs^ xxxxu.
Bientôt parut un licteur qui prononça le mot fatal, usité en pareille circonstance : Actumest : « C'est fini. » A ce mot, toute rassemblée fit retentir le temple de ses applaudissements, et Titus pénétra dans le sanctuaire de Jupiter, où il fit à haute voix la prière suivante : « Jupiter très-bon et très-grand, Juïion, reine des im- « mortels, et vous tous, dieux et déesses, habitants et « gardiens de ce temple, je vous rends grâces, avec la « joie la plus vive, de ce que vous avez bien voulu per- 5 mettre aujourd'hui, qu'à cette heure la république « romaine se trouvât conservée et sa prospérité aug- « mentée par ces mains ; daignez, je vous en supplie, « continuer à lui demeurer propices, à la protéger, à « veiller à sa conservation * . »
Alors il s'approcha de la statue de Jupiter, sur les genoux de laquelle il déposa une branche de laurier; puis, ôtant sa couronne, il la dédia au dieu avec quelque partie du butin. Les sacrificateurs amenèrent les victimes; Titus immola lui-même un bœuf, les prêtres achevèrent les sacrifices, et la journée se termina par le splendide banquet que les triomphateurs offrirent, suivant l'usage, au sénat et à leurs amis, dans le Capitale, sous les portiques mêmes du temple.
De son côté, le peuple se retira dans les maisons pour se livrer à toute l'ivresse de la joie ; car les jours de triomphe Rome entière était en fête, et il n'y avait personne qui n'eût un festin préparé chez lui *. C'était le triomphateur ou plutôt c'étaient les nations vaincues et dépouillées qui en faisaient les frais. Josèphe ne nous a pas dit quelles furent les largesses de Titus. Pour sup^
1 Blond. Flavet., Rom. Triumph^x, p. 216, * Josèphe, id.,id., c. xvm.