CONSISTOIRE PUBLIC AU VATICAN
nie, si différente par son esprit des pompes de la veille. Le salon ducal du Vatican était magnifiquement orné. Dans le fond s'élevait le trône sur lequel le Saint-Père était assis, ayant à droite et à gauche le Sacré-Collège ; à l'entrée de la salle se tenaient les nouveaux élus : nous assistions à un consistoire public. Un des protonotaires apostoliques lut quelques pièces relatives à la béatification d'un saint, dont j'ai oublié le nom. La lecture achevée, les récipiendaires vinrent tour à tour se prosterner aux pieds du souverain Pontife, qui les embrassa et leur posa sur la tête le chapeau cardinalice, en prononçant cette remarquable formule: «Recevez ce chapeau rouge, signe de la dignité du cardinalat, et qui vous oblige à vous dévouer pour le bien de l'Église et des fidèles jusqu'à l'effusion du sang inclusivement *. » Le Saint-Père ne fit que poser le chapeau sur la tête de chaque cardinal, et il le remit au maître des cérémonies : le soir on devait le porter solennellement aux nouveaux princes de l'Église.
Avant de parler de cette brillante fête, je dois ajouter que, dans un consistoire secret, le Saint-Père ferme la bouche aux cardinaux qu'il vient de créer ; cela signifie qu'ils n'ont pas encore voix délibérative dans les assemblées du Sacré-Collège ; plus tard, il leur ouvre la bouche ; c'est-à-dire qu'après avoir consulté les anciens cardinaux, il déclare les nouveaux élus habiles à voter avec
1 Ad taudem omnipotentis Dei, et sanctse Sedis Apostolicae ornamentum, accipe galerum rubrum , insigne singularis dignilalis Cardinalatus, per quod designatur, quod usque ad moriemet sanguinis effusionem inclusive pro exa'tatione sanctse fidei, pace, et quiète populi christiani, augmente» et statu sacrosauctœ romanae Ecclesiae te intrepidum exhibere debeas, in nomine Patris, etc.
leurs collègues1. Noviciat et profession, enseignement utile à tous, voilà ce qu'il faut voir dans cette double cérémonie. Toutefois la promotion n'est complète que parla tradition de l'anneau et la désignation du titre. Le cardinal absent de Rome doit jurer, en recevant la barrette, de se rendre dans le délai d'un an ad liminaapostolorum, sous peine de perdre sa dignité*.
Les cinq cardinaux élus étaient leurs Éminences: Acton, Vanicelli, Corsi, Schwarzemberg, neveu du généralissime des troupes autrichiennes en 1814 , et monseigneur Massimo. Ce dernier appartient à la famille des princes Massimo, une des plus illustres de Rome, et qui prétend descendre de Fabius Maximus. On nous racontait à ce propos l'anecdote suivante. Lorsque l'empereur d'Autriche vint à Milan, il y a quelques années, prendre la couronne de fer, le Saint-Père envoya une députation pour le complimenter. Le prince Massimo, aujourd'hui cardinal, en faisait partie. On avait parlé à l'empereur de la prétention de cette famille : « Je suis curieux, dit le prince, de voir un descendant des anciens Romains. » A l'audience, il s'adressa à monseigneur Massimo et lui dit : « Votre famille prétend remonter jusqu'à Fabius Maximus; cette généalogie est-elle bien certaine? — Tout ce que je peux dire à Votre Majesté, répondit l'ambassadeur, c'est que Rome le croit depuis deux mille ans. »
Pendant que le Sacré-Collège se rendit à la chapelle
1 Aperirnus vobis os, tant in collationibus, quam in consi liis, atque in electione summi Pontificis, et in omnibus actibus, tum in consistorio quam extra, qui ad cardinales spectant, et quos soliti sunt exercere, in nomine, etc.
1 Constlt. de Sixte V, Postquom, etc.