SECONDE PARTIE DU TRIOMPHE
28 Janvier.
Seconde partie du triomphe. — Marché aux esclaves. — Conditions de l'esclave. — Emplois. — Traitement. — Esclaves fugitifs, -r- Punition.
Avant-hier nous avions lu la première page de l'histoire des triomphes : nous avions vu les nations dépouillées et enchaînées marcher au Capitole ; leurs richesses enfouies dans les vastes trésors de la reine du monde ou jetées en pâture à son peuple de sybarites ; nous avions assisté à la mort ignomineuse de Simon, fils de Gioras, qui avait, comme la plupart des rois et des généraux vaincus, payé de sa tête sa courageuse opposition à la domination romaine. Mais qu'est devenu tout ce peuple de prisonniers destinés, comme lui, à orner le triomphe de Titus?
Immobiles au pied du Capitole, ils attendaient dans la stupeur l'arrêt des Césars. Il aura été doux sans contredit ; car Titus est appelé les délices du genre humain. Afin d'en juger par nous-mêmes, nous nous rendîmes de bonne heure au Forum romain ; et, ouvrant les auteurs du temps, nous vîmes ce qui se passait le lendemain des triomphes : c'est la seconde page de leur histoire, ou plutôt le hideux revers de la brillante médaille.
Et d'abord, que devenaient les prisonniers de marque ? Ceux qu'on n'immolait ni à Jupiter Capitolin, ni aux mânes des vainqueurs, étaient gardés en prison, non à Rome, mais dans quelque ville forte de l'intérieur1. Quant à ceux que leur rang moins distingué, leur influence personnelle ou leur extrême eunesse ne pouvaient
• * Tit. Liv., m,v, 42, — Polyp,,
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rendre redoutables, on leur accordait quelquefois la liberté *. Pins souvent on leur donnait pour prison Rome, oh, confondus dans la foule des citoyens, ils devaient seuls pourvoira leurs besoins -.Voyons maintenant quel était le sort des prisonniers vulgaires, c'est-à-dire des populations entières, amenées comme un vil bétail.
Afin d'apprécier le respect du paganisme pour l'humanité, nous voulûmes les suivre dans les différantes phases de leur existence, depuis le jour de leur arrivée au pied du Capitole, jusqu'au moment de leur mon. Les uns étaient destinés à l'amphithéâtre et devaient r$ouir le peuple-roi par le spectacle de leurs douleurs. Les autres étaient destinés à l'esclavage et vendus à l'encan, et le produit de la vente allait enrichir le trésor de l'empire3.
Vers le centre du Forum, non loin de la Grécostasis, dont quelques ruines sont encore debout, s'élevait le temple de Castor et de Poilux * ; c'est là que se tenait le grand marché aux esclaves. Les maquignons y revendaient en détail la chair humaine, qu'ils avaient achetée en gros de la république 5. Ici furent vendus nos pères, nos mères, nos frères et nos sœurs ; car ni l'âge ni le sexe n'étaient épargnés : la victoire s'était faite la pourvoyeuse générale de la servitude 6.
Le lendemain du triomphe, on voyait sur toute la lon-
1 Appiàn., de Bell. Mithrid., p. 418.
1 Plutarch., P. Mmil., ux.
* Tacit., Hist. m, 34. — Tit. Liv., vi, 4. —Plutarch. I, M. Cato, xliii.— Tit. Liv., c. v.,53.— Valbr. Max.,vi, 5, t.
4 Senec, de Consol. sapient., 13.
* Tit. Liv., h, 17.— Cic. ad Attic., iv, 6 ; Id., Halicarn., iv, 6; Id, de Bello GalL, vu, 89.
* Cm&.} de Bell. Galll, m, 16. — Plutarch., M. Cato, xliii,