EMPLOIS DE L ESCLAVAGE
tatores, vocatores) qui récitent le nom des convives, tandis que les infertores apportent les plats rangés avec symétrie sur les tables par les dresseurs {structures). Les convives s'étendent mollement sur les lits, jonchés de duvet et de roses effeuillées, préparés par les lecticaires (lecticarii, lectisterniatores). L'écuyer tranchant (scissor, carptor) découpe les viandes que les distributeurs (distributores) portent sur des plats d'or, et le pain dans des corbeilles d'argent. Mais dans le passage de la cuisine au triclinium , le parfum des mets a pu s'évaporer ; le pmgustator est là pour s'assurer s'ils peuvent être présentés avec confiance.
Entre les tables circulent les échansons (pocillatores) qui présentent à boire aux convives le vin de Falerne mêlé d'aromates, dans des coupes d'or enrichies de pierres précieuses. A leur suite marchent les vicaires qui présentent, dans des burettes d'or et d'argent, de l'eau tiède et de l'eau froide (calidce gelidœque ministri). Près des lits se tiennent de jeunes esclaves vêtus avec élégance, la tête ornée d'un gracieux turban, les jambes et les bras nus. Chacun a sa fonction : l'un, placé à la tête, tient une branche de myrte et chasse les mouches ; les autres, courbés aux pieds des buveurs ivres, essuient les ignobles traces de leur intempérance ( mensarum detersores)*.
Dix, quinze, vingt-deux services se sont succédé, et, malgré l'heure avancée qu'indique soigneusement le nomenclator en dépit du sommeil qui l'accable, le service de l'esclave n'est pas fini. Longtemps encore il attendra le repos et le pain nécessaires à sa vie : peu importe qu'il meure, pourvu que son maître se réjouisse.
1 Martial., Epig.y\\b. III, 40. — Senec, de Ira, c. xxv.
276 LES TROIS ROMB.
La salle brille de mille flambeaux apportés par les in fertores ; des symphonies se font entendre : voici des troupes de jeunes esclaves qui viennent exécuter des danses lascives et chanter au son des instruments, et la gloire de leurs bons maîtres, et les nobles passions dont leur cœur est possédé, citharœdi, symphoniaci, chorales*.
Mais la volupté est toujours suivie d'une inséparable compagne. Aux danses lubriques et aux chants obscènes succède un spectacle tragique. Des gladiateurs sont introduits, la plupart esclaves infortunés, coupables d'avoir voulu se soustraire par la fuite à la barbarie de leurs maîtres. Sous les yeux de ces spectateurs ivres de vin et de débauches, les glaives brillent, s'entre-cboquent, le sang humain coule à flots, et le râle des mourants se mêle aux frénétiques applaudissements des convives ».
Du triclinium passez aux bains, dans les chambres des maîtres, dans les jardins, dans les étables, dans toutes les parties de la maison de la ville et de la campagne, n'oubliez aucun des emplois domestiques si bas et si vils qu'ils soient, inventez-en de nouveaux, d'inconnus, d'inouïs, et soyez sûr de trouver chez ces maîtres riches, hautains et voluptueux à l'excès, un esclave attaché à les remplir3. Pour savoir jusqu'où l'orgueil païen faisait descendre l'esclave qui, après tout, était un homme et avait une âme immortelle, lisez, entre mille, l'épitaphe
1 Capitol., in Gallian. — Sidonics., lib. IX, ep. !3.
* Tacit. Annal., lib. I.
* Pline traduit ce fait avec une grande énergie : a Nous ne marchons plus avec nos pieds, nous ne voyons plus avec nos yeux, et ce n'est plus notre mémoire qui retient le nom de nos amis, nous vivons par les soins de nos esclaves. » Âlienis nedibns ambulamus, alienis oculis agnoscimus, aliéna memi*
■e salulamus, aliéna vivimus opéra. Lib. XXIX, c. u