‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 106 sur 215 · OSSA · texte numérisé non relu

OSSA

AURELL,€ LIVI/E AUG.

SER. A CUR. CATELL^E.

« Ossements d'Aurélie, esclave de Livie, femme d'Auguste, chargée du soin de sa petite chienne. »

Dans l'exercice de tous ces emplois, si vils, si assujettissants, si dégoûtants même, malheur aux pauvres esclaves coupables de la plus légère négligence, de l'apparence même d'une négligence ou d'une distraction, que dis-je ? coupable d'un soupir, d'un éternument, d'un souffle pendant les symphonies qui accompagnent les orgies nocturnes de ses maîtres1. L'orgueilleux Romain, la superbe matrone qui, dans les circonstances ordinaires, ne daigne point lui adresser la parole, mais lui intime ses ordres en faisant claquer ses doigts, lui parle, en- cas de maladresse, à coups de stylet, de verges, de lanières ou de bâton.

On lui fait griller sur la tête la fève mal cuite. Le vieux Caton lui déchire le dos à coups de fouet, parce qu'il est trop lent. Auguste le crucifie pour avoir tué une caille favorite. Pour un vase cassé, Pollion le jette vivant à ses murènes : et il n'a pas même le droit de se plaindre. Ainsi passera sa pauvre existence ; puis, quand il sera vieux ou infirme, on le vendra à un maître plus

1 At infelicibus servis movere labra ne in hoc qu idem ut loquantur licet, virga murmur omne compescitur, et nec fortuita quidem verberibus excepta sunt : tussis, sternutamenta, singultus, magno malo ulla voce intorpellatum silentium luitur; nocte tota j>juni mutique perstant — Senec, Epist. 47.

pauvre et par suite plus dur. C'était le conseil et la pratique du vertueux Caton : « Sois bon ménager, dit-il, « vends ton esclave et ton cheval quand ils sont vieux â ; » ou, ce qui est plus commode et non moins barbare, on l'enverra dans l'ile du Tibre, abandonné à la grâce d'Esculape. Si on veut bien le laisser vieillir dans la maison, il sera renfermé dans une étroite cellule, cella, jusqu'au jour oii quatre de ses compagnons de servitude, choisis parmi les plus méprisés, viendront emporter son cadavre dans quelque coin mal famé des Esquilies*.

A-t-il voulu se soustraire par la fuite au joug intolérable qui pèse sur lui ? Aussitôt un crieur public donne son signalement par toute la ville : « Il y a peu d'instants qu'un esclave s'est sauvé dans les thermes : il a environ seize ans, il a les cheveux frisés, il est frais et bien fait, il s'appelle Gyton : celui qui le rendra ou le découvrira aura mille écus de récompense 3. » Retombé au pouvoir de son maître, il subira une sanglante flagellation, puis, avec un fer rouge, on lui marquera sur le front les deux lettres <I>etF, initiales grecque et latine du mot fugitivaire (fugitivarius) ; ou bien on lui fixera autour du cou un collier de fer portant ces mots ; Tene me quia fugi, et revoca me domino meo N. « Arrêtez- « moi parce que je me suis sauvé, et rendez-moi à mon « maître N. »

De ces colliers de la servitude, monuments de la barbarie païenne, plusieurs sont parvenus jusqu'à nous, pour

* Plutàrch., in Cat., c. v.

* Horat., lib. I, sat. vin :

angustis éjecta cadavcra cellis.

Conservus vili porlanda locabat in arca. 3 Petr.

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