ROME PUREMENT CHRÉTIENNE
l'instruction des siècles modernes. Nous en vîmes trois dans un musée de Rome. Pourtant ces stigmates et ces colliers de fer sont encore une faveur; ordinairement la dent des lions de l'amphithéâtre ou la lance des gladiateurs punit l'infortuné fugitif1.
Tel était le sort de la plus grande partie du genre humain, la veille du jour où le Christianisme parut; tel le résumé de la législation, des conquêtes et des pompes triomphales de la vieille Rome; tel est aussi le dernier trait par lequel nous terminons son histoire.
29 Janvier.
Rome purement chrétienne. — Caractère de la charité romaine. — Carte routière de la douleur. — Charité romaine pour le nouveau-né et l'orphelin. — Tour de l'hôpital du Saint-Esprit. — Description de cet hôpital.
Le triomphe, c'est-à-dire les pompes du Capitole et le marché du Forum, nous avaient donné le dernier mot de la société païenne. Rome antique ! superbe reine de la force, nous te connaissions enfin dans ton esprit et dans tes œuvres. Il était temps de chercher un spectacle plus doux, en étudiant aussi dans son esprit et dans ses œuvres Rome chrétienne, la mère des peuples et la reine de la charité.
Voici un nouveau voyage que nul touriste n'a fait et dont nul guide ne trace l'itinéraire; pourtant il est plein de charmes et d'intérêt. De cette omission plus ou moins voltairienne , qu'est-il résulté? Reine des arts, Rome
1 Aul. Gell., lib. V, c. xiv. Voir, sur les esclaves, le traité de Pignorius, de Servis et de eorum apud veteres ministeriis, in-4°. Auguste Vindelic, an. 1614.
est admirée de tous; mère des pauvres et modèle des nations, Rome est calomniée; ses œuvres, plus belles que ses monuments , ont été méconnues ; et l'esprit divin qui leur donna l'existence, à peine entrevu par quelques-uns, est l'objet des sarcasmes du grand nombre. Parce qu'elle ne participe point à la vie factice ni à l'activité fébrile des peuples industriels, on la dit morte. Il n'en est rien ; la Rome de Grégoire XVI est toujours, et dans un sens mille fois plus noble que la Rome d'Auguste, la mère des hommes et la nourricière des na-. tions : Aima parens virum magna frugum.
La charité est la vie des cités et des peuples ; eh bien, la charité coule à pleins bords dans les veines de Rome chrétienne; elle est son instinct, et, pour ainsi parler, son essence propre. Qu'il en doive être ainsi, l'homme habitué à réfléchir ne s'en étonne pas. Centre de la foi , la ville des pontifes doit être le foyer de l'amour : la logique le dit avant que les faits l'établissent. Toutefois , hommes, qui que vous soyez, si j'ai une prière à vous faire, c'est de ne pas vous laisser imposer cet axiome à priori. Consentez seulement à voyager avec nous, et l'axiome reviendra, sous forme de conséquence, prendre dans votre esprit la place qu'il mérite.
Partis de bonne heure de la Propagande, nous nous dirigeâmes vers le château Saint- Ange , passant par la place du Peuple et le mausolée d'Auguste : cela veut dire que nous avions pris le chemin des écoliers. Pour mettre à profit notre longue promenade, nous recueillimes les traits épars qui, réunis, forment le caractère, saillant de la charité romaine dont nous allions étudier les œuvres.
Catholique, tel est le signe distinctif de la foi dont les lumières descendent incessamment des royales collines ;