ROME PUREMENT CHRÉTIENNE
catholique, tel est aussi le cachet dominant de la charité romaine, fille et mère de la foi.
Catholique, parce qu'elle n'exclut personne. Ses établissements sont le fruit de ses propres épargnes et des dons offerts par les nations formées à son école. Sublime conspiration de la charité ! aux jours de la foi, les monarchies et les républiques de l'Europe chrétienne se sont associées à leur mère, pour fonder dans le centre de la catholicité des asiles toujours ouverts à l'étranger, quels que soient ses besoins, son pays et son nom. Rarement on trouve dans les hospices des nations européennes, même les plus civilisées, des personnes étrangères à ces nations. A Rome, il n'est pas un hôpital, pas une maison de secours qui ne nourrisse des citoyens d'autres pays. En parcourant les noms des fondateurs ou bienfaiteurs de ces pieux établissements , on voit que tous les rangs y ont concouru ; et les vieilles archives mentionnent ensemble des papes, des cardinaux, des prélats, des rois, des princes, des femmes, des hommes privés et obscurs, et surtout des saints.
Catholique, parce qu'elle est plus abondante que partout ailleurs. Dans sa longue sollicitude, Rome a amassé pour les pauvres un patrimoine qui ne se trouve que là. Bien que les bouleversements politiques l'aient considérablement diminué, il s'élève encore à plus de 764,000 écus romains de rente (4,125,600 fr.). « Dans la ville la plus charitable de l'Europe, à Paris, les établissements de bienfaisance jouissent d'un revenu de 5,000,000 de francs, et la ville y ajoute 5,500,000 francs ; ce qui fait 10,500,000 francs.
A Rome, les rentes qu'ils perçoivent de leurs biens sont de 1,900,000 fr. et du trésor 2,200,000 francs; en tout 4,100,000 francs. Il faut observer qu'à P* '
outre les créations de la charité légale, il existe des sociétés philanthropiques dont les aumônes n'entrent pas dans le compte que je viens de faire. Il faut observer encore que la population de Paris est cinq fois celle de Rome *; donc, en attribuant aux sociétés particulières une contribution de 1,500,000 francs par an, à Rome on donne presque le double qu'à Paris, bien que les cités septentrionales aient plus de besoins à satisfaire que celles du midi 2. *
Catholique, parce qu'elle a, dans l'établissement de ses œuvres, la priorité sur les autres pays. Je n'en citerai que trois exemples dans ce moment :' l'hôpital Saint-Roch, l'hospice des Convalescents et la prison pénitentiaire de Saint-Michel. L'hôpital Saint-Roch est une maison d'accouchement, ouverte gratuitement à toutes les femmes, qui peuvent y ensevelir dans le plus mystérieux silence le secret de leur faute, en même temps qu'elles y trouvent tous les soins qu'exige leur état. Il a été formé en 1770, longtemps avant celui de Vienne, qui a précédé tous les autres. En France, nous étions encore à faire la théorie de ce que Rome pratiquait depuis vingt-quatre ans 3.
L'hospice des Convalescents fut fondé, en 1548, par saint Philippe de NérL II est antérieur de plus de deux siècles à tous les autres du même genre, puisque l'hospice de la Samaritaine, dont se vantent si fort les Anglais, ne date que de 1791 *. La prison pénitentiaire de Saint- Michel, tel est le troisième exemple que j'aime à citer ici.
1 Aujourd'hui elle est de 8 fois au moins.
* M. Morichini, Instit. de bienf. de Rome, p. 25.
* Voir M. de Gérando, de la Bienf. publiq.,, t. IV, p. 335.
* Tourïs'on, Ètud, statist., t. H, p. H8.