‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 109 sur 215 · CARACTÈRE DÉ LA CHARITE CB RETIENNE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DÉ LA CHARITE CB RETIENNE

Lorsqu'à la fin du siècle dernier les États-Unis offrirent à l'Europe émerveillée leurs nombreux pénitenciers, nul ne douta de l'origine américaine de cette institution venue d'outre-mer. Le protestantisme s'en fit gloire, et personne ne lui disputa son facile triomphe; mais enfin la vérité s'est fait jour. Nospublicistes, envoyés dans toutes les parties de l'Europe et de l'Amérique pour étudier le régime pénitentiaire, sont enfin arrivés à Rome.

M. Cerfbeer, chargé, en 1839, par le ministre de l'intérieur, d'inspecter les prisons de la Péninsule, s'exprime ainsi dans son rapport : « Je n'hésite pas à croire que la réforme pénitentiaire est partie de l'Italie, du centre même de cette contrée, de Rome, où un pape, Clément XI, fit construire, en 1703, sur les dessins de Charles Fontana, une vaste maison de correction pour les jeunes détenus... Le système correctionnel est chrétien, il est catholique ; il a pris naissance avec les monastères, un pape l'a baptisé au moment où il le fit entrer dans le monde. L'Amérique ne Ta pas trouvé, l'Amérique ne l'a pas perfectionné ; elle l'a emprunté à Gand, qui l'avait pris à Milan et à Rome.

« Oui, c'est de Rome qu'est parti le mouvement qui se manifeste aujourd'hui dans les deux mondes; c'est Rome qui a créé la première maison cellulaire, qui a appliqué simultanément l'isolement absolu et l'isolement mitigé ; c'est un pape qui de sa main a écrit les premiers règlements d'une maison de correction... J'attache une importance d'autant plus grande à restituer au pontife romain, Clément XI, l'honneur de la première idée de la réforme pénitentiaire, que j'y trouve une raison puissante pour gagner à la cause de cette réforme les nombreux sectateurs de la religion ; j'y puise encore cette pensée que la réforme devant être conséqjietitfc k *ss^

origine, pour être salutaire, elle doit être essentiellement chrétienne1. »

Catholique, parce qu'elle est humble, Rome observe à la lettre le commandement du Sauveur : Quand vous faites l'aumône, que votre main gauche ne sache pas ce que fait votre main droite. Rome n'a point de journaux qui publient ses bonnes œuvres; et les voyageurs, si diserts pour blâmer la mère et la maîtresse des églises, n'ont pas dit une parole qui fasse soupçonner le trésor de charité qu'elle renferme dans son sein. Nous nous croyons à la tête du véritable progrès ; nos idées, nos plans, nos moindres essais pour l'amélioration des classes souffrantes, nous les publions comme des découvertes. Rome se tait et se contente de montrer chez elle la réalisation quelquefois séculaire des pensées, qui chez nous sont encore à l'état d'étude ou de projet, et qui n'ont reçu qu'un faible commencement d'exécution.

Catholique, parce qu'elle embrasse toute les misères humaines. Or, la misère est un indestructible réseau qui enveloppe les fils d'Adam depuis le berceau jusqu'à la tombe et au delà. Pour être catholique, la charité doit être aussi étendue que la vie, aussi variée que la douleur. Il faut encore que tous ses remèdes, préparés avec intelligence, administrés avec amour, soient tellement disposés qu'ils forment un système complet, sans défaut et sans lacune. Eh bien, à Rome, et à Rome seule entre toutes les cités, la gloire d'avoir réalisé ce merveilleux système. Soyons-en fiers, nous autres enfants de cette mère immortelle; si l'arbre se connaît à ses fruits, quelle preuve plus douce et plus forte de la vérité

1 11 faut dire catholique : M. Cerfbeer est israélite. — Inst. de biênf., trad. par M. de Bazelaire.

Page 1