CHARITÉ ROMAINE POUR LE NOUVEAU-XË
d'une doctrine qui se traduit par de pareilles œuvres î
Nos réflexions nous avaient conduits jusqu'au pont Saint-Ange. Il était temps de nous assurer par nousmêmes que ce beau système de charité n'était pas un rêve, mais une réalité vivante et palpable. Afin de le suivre dans toutes ses ramifications, un fil conductenr nous était nécessaire. Le raisonnement suivant nous le mit à la main : trois espèces de misères, relatives à la triple vie, composent l'inséparable cortège de l'homme dans la vallée des larmes : les misères physiques, c'est la pauvreté, la maladie, la mort ; les misères intellectuelles, c'est l'ignorance et l'erreur ; les misères morales, ce sont les passions et leurs effets. Munis de cette carte routière de la douleur, nous commençâmes à suivre l'homme dans la voie lamentable qu'il parcourt depuis le berceau jusqu'à la tomhe.
Il naît, et quelquefois un arrêt de mort l'attend au seuil de la vie. La charité romaine est accourue, et, s'interposant entre la mère homicide et la jeune victime, elle a trouvé le secret de sauver l'honneur de l'une et de
réserver les jours de l'autre. Nous voici près de la porte Triomphale : sur ces lieux funestes où Rome païenne faisait passer l'humanité enchaînée au char de ses triomphateurs, s'élève l'hôpital du Saint-Esprit : c'est le plus ancien, et, avec ceux de Naples et de Milan, le plus beau de tous les palais bâtis aux malheureux.
L'an du Seigneur 1198, Innocent III occupait la chaire de Saint-Pierre. Comme il se promenait un jour sur le* bords du Tibre, on vint lui dire qu'un pêcheur en serrant ses filets avait ramené, au lieu de poissons, train petits entants morts. L'excellent pape en tut téftmttit touché, qu'il fit sur-le-champ établir prié de f'to*pta# du Saint-Esprit un tour mobile, <kwW, dm m
oii Ton put à toute heurt du jour et de la nuit déposer les enfants abandonnés. Défense fut faite, sons des peines sévères, non-seulement de s'enquérir do nom du déposant, mais encore de le suivre de l'œil lorsqu'il s'éloignerait. Accueillis par la charité, qui a des mainspour recevoir et qui ne doit pas avoir d'yeux pour regarder, ces enfants étaient nourris et élevés dans l'hôpital du Saint-Esprit : tel fut le premier asile permanent et régulier ouvert en Europe aux jeunes victimes de la mort. A Paris, la première maison d'enfants trouvés fut celle de Saint- Vincent de Paul, en 1678; Londres n'ai possède une que depuis le siècle dernier.
L'œuvre d'Innocent in s'est perpétuée à travers les siècles, et, grâce à la charité romaine, elle continue d'être en état prospère. Parvenus à l'âge de travailler, les jeunes garçons sont envoyés à Viterbe dans un asile appartenant au Saint-Esprit ; là, ils apprennent un métier. A dix-sept ans, si personne ne les adopte, on leur donne une somme d'argent représentant leurs dépenses à l'hospice pendant une année. Cet argent leur sert à se procurer les outils et les choses nécessaires à l'exercice de leur profession ; pouvant alors se suffire à eux-mêmes, on les congédie1.
Les filles sont également l'objet d'une sollicitude à laquelle rien n'échappe. Rendues à l'hospice, elles forment un grand conservatoire d'environ six cents personnes. Sous la direction de pieuses maltresses, elles sont formées à une vertu solide et instruites dans tous les ouvrages propres à leur sexe. Toute la lingerie de l'immense hôpital leur est confiée. Les unes font des langes pour les enfants trouvés, les autres plissent les rochets ou surplis ou brodent en or et en soie.
1 Constanw, etc., p. 66.