CHARITÉ ROMAINE POUR LORPHELIN
Un triple avenir leur est ouvert : la résidence perpétuelle à l'hospice, le mariage et Fétat religieux. Dans le premier cas, leur existence est assurée. Dans le second, l'hôpital leur fait une dot de 540 francs. Mais voyez la prévoyance maternelle de la charité romaine ! Cette dot doit être hypothéquée par le mari sur une propriété libre, afin que la fille de la Providence ne puisse jamais en être frustrée. Enfin, si elle entre en religion, l'hospice pourvoit encore à ses besoins. Ce n'est pas tout : Léon XII, de glorieuse mémoire, a voulu que les jeunes orphelines adoptées eussent droit à une dot payable par l'hôpital, si elles venaient à se marier ou à faire profession dans un couvent.
Tandis que nous bénissions cette intelligente sollicitude, l'air content, le teint vermeil de tout ce peuple d'enfants, les superbes corps de bâtiments qu'il habite, tout révélait à nos regards les soins maternels et les magnificences royales de la charité. Cependant nous n'avions vu qu'une faible partie du grand hôpital. Bientôt d'immenses salles s'ouvrirent devant nous ; supérieurement pavées, hautes, bien aérées, elles sont la plupart ornées de peintures consolantes qui rappellent les guérisons opérées par le Sauveur. Plusieurs rangs de lits régnent de chaque côté : toutes ensemble, elles en comptent seize cent seize.
Chaque salle porte le nom du saint qui la protège, ou du pontife qui l'a fondée ou embellie; la mémoire de Pie VII remplit ces lieux. Le sentiment de ses propres douleurs ne fit point oublier au prisonnier de Fontainebleau les souffrances des pauvres malades. Par ses ordres, on a fait de notables améliorations aux bâtiments; on a reconstruit des bains, substitué dans les salles les poêles aux réchauds, ajouté une très-belle salle d'opérations,
vaste, bien éclairée, aérée, abondamment pourvue d'eaux, de tables de marbre, telle en un mot, dit monseigneur Morichini, qu'au jugement des étrangers même, avares de louanges pour tout ce qui nous concerne, nul établissement en Europe n'en possède une si complète *.
Les salles sont chauffées en hiver avec des tuyaux qui partent de chaudières placées au centre; sur celles-ci de grands vases de cuivre étamé contiennent des décoctions pectorales que l'on donne à boire aux malades quand ils en demandent. Quatre fois par jour on approprie l'hôpital : tous les mois on blanchit les pavés; le linge se renouvelle quand les circonstances l'exige, sans limites fixées.
Dès qu'un matelas est gâté ou s'il y meurt quelqu'un, on le change à l'instant.
Au printemps, lorsque le nombre des malades est plus restreint, on lave les lits, on vernisse les banquettes, on blanchit les murs. Afin de conserver la pureté de l'air, on établit des courants et l'on désinfectionne les salles avec des acides. Sous le pavé des salles, dans toute leur longueur, un volume considérable d'eau coule dans un canal de pierre placé en pente, qui reçoit toutes les immondices et les emporte rapidement dans le Tibre par deux embouchures. Tant de soins sont apportés à la propreté de l'hôpital, que les plus difficiles doivent être satisfaits2.
1 Instit. de bienf., etc., p. 36.
1 /d., p. 39. — Pour compléter mes notes et mes souvenirs, en parlant de la charité romaine, j'ai souvent recours aux ouvrages de monseigneur Morichini et de l'abbé Constanzi ; le premier a été traduit par M. de Bazelaire, qui l'a enrichi d'une remarquable introduction; l'autre n'existe qu'en italien. J'ai aussi consulté le récent ouvrage du cher Griti, Brève raggnaglio délie opère pie di Roma. — Ou peut voir également le savant écrit de M. Margotti : Rome et Londres.