DESCRIPTION DÉ L'HÔPITAL DU SAINT-ESPRIT
Les lits se composent de supports en fer, de planches vernissées, d'une paillasse, d'un matelas, d'un chevet, d'un oreiller, de draps, d'une couverture piquée pour Tété, de deux autres couvertures de laine pour l'hiver. De deux en deux lits sont des tables de marbre, scellées dans les murailles, qui servent à poser les choses nécessaires aux malades, et des lieux d'aisances. Entre chaque lit vous voyez de petites tablettes qui, au moyen de coulisses mobiles portant des signes convenus, indiquent à merveille l'état et le traitement du malade : dans le haut on met les signes qui marquent la nourriture qu'il doit prendre; au bas, tous les autres; par exemple, s'il doit recevoir le saint viatique, s'il a déjà eu l'extrême-onction, etc.
On distribue la nourriture de sept à neuf heures du matin, et de deux et demie à cinq heures et demie du soir, selon les saisons. Par une de ces attentions délicates dont la charité chrétienne est seule capable, trois fois la semaine on touche de l'orgue pendant le repas des malades. Le dimanche offre bien un autre spectacle : vous verriez arriver, par toutes les rues qui, du Trastevere ou du centre de la ville, aboutissent au Saint-Esprit, de nombreuses confréries qui viennent prodiguer aux malades leurs charitables services : celui-ci apporte des confitures, un autre fait les lits, un troisième coupe la barbe, donne des boissons, etc. De tous ces soins qu'est-il résulté? Le chiffre annuel de la mortalité est de 9, 10 sur 100; mortalité bien faible dans un si vaste hôpital, et qui fait à elle seule le plus bel éloge de l'établissement *.
Voilà pour le corps; mais l'âme I l'âme, trop souvent négligée dans les hospices des autres nations, Rome en
1 Instit. de bienf., 46.
connaît le prix, et l'entoure de soins admirables. Douze aumôniers habitent l'hôpital; nuit et jour au service des malades, ils célèbrent la messe tous les matins dans les différentes salles, administrent les sacrements, assistent les mourants. De plus, afin de procurer aux malades toutes les facilités de satisfaire à leurs devoirs, chaque ordre religieux résidant à Rome doit, suivant les prescriptions de Clément IX/envoyer, une fois par mois, deux de ses membres pour entendre les confessions : leur séjour doit être de cinq heures au moins.
Plusieurs fois par jour un prêtre traverse les salles, et, s'arrêtant au milieu de chacune, il suggère à haute voix une bonne pensée, une sainte maxime capable de consoler les malades ou de les porter au regret de leurs fautes. Comme on reçoit au Saint-Esprit toutes sortes de personnes sans distinction de religion, beaucoup de prêtres, tant séculiers que réguliers, y viennent volontairement, soit pour ramener à la foi catholique celles qui malheureusement ne la professent pas, soit pour confesser, instruire, consoler les malades. De pieux laïques y viennent aussi, surtout le dimanche, exercer les différentes œuvres de la miséricorde spirituelle *.
En parcourant ces vastes salles, on croit voir sur chaque porte, auprès de chaque couche douloureuse, saint Camille de Lellis, cet illustre habitué de l'hôpital du Saint- Esprit, qui, pendant plusieurs années, passa les nuits et les jours au chevet des mourants. Je ne dirai rien autre chose de lui en ce moment : nous le retrouverons plus lard.
Si le malade succombe, on le laisse pendant deux heures dans son propre lit; puis on le transporte dans la chambre
1 Constanzi, p. 64-65.
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mortuaire, ou il reste vingt-quatre heures. Un cordon attaché à sa main répond à une sonnette placée dans la chambre, où se tient nuit et jour un surveillant. Si le malade n'avait été frappé que de léthargie, on en serait averti au moindre mouvement qu'il ferait en reprenant ses sens.
Chaque soir, après Y Ave Maria, une pieuse association de laïques se réunit au lieu oii sont déposés les morts. Ils les placent sur un char couvert, et, tenant des torches à la main, les conduisent au cimetière du Janicule. Kien n'est plus touchant que le cortège de ces charitables frères, qui viennent quelquefois des quartiers les plus éloignés de la cité, malgré les pluies ou le froid de l'hiver. Lorsqu'il n'y a pas de morts à ensevelir, ce qui arrive souvent, ils vont de même au cimetière réciter des prières sur les tombeaux. Si le malade guérit, nous verrons plus tard ce qu'il devient.
Pour entretenir l'esprit de charité qui produit les merveilleux effets que nous venons de voir, on s'occupe avec soin du nombreux personnel attaché à l'hôpital. Aux approches des principales fêtes, toute la famille (numerosissima famiglia), réunie dans la chapelle, y reçoit des instructions pour se disposer à la fréquentation des sacrements, le jour de la solennité. Pendant le carême, tous font une retraite préparatoire à la communion pascale *. Rome, qu'on accuse de ne rien faire, voilà pourtant ce que vous faites ; ce que vous faites depuis des siècles, sans ostentation et sans bruit ! Tel est le respect que vous professez pour les membres souffrants de Jésus-Christ ; telle la charité maternelle dont vous environnez .leur lit de douleur. Parmi toutes les
1 CONSTANZI, p. 65.
cités du monde chrétien, en est-il beaucoup, en est-il une seule qui puisse se flatter de surpasser ou d'égaler sa mère?
30 Janvier.
Charité romaine pour le nouveau-né et l'orphelin. — Hôpital Saint-Roch in Ripetta. — Sainte-Marie in Aquiro. — Les enfants du Lettré.
La beauté du ciel, les impressions de la veille, les commentaires du soir sur notre visite au Saint-Esprit, tout nous invitait à continuer notre voyage sur les pas de la charité romaine. Hier nous étions restés au seuil de la vie, près du berceau de l'enfant arraché par elle aux horreurs d'une mort prématurée. Ce n'est que par exception, et pour ne pas y revenir, que nous avions visité l'hôpital du Saint-Esprit, ce vaste caravansérail de toutes les infirmités humaines. Aujourd'hui nous reprimes notre pèlerinage au point oii nous l'avions laissé. Fauver l'enfant et couvrir l'honneur de sa coupable mère, tel est, avions-nous dit, le premier bienfait de la charité romaine. Comment l'enfant est sauvé, nous le savons ; il nous reste à voir maintenant par quel moyen la réputation de la femme est protégée.
Dans ses Théories de bienfaisance publique, M. de Gérando écrivait : « La maison d'accouchement sera située dans un lieu écarté ; les personnes qui y seront admises seront libres de ne déclarer ni leur nom ni leur domicile; le registre des déclarations sera tenu secret dans tous les cas ; les employés et les serviteurs de l'établissement se feront un devoir de respecter ce secret; les étrangers ne