CHARITÉ ROMAINE
seront point admis dans les salles *... » Ces précautions délicates, que la philanthropie rêvait parmi nous pour sauver l'honneur des familles, et surtout pour éviter l'infanticide, Rome les a prises depuis longtemps.
Nous les trouvâmes, adoucies encore par la charité, dans Y Hospice de Saint-Roch. En suivant la rive du Tibre appelle Ripetta, nous arrivâmes bientôt à ce nouveau monument de la charité. Dans les années du jubilé, Rome voit toujours naître quelque belle œuvre de piété. En 1500, la conférie de Saint-Roch dédia une église à son saint protecteur et un hôpital de cinquante lits pour toutes sortes de pauvres malades. En 1770, un bref de Clément XIV ordonna qu'il recevrait seulement les femmes enceintes, comme cela se fait aujourd'hui.
Nul local ne pouvait mieux convenir à une pareille destination. La porte de sortie ne donne pas sur la voie publique, mais dans un vestibule qui a deux issues, dont une sur une petite place inhabitée, ou aboutissent plusieurs rues désertes. Toutes les femmes près d'accoucher n'ont qu'à se présenter à la prieure pour être reçues et entretenues aux frais de l'hospice, pendant leur grossesse et huit jours encore après leur délivrance. On ne leur demande ni leur nom, ni leur condition, ni aucun renseignement capable de les trahir. La charité romaine va plus loin ; elle les autorise à se voiler le visage, pour n'être reconnues de personne. Si l'une d'elles vient à mourir, son nom n'est pas inscrit sur les registres ; on ne les distingue les unes des autres que par des numéros d'ordre.
Les femmes qui ne pourraient laisser apercevoir leur état sans trahir leur coupable faiblesse sont admises
1 T. IV, p. 375,
longtemps avant leurs couches : on sauve ainsi l'honneur des familles et Ton évite les infanticides. Comme si tant de précautions ne suffisaient pas, l'hôpital est exempt de toute juridiction criminelle et ecclésiastique; l'entrée en est défendue non-seulement aux hommes, mais aux femmes même, parentes ou autres, quel que soit leur rang. Le médecin, le chirurgien, l'aumônier, les matrones et les femmes de service y ont seuls accès. Ainsi les depositate qui l'habitent sont sûres de n'être point tourmentées et de ne recevoir aucune visite indiscrète pendant le séjour qu'elles y font.
A peine nés, les enfants sont portés avec grand soin à l'hospice du Saint-Esprit ; les mères qui sont dans l'intention de les reprendre leur laissent un signe quelconque pour les reconnaître. Cette précaution est nécessaire, parce que, en cas de naissance illégitime ou d'extrême pauvreté, on ne pourrait confier les enfants à leurs mères respectives ; et plutôt que de faire des questions aux femmes en couches et de rompre le beau secret, âme de cet établissement, on a adopté une règle générale, utile aux femmes qui ne pourraient sans honte retenir près d'elles leurs enfants, tout en laissant aux autres la facilité de les reprendre à leur sortie de Saint-Roch.
L'hôpital se compose d'une vaste salle et d'autres plus petites récemment bâties. L'une d'elles est destinée aux accouchements et aux opérations. Le nombre des lits est de vingt et peut s'accroître au besoin ; chaque lit a ses rideaux et un paravent qui le sépare des autres.
La ville qui aurait pris toutes ces précautions pour sauver l'honneur de la femme coupable croirait sans doute avoir accompli toute justice. Rome en juge autrement ; tant de soins délicats ne lui semblent que la moitié de sa tâche : prévenir le retour du mal, en guérissant