HÔPITAL SAINT-ROCH IN RIPETTA
le cœur qui en est le principe, tel est le grand objet de sa charité. Et voilà que toutes ces Madeleines sont doucement soumises à un règlement de vie calculé de manière à les faire revenir de leurs erreurs. Chaque jour elles assistent au saint sacrifice de la Messe, reçoivent les instructions de la prieure et de l'aumônier, font différents exercices de piété, se purifient dans le sacrement de pénitence, et, si leur état le permet, se fortifient en buvant le sang divin qui fait germer la virginité ou éteint la fièvre brûlante des passions.
Croirait-on qu'il est des hommes qu'un pareil refuge a scandalisés ? Les philanthropes matérialistes l'ont vivement blâmé comme coupable à leurs yeux d'exciter aux mariages imprudents, d'arrêter l'effet de la contrainte morale et de seconder l'accroissement démesuré de la population, etc. Nous nous contenterons de leur répondre avec un économiste chrétien : « La charité ne peut jamais sacrifier à des éventualités éloignées le soulagement d'une nécessité immédiate et urgente, telle que la conservation d'une mère et de son nouveau-né. Un excès de population est sans doute un grand malheur pour la société ; mais le refus de secours dans une circonstance semblable serait une grave infraction aux lois de la religion et de la charité chrétiennes : entre ces deux extrêmes, il n'est pas permis d'hésiter. La loi d'humanité
est au-dessus de la loi économique
Nous venions de voir comment la charité romaine sauve la vie de l'enfant nouveau-né et protège l'honneur de sa mère : c'était la première station de notre pèlerinage : la seconde fut encore auprès d'un berceau. L'enfant abandonné n'est pas seul malheureux. Combien d'au-
1 M. de Vilusneuve-Bargem., du Paupér., U III, jp. 34.
1res qui, orphelins dès le bas âge, ou nés de parents pauvres, restent sans appui, sanspain, sansabri dès leur entrée dans la vie! Rome les adopte tous; et dans cette adoption la mère des peuples montre une tendresse et une intelligence mille fois plus intéressantes à connaître que tous ses monuments antiques ou ses chefs-d'œuvre modernes.
Les orphelins sont divisés en plusieurs catégories, suivant leur aptitude. Les uns s'appliqueront aux sciences, les autres cultiveront les arts, ceux-là apprendront des métiers. Plus d'une fois l'étincelle du génie brillera sous les haillons de la misère. Si donc son jeune pupille annonce d'heureuses dispositions à l'étude, Rome l'envoie à l'hospice de Sainte-Marie in Aquiro : nous nous y rendîmes avec lui. Cet asile pour les orphelins fut établi, en 1540, sur les instances de saint Ignace de Loyola. En 1591, le charitable cardinal Salviati en renouvela les bâtiments et fonda un collège appelé de son nom. Il avait remarqué que, parmi les pauvres enfants destinés aux arts et métiers, il y en avait que la nature avait doués de talents et d'aptitude aux travaux littéraires; il voulut donc que de leur refuge ils passassent au collège, pourvu qu'ils fussent âgés de douze ans, et eussent vécu pendant trois ans au moins dans leur premier asile. Le pape Léon XII en a confié la direction aux pères Sommasques.
Les conditions voulues pour être admis sont : d'être Romain, privé au moins de son père, âgé de plus de sept ans et de moins de dix ans. A dix-huit ans accomplis, les élèves sortent du collège : on en compte aujourd'hui cinquante. On est charmé de voir tous ces visages frais et vermeils se dessiner sous la soutane blanche, uniforme obligé de la maison, et de remarquer la gaieté vive qui règne parmi ces enfants condamnés à ne connaître que