BAPTÊME DE M. RATISBONNE
la douleur. Vous trouverez en entrant une belle pièce ornée des inscriptions et des portraits des bienfaiteurs. Dans cette même salle, il est permis, une fois la semaine, aux mères de venir voir leurs fils, afin de conserver les liens de l'amour filial et maternel.
Il semblera peut-être à quelques personnes que le but oîi tendent ces orphelins est trop élevé, leur éducation et leur traitement trop soignés, pour des jeunes gens que l'on présume être pauvres ; mais il faut considérer que, dans une vaste cité telle que Rome, des enfants viennent souvent à perdre leur père, qui, avec les travaux honorables de quelque profession, soutenait convenablement sa famille. Ces pauvres enfants, élevés dans des habitudes délicates et déjà livrés aux études, trouvent dès lors dans la maison de Sainte-Marie un asile en harmonie avec leur destination. Gomme les positions sociales sont différentes, il est digne d'une intelligente charité d'offrir au malheur des abris différents et des moyens variés d'existence *. Demain nous continuerons à suivre Rome dans l'accomplissement de cette tâche maternelle.
31 Janvier.
Baptême de M. Ratisbonne. — Continuation de la visite de Rome chrétienne. — Charité romaine pour l'orphelin. — Hospice apostoliquede Saint-Michel. — Son origine. — Ses quatre familles. — Son organisation.
Avant de reprendre notre itinéraire, nous assistâmes & une cérémonie, je dirais volontiers à un événement de
1 Morich., p. 101.
le souvenir ne s'effacera jamais de notre mémoire : M. Ratisbonne devait aujourd'hui recevoir le baptême. Dix jours seulement s'étaient écoulés depuis sa conversion ; mais le miraculeux néophyte avait tout compris, et l'illustre cardinal Mezzofanti, chargé de l'examen des catéchumènes, ne pouvait qu'admirer l'abondance de lumières que le Dieu des miséricordes avait tout à coup répandues dans cette âme privilégiée. A huit heures, nous étions au Gesii. Déjà l'église était remplie d'une foule pieuse avide de contempler le jeune Israélite, que Marie avait conduit de sa main pleine de grâces jusqu'au pied de la croix : la société française occupait le premier rang, et une piété sympathique dominait toute l'assemblée. M. Ratisbonne, accompagné du père de Villefort et de M. de Bussières son parrain, se tenaif au bas de l'église : suivant Pantique usage, il portait le vêtement blanc des catéchumènes.
Bientôt le cardinal Patrizi, vicaire de Sa Sainteté, revêtu de ses ornements pontificaux, descendit de la chapelle de Saint-Ignace et vint commencer en face du néophyte les prières et les cérémonies d'usage : nous le suivîmes. Les exorcismes et les onctions mystérieuses qui préparent l'homme à l'initiation chrétienne étaient accomplis. Tout à coup une épreuve inattendue est demandée au jeune Israélite. Naguère encore il avait, comme Saul, blasphémé le nom de Jésus de Nazareth et sa doctrine ; il était juste qu'il expiât cette faute par un acte public de repentir et d'humilité : « Baisez la terre, » lui dit le cardinal ; et aussitôt, sans trouble comme sans hésitation, il baise la terre ! prouvant à cette foule qui le contemple qu'il est vraiment chrétien, puisque sa jeunesse a déjà deviné que l'humilité est la seule porte qui conduise à la vérité et au salut. Éloquente leçon pour