‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 117 sur 215 · VISITE DE ROME CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

VISITE DE ROME CHRÉTIENNE

bleu venant à mi-jambe, un gros chapelet au cou, tête et pieds nus, avec un maintien si modeste, que saint Camille de Lellis le nommait le Prédicateur muet.

Après sa mort, son petit établissement fut incorporé à l'hospice de Saint-Michel. Ce nouvel asile dut son origine à Thomas Odelcaschi, neveu du pape Innocent XL Allant un jour à Sainte-Galle, où son parent Marc Antonio logeait les pauvres pendant la nuit, il s'aperçut qu'on y admettait souvent des jeunes gens, fugitifs pour la plupart de la maison paternelle, et dont personne ne prenait soin. Il pensa que ces enfants étaient mal placés dans des dortoirs communs, et les réunit dans une maison de la place Margana, où il les occupa aux gros travaux de la laine. Ils étaient alors une trentaine, et bientôt ils arrivèrent au nombre de soixante. Monseigneur Odelcaschi s'attacha tellement à ces pauvres enfants, qu'il leur acheta en 1686, sur la grande rive du Tibre, un beau terrain sur lequel il fit élever un hospice.

Grâce au zèle intelligent et toujours soutenu des souverains pontifes, auxquels la propriété de l'hospice fut cédée en 1691, Saint-Michel est parvenu à ce degré de grandeur et de prospérité qu'on admire aujourd'hui. La longueur de l'édifice est de 334 mètres, la largeur de 80 mètres; le pourtour de 830 mètres, c'est-à-dire plus d'un demi-mille. La plus grande hauteur est de 25 mètres ; enfin l'emplacement a 26,720 mètres. Au dire des étrangers, nul établissement en Europe ne peut être comparé à Saint-Michel pour la commodité et la magnificence.

Conduits par deux excellents prêtres habitués à venir exercer leur charitable zèle sur ce grand théâtre, nous le visitâmes dans toutes ses parties. Pour ne pas y re-

venir, j'en donnerai la description complète, comme je l'ai fait pour le Saint-Esprit. L'hospice de Saint-Michel embrasse quatre grandes familles entièrement séparées, celle des vieillards de l'un et de l'autre sexe, celle des jeunes garçons et des jeunes filles. Les vieillards doivent être Romains ou domiciliés à Rome depuis cinq ans ; on ne reçoit point ceux qui auraient des maladies incurables ou contagieuses. Ils se divisent en deux classes : la première se compose de ceux qui, ayant encore une santé suffisante, sont employés aux travaux de la cuisine, de la dépense, du réfectoire ; ils sont portiers, surveillants ou gardiens et travaillent dans les ateliers des jeunes gens ; les autres, d'un âge plus avancé et d'une santé chancelante, sont dispensés de tout ouvrage.

Les premiers occupent un grand dortoir dit de Saint- Sixte ; les seconds une salle nommée l'infirmerie basse, d'où, sans monter un seul degré, ils vont au réfectoire et à l'église. Un prieur, prêtre , dirige cette communauté, aujourd'hui composée de cent vingt individus, dont cent entretenus gratuitement, vingt au moyen d'une légère rétribution. Il est permis aux vieillards de sortir à certaines heures, et ceux que leur santé empêcherait de le faire ont un corridor intérieur couvert ou ils peuvent se promener.

Les vieilles femmes sont au nombre de quatre-vingtdix, et en y joignant trente jeunes filles de service on a une communauté de cent vingt personnes. Leur occupation est de faire des bas, de coudre les vêtements neufs et de raccommoder les anciens. Les jeunes filles annexées à cette communauté comme filles de service soignent la lingerie des vieillards, des femmes et des jeunes gens ; elles servent la salle des invalides, l'infir-

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merie, le réfectoire commun et la cuisine des malades. La communauté est présidée par une prieure, choisie parmi les habitantes même de l'hospice, et renouvelée tous les trois ans. Le prêtre, prieur du Conservatoire, Test aussi de cette communauté *.

Nous avions parcouru avec un vif intérêt le grand corps de bâtiment qui sert d'asile aux premières familles de Saint-Michel : Tordre, la propreté, l'air heureux de ces pauvres vieillards faisaient l'éloge de la discipline établie par monseigneur Tosti. Mais l'objet principal de notre visite, c'étaient les jeunes orphelins ; nous avions hâte de visiter leur demeure. Un grand souvenir, un nom béni vous revient dès que vous mettez le pied sur le seuil de cet asile : Innocent XII apparaît ici environné de l'auréole immortelle de la charité. L'excellent pontife, dont les libéralités contribuèrent si puissamment à la magnificence de l'hospice apostolique, aimait tant ces jeunes orphelins qu'il leur donnait le doux nom de fils, et qu'il vint les visiter au moins soixante-quatre fois. En mémoire de cette affectueuse bonté, les élèves célèbrent chaque année pour l'âme du pontife un service solennel au jour anniversaire de sa mort, et redisent ses louanges.

L'hospice compte deux cents jeunes gens divisés en six chambrées, qui prennent le nom de leurs saints protecteurs : Saint-Michel, Saint-François-Xavier, Saint- Philippe, Saint-Pierre et Saint-Paul, Saint-Charles, Saint-Innocent. Chaque chambrée a un préfet, clerc ou prêtre, et deux sous-préfets, nommés décurions, choisis parmi les élèves les plus sages et les plus raisonnables. Un prêtre recteur surveille la discipline intérieure de la

1 Morichim, p. 109.— Constanzi, p. 104, 105.

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communauté. Le vêtement intérieur et de travail est de drap en hiver, et en été don tissa de fil et de coton nommé regaiino; quand ils sortent, ils ont une soutane de drap noir. Pour entretenir les affections de famille, il est permis aux élèves d'aller quelquefois dîner chez leurs parenK

Dansl'asile des vieillards règne le calme ; la causerie, un travail tranquille et les exercices religieux remplissent la journée. Ici, au contraire, c'est l'activité et le mouvement, fervet opu$. Dans les superbes salles destinées au travail, vous voyez tous les jeunes orphelins appliqués à l'étude des arts mécaniques ou des arts libéraux. On traverse successivement des ateliers d'imprimeurs, relieurs, tailleurs, cordonniers, chapeliers, lainiers, teinturiers, selliers, ébénistes, serruriers et quincailliers. Pour les beaux-arts, nous vîmes la fabrique des tapis en figures ou ornements, la seule de toute l'Italie; la gravure sur bois, l'ornementation, la peinture, la sculpture, la gravure sur cuivre, camées et médailles. D'excellents maîtres dirigent les travaux, et rien ne manque au perfectionnement de chacun de ces arts. Non-seulement l'enseignement ordinaire des écoles, mais des leçons de chimie, de mécanique, de géométrie appliquée; la musique et les sciences littéraires font partie de cette libérale éducation.

Comme nous l'avons vu, les beaux-arts en sont l'objet principal, et Saint-Michel compte dans la société bon nombre d'artistes que leur talent et leur conduite ont distingués : il nous suffira de citer nos deux meilleurs graveurs, MM. Mercurii et Galamata, dont les œuvres, envoyées par eux à leur maison nourricière, ornent un des salons de l'hospice où ils furent élevés *. En résumé,

1 M. de Bazelaire, Préf.y p. 70.

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