HOSPICE APOSTOLIQUE DE SAINT-MICHEL
Saint-Michel est une véritable école polytechnique, un vrai conservatoire d'arts et métiers, ouvert par le génie des papes un siècle avant qu'en possédassent les nations les plus éclairées de l'Europe l.
Que dire du contentement qui règne dans cette maison et de la paternelle discipline qui en est la source ? Le voyageur est délicieusement ému à la vue de ces enfants maniant avec grâce le ciseau ou le burin, se levant à son approche, et laissant briller sur leurs physionomies ouvertes la timide modestie du jeune artiste, jointe à la vivacité italienne. Il est vrai que tout contribue à leur faire retrouver à Saint-Michel la famille qu'ils ont perdue. Des fêtes innocentes viennent de temps en temps couper la monotonie de leur existence laborieuse. Chaque année l'école de musique vocale divertit la maison pendant le carnaval, en donnant dés représentations dramatiques, auxquelles même les privilégiés du dehors sont admis.
La quatrième famille de l'hospice apostolique n'est pas moins intéressante. Deux cent quarante jeunes filles, placées dans neuf vastes pièces ou dortoirs, s'exercent assidûment aux travaux propres à leur sexe. Chaque salle est sous la surveillance d'une des anciennes. La prieure et la sous-prieure sont choisies tous les trois ans parmi les plus avancées et les plus sages. Le silence régnait quand nous entrâmes; tous les yeux étaient fixés sur l'ouvrage. Aux paroles du prêtre qui nous accompagnait, les têtes se relevèrent, et sur tous ces fronts épanouis vous auriez vu briller la gaieté d'enfants innocentes et rieuses, sans remords et sans préoccupation.
Tout ce qui peut former des personnes vraiment chrétiennes et de bonnes femmes de ménage entre dans le
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plan de leur éducation. Outre la religion qu'on leur enseigne, surtout en la faisant aimer et pratiquer, on leur donne des leçons de lecture, d'écriture, d'arithmétique, de musique même et d'ouvrages à l'aiguille; ce qui facilite leur entrée dans les monastères et sert à embellir les cérémonies de la chapelle particulière du conservatoire. Le soin de la cuisine et du blanchissage de la communauté les prépare utilement aux travaux du ménage. Elles fabriquent en outre tous les ornements d'uniforme des troupes pontificales, et on leur abandonne, comme encouragement, la moitié du bénéfice. Quelques-unes travaillent la soie, la toile, les rubans, soit pour l'usage de l'hospice, soit pour des négociants. Libres de rester toujours dans l'asile qui les nourrit, on ne les congédie que pour les marier ou les faire religieuses. L'archiconfrérie de l'Annonciation donne par an cent écus romains qui leur servent de dot.
Quant aux secours spirituels, ils sont réguliers et abondants. L'hospice forme paroisse : les quatre familles entendent la messe le matin, récitent le rosaire et accomplissent d'autres exercices de piété. Le curé et le vicaire sont aidés dans l'audition des confessions par deux prêtres pour les jeunes gens, deux pour les jeunes filles, un pour les vieillards, et d'autres encore qu'y appelle spontanément le zèle du salut des âmes. Les dimanches, les garçons et les filles récitent l'office; les vieillards ont le saint exercice de la bonne mort, et dans le courant de l'année toute la maison fait une retraite spirituelle suivant la méthode de saint Ignace.