LA PÉNITENCERIE
avait attiré la foule. Suivant la coutume italienne, les murs de l'église étaient tendus en damas rouge et les antiques piliers revêtus jusqu'aux chapiteaux d'une étoffe de la même couleur. Au milieu de la nef, en face du trône pontifical, s'élevait un autel provisoire, avec des fonts baptismaux et tout ce qui est nécessaire à l'administration des sacrements. Le cardinal Franzoni, préfet de la Propagande, faisait la cérémonie.
Selon l'usage de la primitive Église, le chef de la famille, homme d'environ quarante-cinq ans, portait le vêtement blanc des catéchumènes ; sa femme et ses filles, aussi vêtues de blanc, étaient couvertes d'un voile qui descendait jusqu'à terre. Toutes les fois qu'elles durent le relever pour les différentes cérémonies, les spectateurs remarquèrent la joie calme et douce qui rayonnait sur le front de ces heureuses brebis d'Israël : beau sujet pour le pinceau d'un grand peintre. Ne pouvant fixer sur la toile cet intéressant spectacle, nous nous contentâmes de bénir avec effusion le Dieu, qui dans sa bonté a voulu faire de tous les hommes un seul peuple de frères.
Le soir nous eûmes un autre motif d'actions de grâces ; le bon P. Grassi, supérieur de la Propagande, nous envoya des billets pour assister à la Fête des langues : j'en parlerai en son lieu.
3 Janvier.
La Pénitoncerie. — La Daterie. — La Chancellerie romaine. — La Rote. — Les Encycliques. — Les Brefs. — Les Bulles. — Les Légats a latêre. — Les Nonces. —Les Légats-nés. — Les Délégats. — Les Cardinaux protecteurs. — Visite à la famille juive. — Conservatoire des Néophytes.
De bonne heure, une occasion se présenta de voir de plus près la famille israélite, au baptême de laquelle nous
avions assisté la veille ; mais ce plaisir fut réservé pour le soir. En attendant, nous reprîmes nos études et nos courses ecclésiastiques restées inachevées. Après les Congrégations romaines, les tribunaux devaient nous occuper ; car ils complètent cette magnifique hiérarchie de pouvoirs qui fait du gouvernement romain un modèle d'autant plus intéressant à étudier qu'il est moins connu.
1° La Pénitencerie. La beauté incommunicable de l'Église catholique, c'est l'unité : unité dans la croyance, unité dans la discipline, harmonie entre tous les membres de ce grand corps : voilà, nous l'avons vu, à quoi contribuent puissamment les Congrégations romaines. Ramener toutes les hautes questions de morale au jugement de l'autorité suprême et tracer des règles sûres pour diriger les âmes, tel est encore le moyen de maintenir l'unité dans l'exercice du ministère le plus saint et le plus compliqué. Rome atteint ce but salutaire par ses tribunaux.
L'absolution de certains cas réservés, la délivrance des censures et des irrégularités, la commutation des vœux et des serments, la dispense des empêchements occultes de mariage, la réhabilitation même de ce contrat, fondement de là famille, de l'État et de l'Église, la solution de toutes les difficultés morales pour lesquelles le monde catholique s'adresse au Saint-Siège, forment les attributions de la Pénitencerie. Ce tribunal est donc la juridiction souveraine de la puissance des clefs, c'est la commission que le Vicaire de Jésus-Christ investit de son droit de lier et de délier. Les éléments de cette cour suprême apparaissent depuis l'origine des siècles chrétiens *.
1 Constanzi, t. I, p. 46, n. 51.