SAINTE-CATHERINE DES CORDIERS
dira tout ce que Rome fait pour elle? Nulle ville dans le monde ne manifeste autant de prévoyante sollicitude et de persévérante générosité en faveur de ces enfants, que leur faiblesse naturelle expose à mille dangers, et dont l'existence obscure est néanmoins une cause puissante de salut ou de ruine pour les mœurs publiques. Comme le mineur suit dans les entrailles de la terre le filon tortueux de la mine qu'il exploite, nous voulûmes aussi, malgré les zigzags inévitables, suivre la charité romaine dans toute cette partie de son empire. Outre les grands hospices de Saint-Michel et de Sainte-Marie des Anges, un grand nombre d'autres asiles sont ouverts à l'orpheline : nous frappâmes à toutes les portes.
Voici d'abord Sainte-Catherine des Cordiers. Deux saints qu'on rencontre souvent à Rome lorsqu'il s'agit d'œuvres de charité, saint Philippe de Néri et saint Ignace, donnèrent naissance à cette maison. Elle se compose de religeuses Augustines, d'orphelines et de jeunes filles nobles. Ces dernières, confiées aux religieuses pour leur éducation, payent une pension alimentaire. Les orphelines élevées gratuitement sont appelées filles de l'Institut. Pour être admise, il suffit à la jeune enfant d'être pauvre et orpheline. Les filles de l'Institut et les pensionnaires ont le même genre de vie, et leur traitement est meilleur que celui des autres conservatoires, parce que l'on y reçoit surtout des jeunes filles nées de familles pauvres, mais distinguées.
Si elles se marient, leur dot est de cinquante écus romains; si elles se font religieuses dans le monastère, elles ont le privilège de ne rien ajouter à la dot que leur fait la maison elle-même; si elles y viennent du dehors, elles doivent apporter une dot de quatre cents écus : toutes s'occupent à divers ouvrages de femme CQmmw-
dés par rétablissement ou par des étrangers. Dans le premier cas, elles ne sont pas payées; dans le second, le gain tout entier leur appartient. Les travaux les plus fatigants sont à la charge des sœurs converses; les autres sont confiés aux jeunes filles elle-mêmes, afin de les habituer aux soins domestiques. On admire ici la belle fondation du cardinal de Saint-Onuphre, qui a laissé au conservatoire une rente pour l'entretien de deux jeunes filles nobles et en danger de se perdre. Par un pieux usage, les élèves récitent chaque jour les Psaumes de la Pénitence pour les bienfaiteurs !.
Franchissant une partie de la ville, nous vînmes au mont Gœlius, où nous attendait un autre monument de la charité romaine en faveur des orphelines. En 1860, la pape Paul IV ouvrit cet asile; il porte le nom des Quatre-Saints-Couronnés, dont la colline rappelle le glorieux triomphe. Les filles de Saint- Augustin s'y dévouent à la même œuvre que les sœurs de Sainte-Catherine. Les orphelines qu'elles élèvent gratuitement sont ordinairement au nombre de douze. Sous leur direction, les jeunes personnes reçoivent une éducation solidement chrétienne, et s'occupent de la confection des linges d'église, ainsi que des soins de la cuisine, de la dépense et de l'infirmerie, pour se préparer à être de bonnes femmes de ménage. Elles sont libres de se consacrer à Dieu dans la maison même, qui ne se recrute que de ses propres élèves. Quand elles veulent se marier, l'archiconfrérie de Sainte-Marie in Aquiro leur fournit une dot.
Nous étions près du Cotisée, et dans quelques instants nous fûmes au conservatoire des Mendiantes. L'année jubilaire de 1650 vit naître ce nouveau refuge
* COKSTANZI, p. 119.