LES MENDIANTES
de l'innocence. Sous la protection de la vertueuse duchesse de Latera, une dame pieuse et dévouée se mit à recueillir les pauvres jeunes filles qui erraient abandonnées dans la ville, et à les entretenir au moyen des aumônes, plus abondantes encore à Rome pendant les jubilés que dans tout autre temps. Le père Caravita, jésuite de grande réputation, vint au secours de l'œuvre naissante et accrut le conservatoire jusqu'au nombre de cent personnes.
Dans le principe ces pauvres filles s'en allaient dans les rues chanter des cantiques spirituels et recueillir des aumônes : de là le nom de Mendiantes qu'elles portent encore. Le nouveau conservatoire devint célèbre par la fabrication des tissus de laine; et il conserva sa réputation jusqu'aux troubles politiques du siècle dernier. Aujourd'hui les orphelines ne travaillent plus la laine, parce que, dit-on, leur santé s'en trouvait mal. Néanmoins, comme le conservatoire a toujours le privilège de fournir des draps au gouvernement, il les fait fabriquer à ses risques et périls. La communauté compte aujourd'hui quatre-vingt-dix personnes occupées des travaux de leur sexe et surtout d'ouvrages en coton.
Le cardinal prodataire est supérieur de la maison. Il admet les orphelines qu'il juge dignes de cette faveur, et, selon la coutume romaine, on les garde jusqu'à leur mariageou à leur entrée en religion. Le produitque les jeunes fiUes tirent de leurs occupations leur appartient, à la charge de se pourvoir de vêtements, excepté de celui d'uniforme qui leur est donné par l'établissement. Il se compose d'un corsage de couleur cendrée et de deux voiles, dont lun couvre la tête, l'autre' retombe sur les épaules1.
1 CONSTANZI, p. 126.
Les jours de dimanches et de fête, lorsque les différents conservatoires, avec leurs longues files d'enfants, au costume gracieux et modeste, se rendent pieusement en pèlerinage aux Basiliques, Rome présente un spectacle attendrissant. La charité se nble montrer avec un orgueil tout maternel ses nombreuses enfants à ses amis et à ses ennemis, et, malgré son désir de critiquer, le voyageur ne peut qu'applaudir. Le conservatoire des Mendiantes, établi dans un beau palais, passe pour le plus vaste de tous ceux de Rome. Nous y trouvâmes des salles superbes ornées de riches peintures, et un grand jardin planté d'arbres, qui offre beaucoup d'agrément.
Pour perpétuer les victoires de ses généraux, Rome ancienne avait érigé des temples, des obélisques, des arcs de triomphe sur toutes ses collines ; conduite par un autre esprit, Rome chrétienne a placé aux mêmes lieux les monuments de ses paisibles conquêtes. Le mont Esquilin nous appelait pour nous montrer un de ces sanctuaires, ou la religion et la charité travaillent de concert à la réhabilitation de la nature humaine. Avant de gravir la célèbre colline, nous visitâmes le conservatoire des Sandales (Zoccoletto). Tel est le nom vulgaire qu'a valu aux orphelines des saints Clément et Crescent la forme primitive de leur chaussure.
Soixante personnes habitent ce conservatoire, qui remonte à plus d'un siècle. L'aumônier du Saint-Père en est le supérieur ; on y reçoit les orphelines de sept à onze ans. La jeune fille en entrant doit être munie de tous les objets nécessaires à une femme. La confrérie de l'Annonciation et le chapitre du Vatican accordent des dots à celles qui se marient ou qui se font religieuses. Les élèves se fournissent elles-mêmes des vêtements sur le produit de leurs ouvrages. Elles se partagent les tra-