CONSERVATOIRES BORROMÉE, SAINTE-EUPHÉMIE
vaux de la couture, du blanchissage, du raccommodage, de la cuisine, etc. Durant le jour on admet dans les ateliers des jeunes filles du dehors pour leur enseigner la couture et les ouvrages de leur sexe. Les bâtiments nous parurent très-beaux et tenus avec beaucoup de propreté.
Quand vous serez au mont Esquilin, près des Philippines, on vous montrera une modeste maison appelée le Conservatoire de la Vierge des Douleurs. Si vous en demandez l'histoire, on vous dira : Un jour, le prince Baldassare Odelcaschi rencontra dans la rue deux pauvres petites filles abandonnées qui lui demandèrent l'aumône en pleurant. Saisi de pitié à leur triste aspect, il résolut de les enlever aux périls auxquels ces malheureuses étaient exposées sur la voie publique, et les conduisit dans son palais oii il les fit nourrir et élever. Plus tard, son fils don Charles, qui depuis a quitté la pourpre pour revêtir le simple habit de jésuite, réunit ces pauvres filles à d'autres que la charité avait recueillies, et les plaça dans une maison sur le mont Esquilin. Le jour de Saint- Louis 1816, il installa la maîtresse et ses élèves, et songea dès lors à faire un établissement d'utilité plus générale.
Réfléchissant, d'une part, que Rome, si riche en monastères et en conservatoires, offre très-peu de lieux oh, moyennant une faible pension, des femmes puissent vivre ensemble ; considérant, d'autre part, que, suivant une règle très-prudente, les conservatoires ne reçoivent que des enfants au-dessous de douze ans, il voulut que son établissement accueillit, pour la modique rétribution de quatre ou cinqécus par mois, les jeunes filles au delà de douze ans, ni assez pauvres pour obtenir une place gratuite dans les conservatoires, ni assez riches pour payer une plus forte pension.
Cet établissement comblait donc une lacune; aussi dans peu d'années il est devenu florissant. Il a de plus l'avantage de ne point conserver de personnes âgées : toutes les élèves se marient, se font religieuses ou rentrent dans leurs familles1.
A deux pas de là, nous visitâmes le conservatoire Borromée. Ici on trouve à peu près les mêmes usages, les mêmes travaux que dans les autres asiles : la dot y couronne l'éducation et assure l'avenir de la jeune orpheline. Montant jusqu'à Sainte-Marie Majeure, nous saluâmes la divine Mère sous la protection de laquelle sont placés la plupart des conservatoires de jeunes filles, et nous arrivâmes à la rue des Quatre-Fontaines. Le refuge des Trinitaires et de Sainte-Euphémie nous rappela des noms bien chers aux catholiques. Léonard Geruso, que nous avons vu recueillir les enfants vagabonds, le cardinal Baronius, le cardinal vicaire Rusticucci furent les fondateurs et bienfaiteurs de ce conservatoire, qui contient environ quarante élèves. Le zèle, l'innocence et la charité habitent cet asile, dont les bâtiments trop exigus ne devraient peut-être contenir que la moitié moins de monde.
Des Quatre-Fontaines, nous dirigeâmes notre course vers la Propagande, et de là, descendant la longue rue du Babouino, nous arrivâmes au conservatoire de la Divine- Providence. Sur la rive du Tibre appelée Ripetta s'élève ce nouvel asile de la faiblesse et de l'innocence. Dévastes bâtiments et des ressources considérables permettent de recevoir cent pensionnaires nées de familles pauvres, mais honnêtes. Pendant près d'un siècle, l'établissement fabriqua avec un grand succès des gants et autres ouvra-
1 Morich., p. 155, 156.